Participation de l’ANP aux opérations militaires au Mali: Boukadoum réitère le démenti algérien

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 23 février 2021

L’Algérie a de nouveau démenti hier les rumeurs faisant état de la préparation de l’envoi de troupes militaires au Sahel dans le cadre du G5.
Alger s’est exprimée par la voix du ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, qui répondait à des questions qui lui ont été posées par la chaîne qatarie Al Jazeera.
Ces propos ne sont donc pas contenus dans un communiqué officiel comme on aurait pu s’y attendre, mais ils qualifient de rumeurs la prétendue disposition du pays à dépêcher des soldats de l’ANP au Sahel. Boukadoum tient aussi à rappeler que la nouvelle Constitution autorise le déplacement des militaires hors des frontières dans «des missions pacifiques après l’accord du Parlement».
La déclaration n’est marquée d’aucune référence au discours tenu le 16 février dernier par le Président français à N’Djamena. La capitale du Tchad accueillait ce jour-là une réunion des chefs d’Etat des pays membres du G5 (Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso et Tchad). Cette structure militaire initiée par la France englobe des soldats de tous les pays membres.
Leur mission est de lutter contre les groupes terroristes au Sahel auprès des troupes françaises enrôlées dans l’opération Barkhane. Présent à cette rencontre, Emmanuel Macron axe son discours sur la mise en place d’une nouvelle force militaire française dans la région, la force Takouba qui a suscité l’adhésion et l’engagement de plusieurs pays européens et de la région.
«L’Algérie et le Maroc ont fait part de leur réengagement et je m’en félicite», affirme-t-il en soulignant que la France joue un rôle pilote dans l’opération.
Ce dimanche, le ministère de la Défense apportait en tous les cas sa réponse dans une communiqué d’une rare virulence. Le texte est un démenti à «l’information» révélée par Macron et aux interprétations auxquelles elle a donné lieu. Il fait état «d’allégations tendancieuses et manœuvres sournoises et rassure l’opinion publique en affirmant que l’ANP ne sera soumise qu’à l’autorité du président de la République, chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, et conformément à ses missions constitutionnelles explicites et aux lois de la République, dans la défense de la souveraineté, de l’intégrité et de la sécurité nationale».
Le texte cible directement les parties qu’il considère comme étant auteurs des rumeurs propagées et utilise une terminologie encore jamais usitée pour les qualifier. Il s’agit, dit-il, «d’intox» propagées par «des ignares» et qui ne «peuvent provenir que de personnes à la solde des services du Makhzen marocain et sionistes».
Ces propos sont tenus dans un contexte où les tensions régionales se sont exacerbées depuis l’annonce, par Donald Trump, de la reconnaissance de la prétendue marocanité du Sahara Occidental par l’Amérique. En contrepartie, le Maroc a officialisé la normalisation de ses relations avec l’entité sioniste. Ce qui a, naturellement, créé une nouvelle donne dans la région.
Depuis, une véritable guerre froide s’est installée entre les deux Etats.
L’Algérie, qui demeure l’un des rares pays du monde musulman à refuser fermement toute normalisation avec Israël, affirme être la cible de plans malveillants et déstabilisateurs qui s’expriment notamment par une guerre de désinformation menée sur les réseaux sociaux.
Du point de vue officiel, les rumeurs selon lesquelles l’ANP se trouverait prête à s’engager dans une structure militaire chapeautée par la France en font partie.
A. C.