Économie, migrations, droits de l’Homme : l’Algérie vue par la Suisse

Makhlouf Mehheni, TSA, 9 février 2021

Entre l’Algérie et la Suisse, les relations sont bonnes et amicales, mais sans plus. Les échanges économiques entre les deux pays ne sont en rien comparables avec ceux de l’Algérie avec les grands pays d’Europe : 396 millions de francs suisses (366 millions d’euros), avec une balance nettement en faveur de la Suisse, qui n’est pas un gros importateur d’hydrocarbures d’Algérie.

En Afrique, l’Algérie n’est que le 13e partenaire commercial de la Suisse. Justement, constate le journal suisse Le Temps qui accompagne dans sa tournée africaine le vice-président de la Confédération suisse et ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, l’étape algérienne du périple, du 7 au 9 février, a été dominée par les aspects liés aux échanges économiques et à l’investissement.

Cette tournée africaine devrait mener le conseiller fédéral au Mali, au Sénégal et en Gambie, et entre dans le cadre des nouvelles stratégies de la confédération helvétique pour le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

« Selon cette approche décomplexée, explique Le Temps, la Suisse entend dépasser son rôle traditionnel dans l’humanitaire ou la médiation et profiter davantage des opportunités offertes par le continent africain ».

« La Suisse compte, à la faveur de cette stratégie, jeter la lumière sur la diversité des liens établis avec la région, et approfondir les relations avec les pays africains », confirme dans un document rendu public par le département helvétique des affaires étrangères.

« Un potentiel gigantesque »

Dans ses déclarations à Alger, Ignazo Cassis ne cache pas que l’objectif premier de sa visite et de booster la coopération économique avec l’Algérie qui offre un « potentiel gigantesque ».

« Les Algériens ne veulent plus dépendre unilatéralement du pétrole et du gaz, et veulent diversifier leur économie. La Suisse peut les y aider, par les investissements privés des multinationales, en soutenant la bonne gouvernance ou par des échanges dans les domaines numérique et scientifique», explique-t-il.

Si les dirigeants du petit mais très performant pays européen voient dans l’Algérie un énorme potentiel économique, ils appréhendent néanmoins les lenteurs bureaucratiques qui font la marque de fabrique du marché algérien.

« La bureaucratie est encore compliquée et le seuil d’accès à l’économie algérienne est trop haut pour les PME suisses », regrette-t-il.

« On ne peut pas attendre de changements importants en deux mois »

Dossier pourtant inévitable dans la conjoncture actuelle, la question des droits de l’Homme n’a pas trop été évoquée, du moins publiquement. Le Temps assure même que le mot n’a pas été prononcé une seule fois publiquement. La défense des intérêts économiques et celle des droits humains sont-elles donc inconciliables, même pour la Suisse ?

Ignazio Cassis a rencontré de nombreux responsables algériens, dont le Premier ministre Abdelaziz Djerad et le ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum, et il assure qu’il « a abordé franchement la question des droits de l’Homme, de la liberté d’expression et de celle des journalistes » et que, s’il ne l’a pas fait publiquement, c’est par peur des complications et parce qu’il n’était pas adepte de « la diplomatie des haut-parleurs ».

Parmi les cas évoqués, celui du journaliste Khaled Drareni incarcéré depuis 10 mois. Réponse des autorités algériennes : les faits reprochés au condamné n’avaient rien à voir avec le journalisme, tout en affirmant que la justice était indépendante en Algérie.

M. Cassis repart avec la conviction que « l’Algérie est attachée aux libertés et aux principes fondamentaux des droits de l’homme ». « Le pays vient de se doter d’une nouvelle Constitution, qui va dans le bon sens. On ne peut pas attendre de changements importants en deux mois. Ils pourraient prendre une génération, des changements trop rapides risquant de conduire à un scénario de chaos, comme dans d’autres pays de la région ».

Autre satisfecit du vice-président suisse, la gestion par les autorités algériennes de la pandémie de Covid-19. Il les en a d’ailleurs félicitées.

Cela ne signifie pas que les deux parties ne butent pas sur des sujets qui fâchent, ou qui avancent moins bien. Comme la question des migrations et les 600 ressortissants algériens en situation illégale en Suisse et que l’Algérie se montre réticente à reprendre.

« Sur ce point, Ignazio Cassis n’a reçu que des assurances », assure Le Temps qui se demande si « le flottement à la tête de l’État » n’explique pas « pourquoi certaines questions avec la Suisse n’avancent pas aussi vite qu’espéré par Berne ».