Abdelhamid Hamdane. Ministre de l’agriculture et du développement rural : «La priorité, c’est de lancer des investissements structurants»

Samira Imadalou, El Watan, 01 février 2021

Dans cet entretien, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural dresse les priorités du secteur pour la période 2020-2024.

Il annonce dans ce cadre la prochaine révision du dispositif dédié à la filière lait via la réforme du système des primes aux éleveurs. Le système de régulation de produits de large consommation sera également revu, au même titre que le mode de financement des agriculteurs. Le ministère travaille actuellement sur le lancement du Crédit mutuel rural et bien d’autres chantiers inscrits dans nouvelle feuille de route du secteur.

– Quelles sont vos priorités depuis votre installation comme ministre de l’Agriculture et du Développement rural ?

Je suis nouveau et ancien au même temps dans le secteur. A ce poste, je suis effectivement nouveau depuis maintenant six mois. La première mission que j’ai eu à mener, c’est d’élaborer une vision et une feuille de route.

Laquelle a tenu compte des réalités du terrain, d’une part, des enjeux économiques et de la situation de l’agriculture dans le cadre économique bien sûr, d’autre part. On s’est rendu compte, qu’en fait, il y a des filières qui pèsent lourdement sur la balance commerciale et pour lesquelles nous sommes dépendants. Pour certaines fortement et pour d’autres moyennement.

Mais, dans tous les cas, ce sont des filières à des niveaux de production donnés pour la satisfaction des besoins, on a tout le potentiel pour pouvoir le faire. Nous avons ciblé ces filières avec une méthodologie de travail et un échéancier de réalisation. Nous travaillons également sur les conditions qu’il faut réunir à cet effet.

Nous avons ciblé les filières essentiellement à caractère industriel. Je peux citer le maïs, le blé, le sucre et les différentes huiles comme le colza. Ça va nous permettra de produire d’un côté les tourteaux et de l’autre côté les huiles alimentaires. Il y a aussi les programmes à caractère horizontal qui sont des programmes de développement qui ciblent des écosystèmes différents, à savoir la montagne, la steppe, le sud. Tout cela est cadré par des programmes de recherche, de formation et d’évaluation.

Mais la priorité, c’est de permettre de lancer des investissements structurants, de réduire les importations à l’horizon 2024, de rationaliser nos dépenses publiques, d’engager la mise en œuvre des systèmes de coopérative qui a quand même un poids dans l’organisation des agriculteurs. Il s’agit aussi d’engager l’office de l’agriculture saharienne dans l’investissement dans le sud pour les filières industrielles.

Il y a, par ailleurs, des fondements que l’agriculture doit avoir tels que le mode de financement, le système d’assurance, la couverture sociale des agriculteurs et le système de coopératives que j’ai déjà cités. A partir de là, nous avons conçu cette feuille de route présentée au Président de la République le 26 juillet. Il y a eu la validation et nous avons commencé dans sa mise en œuvre.

– Qu’en est-il des premiers résultats ?

A ce jour, il y a des résultats qui sont apparents, à l’exemple de l’Office de l’agriculture saharienne créé et lancé récemment. Le cahier des charges, et c’est une première chez nous pour codifier l’investissement structurant, a été fait. Le texte a été publié. Les textes sont également passés pour le système de coopératives. L’arrêté est au niveau du secrétariat du gouvernement pour permettre sa mise en œuvre.

Il y a eu une culture relevant de la filière des huiles qui était prévue au premier trimestre 2021 comme début sur 3000 hectares. Force est de constater que nous avons réalisé cela en 2020 et nous avons même prévu 1000 hectares dans la dimension semences.

Ces 1000 hectares, si on les réussit à 60 ou 70%, nous permettront d’ici l’année prochaine d’en faire 100.000 à 150.000 hectares et ce n’est tout de même pas rien. Pour les autres filières, nous sommes en train de structurer cet aspect d’investissements. J’espère qu’avec l’Office maintenant, ça va s’accélérer. Pour le reste, il y a un dispositif sur la filière lait et un groupe de travail a été installé à cet effet pour revoir cela.

– Justement, la filière lait traverse des crises récurrentes. Que réserve la feuille de route dans ce cadre ?

La feuille de route a tenu compte fortement de la filière lait. Je crois que le dispositif de cette filière est arrivé à un moment ou un niveau où il doit être revenu radicalement.

– Comment ?

La filière lait, c’est l’une des premières soutenues par l’Etat à partir des années 1995. Il est faux de dire que depuis, il n’y a pas eu de résultats. Sauf que les résultats qu’on a eus jusqu’aux environs de 2010 et ceux que nous constatons aujourd’hui montrent que le dispositif est dépassé au regard des enjeux et des attentes.

Ce dispositif a été conçu particulièrement sur l’aspect soutien aux prix du lait pour qu’il devienne accessible et plus rémunérateur. Je parle du lait de production nationale. Il y a eu, en somme, des primes qui ont été instaurées et ces primes-là ont été revues à la hausse.

On a démarré avec 4 dinars et on est à 12 DA pour la prime de production. Nous regardons et nous constatons aujourd’hui que la façon dont ce soutien est en train d’être mis en œuvre est source de problèmes. Pourquoi ? Cela a créé des réseaux parallèles et engendré un certain nombre de problèmes. Aujourd’hui, au-delà de l’assainissement, c’est une autre vision qu’il faut apporter.

– Sur quels éléments cette vision sera-t-elle bâtie ?

Dans la filière lait, il y a des postes qui pèsent lourdement. Je pense à l’alimentation, aux aspects sanitaires et à l’amélioration génétique (pépinières de génisses et insémination artificielle notamment). Je pense également à l’investissement à la ferme. Des orientations ont été données et un groupe de travail élargi a été installé.

Ce n’est pas un groupe de travail à statut administratif. Tous les acteurs de la filière lait y sont regroupés. Ils sont en train d’élaborer un dispositif cohérent, pour des actions ciblées et des impacts mesurés.

– Quels sont les délais de mise en œuvre de ce nouveau dispositif ?

Je vous dis que la première mouture du dispositif est prête et je l’ai déjà vue. J’ai demandé qu’elle soit améliorée. Pourquoi ? Est-ce qu’il est préférable de dire : le lait n’est plus rémunérateur et là cela dépend de la taille des exploitations et des techniques adoptées et du respect de l’itinéraire technique.

Je m’explique : Vous avez une catégorie qui respecte l’itinéraire technique qui a un éventail d’élevage important. Là, ce sont des éleveurs qui produisent beaucoup, donc le prix donné est bénéfique et rémunérateur. Et il y a d’autres catégories d’éleveurs et on ne peut pas les ignorer.

Ce sont des éleveurs moyens et qui sont en hors sol. Ces derniers ont plus de charges et utilisent plus d’aliments artificiels. Du coup, ils enregistrent moins de production et le prix devient non rémunérateur par rapport à la première catégorie. Je pense que l’effort, c’est de ne pas trop cibler la prime. C’est de donner cette compensation et de rendre ce lait rémunérateur en améliorant, en investissant et en intervenant, sur ces postes justement.

– Donc, vous comptez revoir le système des primes ?

Je ne peux pas vous le dire maintenant, mais si prime il y a, ce sera mieux ciblé et revu autrement. Je pense que les échos que j’ai eu de la part des professionnels, des éleveurs et de toute la corporation s’alignent sur cette démarche. Ces derniers vous disent aujourd’hui que cette prime est source de beaucoup de problèmes. Elle est perçue en retard jusqu’à une année.

Ils disent aussi «Aidez-nous à améliorer nos conditions d’élevage et à avoir une alimentation équilibrée à moindre coût, à avoir des petites actions d’investissement au niveau de nos exploitations.» C’est tout cela dont ont besoin les acteurs de la filière lait, à commencer par les éleveurs. Je pense que c’est la démarche la plus cohérente, la plus acceptable et la plus économiquement rentable. On ne peut pas tout le temps donner des primes.

On ne peut pas continuer comme cela, dans le linéaire, à soutenir tout le monde, quels que soient le poste et le niveau de production. Il ne faut pas oublier que ce sont des deniers publics.

Pour le lait, nous avons des objectifs fixés dans la feuille de route à l’horizon 2024. Il faut qu’on arrive à produire 71 millions de litres en moyenne et collecter au moins 45 millions.

– Et pour les céréales ?

Pour ce faire, il y a deux niveaux d’intervention. D’abord, à travers l’amélioration des conditions de stockage. C’est pour cela que nous sommes venus dans cette feuille de route avec des propositions et nous avons tout un programme là-dessus.

Il s’agit de silos de proximité à la ferme. Nous avons souvent tendance à voir les choses en très grand, mais force est de constater aujourd’hui qu’il y a différentes catégories de producteurs de céréales de 10-20 hectares à 1000-2000 hectares.

Nous constatons que depuis deux, trois ans, à partir du mois d’avril, qu’il y a quand même une production d’appoint qui arrive en céréales et on regarde qu’à chaque compagne de moissons battage, on a ce problème de chaînes récurrentes au niveau des Coopératives de céréales et de légumes secs (CCLS). Cela s’explique à deux niveaux : la faiblesse des capacités de stockage, alors que nous avons une collecte qui est très loin de ce que nous attendons. Nous avons également un problème d’organisation.

C’est que tous nos producteurs veulent venir tous au même moment alors que la campagne s’étale jusqu’au mois de septembre. Ils veulent être payés au même moment.

Quand vous avez des capacités limitées, regardez ce que cela produit comme effet. Il y a donc les silos de proximité à réaliser et l’organisation à améliorer. Une campagne de moissons-battage se prépare en juin ou en mai. J’ai mis en place d’ailleurs un groupe de travail pour, au moins dans cette phase, préparer cette campagne. Il s’agit aussi de répertorier toutes nos capacités de stockage pour pouvoir mobiliser de nouveaux espaces.

Le paiement peut se faire également en ligne. La Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR) et les producteurs adhèrent à cette démarche. Ce sont donc autant d’éléments qu’il faut préparer maintenant. Le travail a commencé là-dessus. Ce sera mieux que ce qui se faisait. C’est une étape pour éviter ce malaise pendant la campagne.

– Il y a aussi le problème de l’irrigation qui se pose avec une production majoritairement pluviale…

Un travail a été lancé dans ce cadre depuis le mois d’août et on a ciblé les superficies qu’il faut. Aller vers une irrigation d’appoint pour 2000 – 22 000 hectares par an. Au niveau de toutes les wilayas concernées, du moins les wilayas potentielles, il y a eu tout un travail depuis le mois d’août qui a ciblé les producteurs qui seront impliqués dans ce programme.

Il y a aussi le recensement des capacités hydriques et des équipements par commune. Le travail de sensibilisation a commencé. Nous n’attendrons pas le mois de mars. Le programme est en train d’être mis en œuvre. Avec 20 000 hectares par an, à l’horizon 2024, ce seront 200 millions de dollars qu’on va gagner juste en améliorant les rendements. Tout une marge. Au sud, c’est une irrigation intégrale qui se fait.

Avec l’effort d’investissement, ce sont des superficies en plus, mais il faut aller au-delà. Il ne faut pas investir dans le sud en se contentant de 45 quintaux à l’hectare. Dans cette région, c’est à partir de 70 quintaux par hectare qu’on peut dire nous avons de l’investissement. Si dans le Nord, on parle du club des 50, dans le Sud, faudrait-il un jour qu’on parle du club des 80. Là, je vous dirais que c’est une première.

– Quel est le rôle des organisations professionnelles dans ce carde ?

Nous avons les conseils professionnels ou sont représentés tous les segments. Leur rôle ne devrait pas être syndical, mais une force de propositions pour les pouvoirs publics. C’est un partenaire. Mais ce n’est pas le cas actuellement pour tous les conseils. Pour certains, ils sont dans cette logique et cette dynamique. Pour d’autres conseils, ils arrivent à intégrer un peu la démarche et, pour d’autres, ils sont loin encore. Je pense que c’est un travail de proximité qu’on aura à faire avec eux et en inter-conseils aussi.

Le besoin de formation se fait de plus en plus ressentir et nous avons même pensé à faire appel à deux-trois experts pour assurer cette mission. C’est-à-dire leur expliquer ce qu’est attendu de ces organisation et le rôle économique d’une filière à partir d’un conseil. C’est une action que nous allons lancer. Nous allons commencer par les conseils qui se cherchent encore pour toucher l’ensemble.

Mais, il faut que ça soit dans la durée. Autrement dit : former et informer. Nous avons aussi les chambres d’agriculture qui doivent jouer leur rôle. A voir le changement opéré au niveau de la chambre nationale d’agriculture (CNA), c’est prometteur.

Des séances de proximité sont prévues sur le terrain puisque la Chambre les stratégies des pouvoirs publics. Cette dynamique, il faut qu’elle soit présente sur le terrain. Je l’ai constaté, il y a moins de présence.

Les éleveurs et les agriculteurs par moment ne trouvent pas d’échos. Ils n’ont pas d’interlocuteurs. Avec le système de coopératives, ça va les aider à s’organiser. Mais les institutions techniques et les chambres d’agriculture régionales doivent occuper le terrain.

– Il y a aussi le système des pôles régionaux à mettre en place. Qu’est ce qui est prévu dans ce cadre. On parle de l’élaboration d’une carte agricole. Qu’est ce qui est prévu dans ce cadre ?

Oui, effectivement puisque vous le savez déjà, c’est un dossier qui est ouvert via la carte agricole. Nous avons fait le constat que la carte agricole existe uniquement sur le plan statistique contrairement aux autres secteurs. Nous avons juste les niveaux de productions pour certains produits par région.

C’est la première couche d’information. La deuxième couche c’est les zones de prédilection. C’est à dire les vocations des zones. J’ambitionne que ce n’est qu’à partir de cette carte qu’on pourra orienter même les soutiens publics. C’est rationnellement inacceptable de continuer soutenir de la même façon n’importe quelle filière et dans n’importe quelle région. Vous soutenez celui qui vous fait 40 quintaux à l’hectare parce qu’il est dans des conditions favorables de prédilection.

Si vous soutenez de la même manière celui qui vous fait 40 que celui qui vous fait 2, vous n’encouragez pas la performance et vous ne rendrez pas service aux écosystèmes. La troisième couche d’informations que nous avons déjà et j’ai demandé ce qu’on l’insère dans la carte est la carte de vulnérabilité climatique.

Elle existe au niveau du BNEDER. C’est un acquis. On ne peut pas aujourd’hui parler d’agriculture sans tenir compte des changements climatiques qui sont en train de dessiner les politiques mondiales de demain. Nous avons constaté qu’il y a des bassins de production qui se délocalisent. C’est un constat physique. Faudrait-il l’étayer par des études. Car, il y a la conception de campagne qui a tendance à changer.

Beaucoup de pays vous disent que démarrer votre compagne dans des régions à pluviométrie connue chaque année le 1 er octobre est une erreur. Il faut qu’on s’adapte à ces changements climatiques. Il y a aussi cette problématique d’excédents de production. Je vous donne l’exemple de la tomate industrielle.

Nous avons des variétés tardives. La campagne de la tomate industrielle peut aller jusqu’au mois d’octobre. Pourquoi tout transformer en juillet quel que soit les capacités de production. On est souvent dépassé. Il y a un effort de sensibilisation à faire sur cette question. Deuxièmement, je me rappelle de tout temps qu’il y avait une complémentarité entre la pomme de terre du Nord et celle du Sud. Quand un produit, l’autre est à la semence.

Ce qui fait que le marché s’équilibre de mieux en mieux. Quand il y a un surplus, le SYRPALAC (système de régulation des produits de large consommation) l’absorbe. Aujourd’hui, nous constatons non seulement qu’il y a des régions qui sont venues se greffer dans la production de la pomme de terre (les zones tardives).

C’est bien mais ce qui perturbe un peu la filière c’est qu’à un moment tout le monde fait de la pomme de terre. Mais avec une carte agricole, on pourra orienter les productions. I y va de l’intérêt de l’agriculteur lui-même et de la régulation économique du marché. Aujourd’hui, nous constatons que ce système est dépassé. Je dirais que le SYRPALAC dans la connotation de 2008 quand il a été créé n’a plus de sens.

Il a été créé dans un contexte ou nous étions importateurs de pomme de terre. Il fallait garantir au même temps l’intérêt économique du producteur et du consommateur. Aujourd’hui, au regard de cette approche et de cette dynamique qui s’est faite sur le terrain, les périodes de soudures se réduisent et disparaissent. Actuellement, la pomme de terre est disponible à longueur d’année. Les périodes de soudure ne sont plus qu’elles étaient. Les prix sont stables.

– Par quoi remplacer le système ?

Le système est en phase de révision. On ne peut pas dans une chaine de valeurs toucher un maillon. Il faut intervenir à tous les niveaux. Nous sommes en train de travailler dans ce sens. A mon avis, il faut changer de fusil d’épaule quand on parle de conception dans le secteur agricole. L’agriculture a fait beaucoup d’efforts.

Elle est en train de se reconstruire pour s’adapter au contexte actuel. Il y a eu beaucoup d’acquis. Donc, autant optimiser ces acquis et voire l’agriculture dans le contexte actuel. Donc si cette agriculture doit se contextualiser, il faudrait qu’elle soit accompagnée. On ne peut plus parler d’agriculture de champs uniquement. Le secteur doit être accompagné par la valorisation par la transformation et les capacités de stockage. Que comptez-vous faire pour aller justement vers cette connexion entre le monde agricole et le celui de l’industrie ?

Pour ce faire, sur le plan des capacités de stockage et des bases logistiques, nous avons 30 espaces qui ont été lancés. Dans La feuille de route, nous nous sommes engagés pour en réceptionner 11 au premier trimestre 2021. Je pense et je reste optimiste pour en atteindre 13 et ce sont des entrepôts dignes de ce nom répartis dans toutes les régions essentiellement dans les régions du Sud.

Certains seront inaugurés incessamment. On a déterré ce dossier et accéléré les choses. Il reste un problème qui vient d’être réglé, celui des garanties. Des experts étrangers viendront revérifier certains aspects techniques pour les faire démarrer. Nous avons même une infrastructure à Tindouf dans la zone sous douane. Ça va aider à la régulation, aux échanges interna wilayas et à l’export.

– En dehors du lait et des céréales, il y a les légumes secs que nous importons massivement…

Pour les légumes secs, ce qui est désolant : il y a de moins de moins d’engagements des agriculteurs dans ces cultures. Pour la lentille par exemple, qui a enregistré une ascension formidable je le rappelle, il y a trois ans, nous n’étions pas loin de 60-70% de nos besoins, à hauteur de 320.000 tonnes.

Mais, la production a baissé. La non maitrise des importations a joué défavorablement contre les producteurs nationaux. Là, on a demandé de protéger la production nationale par l’instauration d’un DAPS (Droit additionnel provisoire de sauvegarde) ou d’une autre forme. Il faut sécuriser la production nationale et le producteur. Leur donner l’avantage en garantissant la vente des récoltes via l les CCLS ou l’OAIC (Office algérien interprofessionnel des céréales).

Nous avons un objectif de dépasser 100.000 hectares. Faisons au moins 60.000 -70.000 hectares. Mais, je ne peux pas accepter 20.000 hectares. Il y a le financement à faciliter. On peut intervenir à travers le crédit RFIG. On peut faire des pré financements et si les producteurs ont des crédits, une convention signée avec la BADR leur permettra le rééchelonnement.

Ce sont autant de mesures d’encouragement mais au bout, l’alternative reste qu’il ne faut pas qu’il y ait une concurrence déloyale. Les instituts techniques et les agriculteurs doivent faire en sorte qu’il y ait des variétés compétitives. Si le marché exige un certain diamètre pour le pois chiche par exemple il faut le faire et répondre aux normes demandées sur le marché.

Je le répète pour les légumes secs, le plus important est la protection de la production nationale en plus du financement des campagnes, la garantie de réception et l’achat de la production par l’OAIC avant de finir par reprendre cette filière en mains d’autant que nous avons des zones de prédilection.

– On ne peut pas faire l’impasse sur le foncier agricole. Ou est en l’opération d’assainissement ?

On peut dire beaucoup de choses sur ce dossier mais je vais citer deux ou trois points. D’abord, il faut en finir définitivement avec les actes de concession pour les EAC (exploitations agricoles collectives) et EA (exploitations agricoles individuelles) .2010-2021, c’est quand même long 11 ans. On est aujourd’hui à 85% d’actes établis et attribués.

Ce qui reste, il y a les dossiers qui sont encore au niveau des domaines. On devait les finaliser fin 2020 mais ce n’est pas le cas. Des instructions ont été données pour clore ces dossiers d’ici fin février.

Il n’ya pas de raison qu’un acte de concession reste des mois et des mois voire des années au niveau des domaines. Il peut y arriver qu’il y ait des exceptions mais pas pour 4000 dossiers. C’est en fait le nombre des actes en attente de finalisation au niveau des domaines.

La deuxième catégorie concerne les exploitants qui ont des problèmes à l‘exemple de ceux décédés et dont les ayants droits n’arrivent pas à s’entendre pour la succession. Les affaires sont en justice. Je dis qu’on dehors des dossiers qui sont au niveau des domaines à régler, le reste, laissons-le en contentieux mais clôturons l’opération sans attendre le règlement des dossiers en justice.

Ces derniers risquent de prendre du temps. Le deuxième point, c’est tout ce qui est en train d’être fait concernant les terres non exploités particulièrement dans le Sud et les hauts plateaux surtout pour ce qui est du mode concession ou du mode accession à la propriété foncière.

Je dis qu’en moyenne plus de 2,5 millions d’hectares ont été attribués depuis les années 80 (le mode de concession date de 1983). Si je regarde les terres travaillées, nous avons moins d’un million. Les opérations d’assainissement ont conduit à une récupération qui dépasserait500.000 hectares et le travail, il faut le poursuivre.

L’opération d’assainissement du foncier n’est pas simple. Elle est contraignante, mais il faut continuer sur cette lancée, arriver à récupérer pour que ce soit des outils de foncier à mettre à la disposition des investisseurs. D’ailleurs, l’office du Sud, son premier portefeuille va être attribué dans le cadre de la récupération des terres. Je ne peux parler de l’assainissement sans évoquer l’occupation des terres sans titre.

Nous avons engagé une circulaire là-dessus pour dire en premier lieu : « finalisons le recensement en prenant en considération un certain nombre d’indicateurs : une présence réelle avec un investissement réel ». Il ne faudrait pas que ce soit des terres exposées à des litiges. En principe, on devait clôturer le recensement fin 2020 et certains walis ont demandé de prolonger le délai. Je viens de signer une note pour demander l’achèvement de l’opération fin mars. Le chiffre arrêté à ce jour est assez important.

On dépasserait 70.000 hectares. Il faut sécuriser ces investisseurs. Ils ont occupé des terres sans titres oui, ils les ont exploités oui, mais ils n’ont pas de crédits. Autrement dit, ils ont investi sur ces terres de père en fils. Cela ne veut pas dire qu’il faut le faire de cette façon à l’avenir. Ils n’ont aucun titre et dans le fonds c’est l’Etat qui perd puisqu’ avec un titre de concession, l’exploitant paie la redevance et il est dans le circuit formel et rentre dans l’économie, donc sécurisons davantage ces producteurs. Sécuriser, c’est aussi faciliter l’accès au crédit, quelle est la démarche prévue ?

Dans le système de financement actuel, nous avons la BADR et le monde professionnel. La BADR obéit à une certaine orthodoxie bancaire. Elle finance aussi bien l’industrie que le bâtiment bien qu’elle ait un penchant pour l’agriculture. Mais la BADR répond mieux sur une agriculture de grande échelle.

Je peux concevoir la BADR pour financer de grands projets agricoles et de grandes mises en valeur. Mais, aujourd’hui elle finance également les petits agriculteurs alors que dans le monde, les agriculteurs moyens et petits ainsi que le monde rural ont un système de financement adapté. Le dossier est ouvert, il est en finalisation. Je le présenterai dans pas longtemps au gouvernement et c’est ce que nous appelons le crédit mutuel rural (CMR).

Nous avons une institution d’agriculture qui est là la CNMA (Caisse nationale de mutualité agricole) qui présente des avantages. Elle est présente partout sur le territoire national. Elle a acquis de par son expérience ce côté de proximité et de lien avec le monde rural. Le troisième avantage c’est l’esprit mutualiste. Elle est bien rôdée dans le concept de mutualiste.

Le dossier est bien bâti dans cette entité. On ne va pas créer mais adapter la CNMA au crédit mutuel rural. Bien sûr, il doit y avoir les autorisations de la banque d’Algérie et une autorisation du ministère des finances mais là ce n’est pas un problème pourvu qu’on présente un dispositif cohérent. Je pense que le travail qui est fait depuis le mois d’aout avance bien.

Nous avons mis expert spécialisé dans le financement du monde rural avec la CNMA qui suit de près ce dossier. A mon avis, ce mode de financement sera le plus adapté aux agriculteurs, aux éleveurs et au monde rural.

Deuxième élément, nous avons au moins trois mécanismes de financement. Nous avons RFIG, un crédit de campagne dont nous venons de recevoir la convention élargie à l’ensemble des filières et nous avons même réduit la durée du traitement des dossiers par exemple à 15 jours quand il s’agit la durée ne devrait pas dépasser un mois pour les autres filières.

Nous avons également revu la convention avec la BADR sur Ettahaddi dans tous les crédits d’investissement et nous avons même élargi la gamme pour toucher l’agroalimentaire, le froid et l’exportation. Nous avons en fait complété un peu l’ancien dispositif. Nous avons aussi le crédit fédératif qui ne marche pas comme on l’aurait souhaité pourtant il est important.

Je verrai à l’avenir que ce crédit est le plus indiqué pour les campagnes céréalières. Au lieu de ramener tous les céréaliers vers les CCLS même si c’est un guichet unique, C’est très long. Je voulais mettre ce système cette année mais nous n’avons pas eu le temps. Il gagnerait à être mis en œuvre dans ce cadre.

– Comment s’annonce la faisabilité de toute ces actions dans le contexte financier actuel ?

Financièrement, on fait avec ce qu’on a mais on s’y adapte. Je ne suis pas bloqué sur ce plan. C’est faisable. Nous avons des objectifs cohérents. Nous avons dit que nous allons à l’horizon 2024 engager des investissements, organiser les filières, former davantage et être dans la proximité. Je vous cite à titre d’exemple les filières ma¨is, huiles et sucre ou nous sommes autour de à 30-40% de nos besoins.

Ce n’est pas énorme par rapport au potentiel. Aujourd’hui, je suis très content d’avoir engagé le travail avec l’Agence spatiale algérienne (ASAL) qui a travaillé depuis le mois d’aout sur ce dossier.

Nous savons ou il y a le sol et l’eau ? nous avons identifié les zones ou il faut investir. Les experts de l’ASAL ont sillonné 6 millions hectares. Nous sommes dotés de cet outil. Il faut se mettre à l’idée que l’agriculture se construit avec le monde universitaire les chercheurs. L’agriculture est un secteur horizontal. S’il y a un maillon qui manque, ça va l’affaiblir.

Justement les nouvelles technologies n’ont pas leur place dans le secteur…

On y travaille. Avec la CNA, nous essayons de mettre en contact les agriculteurs avec les jeunes qui innovent. Pourquoi ne pas doter l’agriculture d’un incubateur ? Ce projet est encore au stade de maturation.