Un comité contre la torture voit le jour: Il réclame une enquête sur les sévices infligés à Walid Nekkiche

Maghreb Emergent, 13 février 2021
 
Stop à la torture ! Tel est le mot d’ordre lancé par les initiateurs du Comité contre la Torture les Conditions Carcérales inhumaines, qui vient de voir le jour à Alger et qui est derrière la publication d’une déclaration, véritable pamphlet contre « la torture, l’arbitraire et l’omnipotence d’un Etat autoritaire et répressif. »

Selon les rédacteurs de ce communiqué, le cas Walid Nekkiche met à nu des pratiques d’un autre âge. Ils publient en substance : « L’Algérie aujourd’hui et de demain doit bannir la torture. Depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, la torture salit notre histoire et l’impunité des tortionnaires est couverte par le pouvoir politique, la justice, l’Etat et ses appareils. De Bachir Hadj Ali à Nekiche, plus d’un demi-siècle où la torture continue de sévir. Quelle différence entre l’Etat colonial qui torture les algériens en lutte pour leur indépendance et l’Etat Algérien indépendant qui torture ses citoyens pour délit d’opinion ? »

Ce Comité contre la Torture et les Conditions Carcérales en Algérie est donc né ce samedi, à l’initiative du Comité National pour la Libération des Détenus (CNLD), de la Coordination Nationale des Universitaires Algériens pour le Changement (CNUAC), d’avocats, de journalistes, d’activistes et de militants des droits humains. Il réclame la libération de la parole de même qu’il exige une enquête complète sur les sévices infligés à Walid Nekkiche. « Les sévices physiques, psychologiques et sexuels subis par Walid Nekiche infligés par des services de sécurité après son arrestation le 26 novembre 2019 est un acte d’une extrême gravité qu’on ne peut pas laisser passer. En révélant ces sévices, devant les magistrats, Walid Nekiche a brisé le mur de l’omerta. Il a été d’un courage exemplaire, qui fera date dans l’histoire des luttes en Algérie. Le choc est réel au sein de l’opinion publique.

L’enquête préliminaire du parquet ne doit pas être un énième subterfuge pour calmer la colère et l’indignation nationale et internationale. » Stipulent-ils, en effet. Ce comité affirme ainsi son engagement à « libérer la parole des victimes, identifier les auteurs des tortures et mettre à la disposition de l’opinion publique faits et documents qui pourront éveiller les consciences et en finir avec la fabrique étatique de la torture, toutes formes confondues. »
« L’Etat de droit, les libertés individuelles et collectives, la démocratie et les attentes sociales des Algériens ne peuvent être occultées par la répression et la peur. L’Algérie revendiquée par le Hirak est une Algérie libre où la souveraineté populaire doit se substituer à la gestion sécuritaire qui ouvre la voie, aujourd’hui à tous les dépassements. » Poursuit par ailleurs le même communiqué.

Déclaration

Stop à la torture ! La répression du Hirak fait réapparaitre au grand jour la réalité de la torture en Algérie. Les sévices physiques, psychologiques et sexuels subis par Walid Nekiche infligés par des services de sécurité après son arrestation le 26 novembre 2019 est un acte d’une extrême gravité qu’on ne peut pas laisser passer. En révélant ces sévices, devant les magistrats, Walid Nekiche a brisé le mur de l’omerta. Il a été d’un courage exemplaire, qui fera date dans l’histoire des luttes en Algérie. Le choc est réel au sein de l’opinion publique. L’enquête préliminaire du parquet ne doit pas être un énième subterfuge pour calmer la colère et l’indignation nationale et internationale. Il faut que justice soit rendue sur ce qu’a subi Walid Nekiche pendant 6 jours à la « caserne Antar » et que ses tortionnaires soient identifiés et jugés. Les conditions d’arrestation et d’incarcération des détenus d’opinion, rapportées par les avocat.e.s, confirment des cas de maltraitance, de violence et de torture dans différentes structures de police et services de sécurité ainsi que dans les prisons. Des cellules infamantes, des « déportations » de détenus par des mesures d’acharnement disciplinaires et répressives, des pressions psychologiques insupportables, voilà le lot des détenus d’opinion en Algérie depuis 2019. Nous n’oublierons pas que le détenu Kamel-Eddine Fekhar est décédé par négligence programmée et ceux dont l’état de santé s’est sérieusement dégradé pendant et après incarcération. L’opinion publique doit savoir et tout savoir. L’Algérie d’aujourd’hui et de demain doit bannir la torture. Depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, la torture salit notre histoire et l’impunité des tortionnaires est couverte par le pouvoir politique, la justice, l’Etat et ses appareils. De Bachir Hadj Ali à Nekiche, plus d’un demi-siècle où la torture continue de sévir. Quelle différence entre l’Etat colonial qui torture les algériens en lutte pour leur indépendance et l’Etat Algérien indépendant qui torture ses citoyens pour délit d’opinion ? Nous refusons de nous taire. Nous refusons la torture, l’arbitraire et l’omnipotence d’un Etat autoritaire et répressif. L’Etat de droit, les libertés individuelles et collectives, la démocratie et les attentes sociales des Algériens ne peuvent être occultées par la répression et la peur. L’Algérie revendiquée par le Hirak est une Algérie libre où la souveraineté populaire doit se substituer à la gestion sécuritaire qui ouvre la voie, aujourd’hui à tous les dépassements. Les lieux de torture comme la « caserne Antar » doivent être bannis. Nous voulons une justice indépendante érigée en rempart protecteur d’une Algérie démocratique. Nous sommes décidés à nous organiser en Comité contre la torture et les conditions carcérales inhumaines des détenus en Algérie. Nous voulons en finir avec la torture et l’impunité des tortionnaires protégés et enfouis dans les appareils d’Etat. Nous ferons tout pour libérer la parole des victimes, identifier les auteurs des tortures et mettre à la disposition de l’opinion publique faits et documents qui pourront éveiller les consciences et en finir avec la fabrique étatique de la torture, toutes formes confondues. STOP à la torture ! NON à l’utilisation de la justice comme instrument de répression ! Pour une Algérie libre et démocratique ! Alger, le 13 février 2021