Manifestations dans plusieurs universités du pays

La colère monte dans les campus

Karim Aimeur, Le Soir d’Algérie, 10 février 2021

L’université algérienne se porte mal et les étudiants ne cachent pas leur colère quant aux conditions dans lesquelles ils évoluent. Dans la nuit de lundi à mardi et dans la journée d’hier, les étudiants ont manifesté dans plusieurs cités universitaires du pays. Ils ont dénoncé la faillite des responsables et exigé l’amélioration des œuvres universitaires qu’ils qualifient de médiocres.
Karim Aimeur – Alger (Le Soir) – Le décès tragique de l’étudiante Nacéra Bekkouche dans la cité universitaire d’Ouled Fayet à Alger, au début de la semaine, n’est que la goutte qui a fait déborder le vase.
Dans la nuit de lundi à mardi et hier, plusieurs universités et cités universitaires du pays ont vécu au rythme de manifestations des étudiants remontés contre les conditions qui prévalent au sein des campus.
Ainsi, des rassemblements ont été organisés dans les cités universitaires d’Ouled Fayet, Hydra et Bab Ezzouar ainsi qu’à Oran, où les résidents se sont révoltés contre la qualité des œuvres universitaires.
Hier matin, des rassemblements d’étudiants ont eu lieu à l’Université de Constantine et à l’Université des sciences et de la technologie de Bab Ezzouar à Alger. Les protestataires ont dénoncé les conditions qui ont mené à la mort de Nacéra Bekkouche, mais aussi les violences subies par l’étudiant Walid Nekkiche lors de sa garde à vue.
Prenant la parole devant les manifestants à Bab Ezzouar, un intervenant a déploré la médiocrité des œuvres universitaires (la qualité des repas, le transport, l’absence de sécurité…). «Dans les cités universitaires, nos frères vivent dans des conditions catastrophiques.
Ils vivent dans des prisons et non des résidences», a-t-il lancé. «La valeur de l’étudiant est piétinée depuis 20 ans, il faut se révolter pour que ce qui s’est passé avec Walid Nekkiche et Nacéra Bekkouche ne se reproduise plus», a-t-il ajouté en appelant à la solidarité entre étudiants.
Un vrai malaise. Les universitaires ne cessent de tirer la sonnette d’alarme depuis des années. Le mal est profond. La quantité l’a emporté sur la qualité, et aujourd’hui, tout le monde s’en plaint.
La situation est devenue intenable au sein des cités universitaires où le cadre de vie des étudiants est loin d’être satisfaisant. Ils se plaignent de la médiocrité des œuvres universitaires et exigent leur amélioration. La qualité des repas laisse à désirer, et le cadre de vie se dégrade de plus en plus, selon des étudiants.
Dans un communiqué commun, plusieurs collectifs d’étudiants à travers le pays ont dénoncé «la situation catastrophique atteinte par l’université», appelant les étudiants «à se révolter» contre cette situation.
«Il est temps que l’étudiant algérien recouvre ses droits. L’étudiant doit arrêter le feuilleton des tragédies dans les cités universitaires, pour que cela ne se reproduise plus», lit-on dans ce communiqué. Les signataires se plaignent également du montant de la bourse universitaire, «qui ne couvre même pas les dépenses d’une semaine».
Dimanche, soit au lendemain du décès de l’étudiante Nacéra Bekkouche, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Abdelbaki Benziane, a affirmé que le travail de la commission chargée du projet de la réforme des œuvres universitaires tire à sa fin.
Il a indiqué que son ministère avait pris une série de mesures afin d’améliorer la gestion des œuvres sociales, citant des changements au niveau de quelques responsables des œuvres universitaires à travers le pays.
K. A.

Le cri d’alarme des étudiants en médecine
Les étudiants à la Faculté́ de médecine d’Alger, après avoir mené́ plusieurs actions de protestation contre les conditions défavorables du déroulement des enseignements, et tenu plusieurs réunions avec différents responsables de la faculté́, ont exprimé, hier, leur mécontentement des conditions d’études et d’enseignement devenues inacceptables, selon eux.
«Nous n’avons cessé́, depuis le début de l’année en cours, d’alerter les responsables de la faculté́ sur ces conditions inappropriées pour former de futurs médecins.
Toutes nos actions de protestation et les réunions de nos délégués avec les responsables de la faculté́ n’ont malheureusement pas fait aboutir nos revendications», ont-ils déploré dans un communiqué.
Ils demandent à mettre fin aux mesures exceptionnelles imposées dans le cadre du protocole sanitaire qui ont chamboulé les enseignements et détérioré considérablement les conditions d’études.
Ils affirment que l’enseignement à distance avec des diaporamas commentés ou carrément muets, sans interactions avec les enseignants, a montré́ ses limites et son inefficacité́, et ne garantit pas un enseignement de qualité́. «La plate-forme informatique dédiée à la diffusion des cours ne peut en aucune manière remplacer les cours en présentiel. La réduction du nombre de semaines pédagogiques nécessaire à l’enseignement de chacun de nos modules et la suppression de la majorité des stages pratiques à l’hôpital, ainsi que celle des TD/TP du cycle préclinique nuisent gravement à la qualité de notre formation et donc de nos diplômes de futurs médecins», ont-ils expliqué.
Et d’affirmer que les raisons sanitaires dues à la Covid-19 invoquées ne sont pas recevables, soutenant qu’il est possible de réunir toutes les conditions et prendre toutes les mesures de protection et assurer des enseignements dans les normes en présentiel.
K. A.