Karim Younès remettra son rapport prochainement au président : «La corruption est devenue une fonction politique»

Nabila Amir, El Watan, 06 février 2021

Le médiateur de la République, Karim Younès, sillonne depuis son installation, le 17 février 2020, à la tête de l’instance de médiation, les villes du pays et, à chacune de ses haltes, il sort la grosse artillerie pour tirer sur les bastions de la corruption, les corrupteurs et la bureaucratie qui gangrènent l’administration centrale et locale.

Ce jeudi à partir de Médéa, il a encore une fois reconnu que la corruption et la bureaucratie continuent de ronger la société, minent l’administration et sapent les fondements de l’Etat, ce qui a engendré une défiance entre les citoyens et les gouverneurs.

Ce jeudi en marge d’une rencontre régionale des délégués du centre et centre-ouest du pays, Karim Younès s’est dit déterminé à participer pleinement, en vertu justement de ses missions, à atténuer les pressions sociales et économiques qui s’exercent sur le citoyen et à dénoncer, chaque fois qu’il le constate, toute forme de corruption ou de bureaucratie à même d’engendrer des tensions sociales ou mettre en péril la stabilité du pays et ses institutions.

Ces déclarations sont tenues au moment où le front social est en ébullition en raison d’une multitude de problèmes. Pour le médiateur, la corruption et la bureaucratie doivent être combattues «inlassablement et en permanence» afin de rétablir cette confiance perdue entre citoyens et administration, préserver l’image de nos institutions et assurer la stabilité du pays.

Le contexte général du pays, insiste M. Younès, «nous impose de prendre une part active à la résolution des problèmes soulevés par les citoyens, de proposer, dans la limite de nos prérogatives, des solutions susceptibles d’aider à la prise en charge de ces problèmes et contribuer à l’amélioration des conditions de vie des citoyens». Karim Younès est persuadé que la corruption et la bureaucratie peuvent être plus dangereuses que l’ennemi intérieur.

«La corruption, qui est devenue une fonction politique, et l’abus d’autorité, qui se manifeste dans le comportement et la conduite de certains représentants de l’administration, ont non seulement favorisé la dilapidation des richesses du pays, mais, plus grave encore, terni l’image de nos administrations et, surtout, dégradé la relation entre citoyens et ces mêmes administrations», tranche le médiateur, qui promet de ne ménager aucun effort pour faire profiter les pouvoirs publics de ses réflexions ou propositions pouvant aider à la prise en charge des revendications et des requêtes des citoyens.

D’ailleurs, le rapport sanctionnant une série de propositions et de solutions sera transmis prochainement au président de la République, avant de devenir accessible aux citoyens pour consultation.

Ce rapport est élaboré, selon M. Younès, sur la base du travail accompli par la médiation depuis sa création, soit 8797 requêtes, 2800 audiences et 2023 réunions, à travers ses structures nationales et régionales. «Ces statistiques seront accompagnées d’une analyse et de propositions concrètes pour combattre les fléaux observés», a-t-il précisé.