La police française interdit une marche du hirak à Paris !

Commémoration du deuxième anniversaire du mouvement dans la diaspora

Samir Ghezlaoui, El Watan, 22 février 2021

La diaspora algérienne en France a commémoré, hier à Paris, le deuxième anniversaire de la révolution citoyenne du 22 février 2019 à travers un imposant rassemblement à la place de la République.

Ainsi, des milliers de personnes se sont contentées d’une manifestation statique, alors qu’une marche populaire et unitaire devait avoir lieu (République-Nation), à l’appel de plusieurs collectifs et associations animant le hirak parisien, depuis 24 mois, en faveur d’une «Algérie libre et démocratique».

Et pour cause, un arrêté du préfet de police, Didier Lallement, a interdit au cortège de prendre son chemin, nonobstant les protestations et les recours juridiques des organisateurs. La décision en question, dont El Watan dispose d’une copie, est motivée essentiellement par deux considérations.

D’abord, il y a ce qui a été qualifié de «contexte électoral tendu en Algérie», qui aurait représenté «des risques sérieux de troubles à l’ordre public, sur le parcours des manifestations sus-visées, en particulier à hauteur du consulat général d’Algérie».

Ensuite, le document préfectoral inclut dans son argumentaire d’interdiction le «contexte de menace terroriste particulièrement aiguë qui sollicite toujours, à un niveau élevé, les forces de sécurité intérieure pour garantir la protection des personnes et des biens contre les risques d’attentat, dans le cadre du plan Vigipirate».

Malgré l’incompréhension et la frustration senties chez la majorité des militants, qui se sont préparés, depuis plusieurs jours, des semaines pour certains, à marcher, la sagesse et la philosophie de la «Silmiya» ont fini par l’emporter sur la tentation de «forcer le passage».

Devant une assemblée galvanisée, des dizaines de militants politiques et associatifs – acteurs du hirak et en dehors, particulièrement des responsables politiques et associatifs français, amis du peuple algérien venus lui renouveler leur «soutien» et «admiration» – se sont succédé pour réaffirmer la nécessité, deux ans après, de «poursuivre la révolution d’une manière radicale, mais pacifique».

En effet, tel souhaité par les organisateurs, ce nouveau rendez-vous de solidarité entre Algériens des deux rives de la Méditerranée a tenu sa promesse d’être «un moment fort de résistance et de résilience pour affirmer leur rejet catégorique des réponses apportées par le pouvoir aux revendications du peuple. Et de rappeler que l’exigence d’une Algérie libre et démocratique, d’un Etat de droit et des libertés, civil et non militaire, d’une justice indépendante, de l’égalité hommes/femmes, et de la séparation du politique du religieux, constitue le socle des aspirations du peuple auxquelles il n’est pas prêt à renoncer».

Les signataires de l’appel à marcher insistent sur leur refus de toutes les formes de fuite en avant et de fausses solutions, évoquant notamment «l’organisation de simulacres d’élections».

Selon eux, «pour les millions de citoyennes et citoyens qui sont descendus dans les rues du pays et à travers plusieurs capitales étrangères, l’objectif est clair et ne souffre d’aucune ambiguïté : il s’agit de poursuivre la lutte pacifique et la mobilisation soutenue pour construire une nouvelle Algérie, la vraie, sans les rebus et les ersatz de ce système qui a conduit le pays à la faillite et aux abîmes».

Ils ont, enfin, rappelé l’exigence d’amorcer «une véritable période de transition», signifiant au passage «à l’adresse de ceux qui ne cessent de brandir le spectre d’un complot étranger ou d’une menace extérieure, que l’Algérie n’est ciblée que par le désir ardent de ses enfants intègres et patriotes dans le seul but de la propulser vers le panthéon des nations libres, prospères et stables».