Diplomatie : L’Algérie à la conquête de l’Afrique

Brahim Taouchichet, Le Soir d’Algérie, 27 janvier 2021

Le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, a effectué, les 25 et 26 janvier 2021, une visite officielle en République démocratique du Congo. La dernière en date d’un périple africain qu’il a entamé à Pretoria, en Afrique du Sud, où il sera d’ailleurs reçu par les plus hautes autorités sud-africaines dont Naledi Pandor chef de la diplomatie de ce pays, allié stratégique de l’Algérie avec l’Afrique du Sud.
L’occasion pour Sabri Boukadoum de réitérer l’engagement de l’Algérie, de concert avec l’Afrique du Sud, sur les questions d’intérêts communs. Dans cet esprit, il était question d’insuffler plus de dynamisme dans les relations économiques et commerciales bilatérales. Plus encore, les questions régionales et internationales, le rôle de l’Union africaine (UE) dans la promotion de la paix, la stabilité et le développement dans le continent, objet de toutes les convoitises ont été, à chaque fois, au centre des discussions de notre chef de la diplomatie avec ses homologues. Ainsi, Sabri Boukadoum se fait fort de porter la voix de l’Algérie et de réitérer ses positions permanentes, que ce soit sur les grands dossiers économiques (hydrocarbures) ou politiques, à l’heure où nous assistons à de nouvelles aventures d’essence néocoloniale, tandis que la communauté internationale ne souffle mot sur les ingérences et la violation de la souveraineté des Etats. Afrique du Sud, Lesotho, Angola, Kenya ont accueilli l’hôte algérien dans son périple. En ligne de mire, il y a la tenue prochaine du 34e sommet de l’Union africaine prévu en février prochain. L’actuelle présidence de l’organisation est dévolue à Ciryl Ramaphosa. On connaît l’engagement sans faille du pays de Mandela pour la cause sahraouie. Cela ne doit pas surprendre pour autant, Alger et Pretoria développent des liens historiques, nés dans le combat contre l’apartheid et pour la liberté. Le premier voyage de Nelson Mandela à l’étranger fut en Algérie, où il fut reçu dans une liesse populaire digne du grand homme. Si le dernier sommet de l’UE avait retenu comme slogan de paix « Faire taire les armes » eu égard aux nombreux foyers de tension, au demeurant suscités et alimentés par les puissances extra-africaines, force est de constater que la plupart des pays africains qui se sont joints à la promotion du règlement pacifique et la promotion du dialogue comme moyen idoine de concilier les uns et les autres, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer leur impuissance. Libye, Mali, Sahara Occidental, autant de plaies ouvertes sans que l’on parvienne à y mettre le holà. Mieux, de plus en plus de pays à faible capacité de résistance voient leur souveraineté mise à mal, s’ils ne sont pas ouvertement entraînés dans des aventures sans lendemain. Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, avait rappelé lors du dernier sommet, dans un discours programme, les priorités qui s’imposent aux gouvernants africains. En filigrane, il a appelé à la solidarité et à la coopération interafricaines et ne pas trop espérer des promesses des puissances européennes qui n’assument pas leurs engagements. Notre ministre des Affaires étrangères a été porteur de messages du président de la République à ses homologues africains. Il est vrai aussi qu’à Addis-Abeba, ce dernier a multiplié les entretiens. Mais depuis, nous n’assistons pas aux avancées promises en matière de développement et d’échanges multiples. La pandémie de coronavirus a agi comme un révélateur des archaïsmes et de la grande pauvreté des systèmes de santé. Les appels à l’aide n’ont eu que peu d’échos chez les dirigeants de pays nantis. Mieux, l’agression marocaine à El Guerguerat traduit clairement la passivité des organisations internationales, dont l’ONU, que certains observateurs vont jusqu’à accuser de connivence. Les tergiversations d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’organisation onusienne, tendent à confirmer cette thèse. Les armes reprennent du service au Sahara Occidental. Sabri Boukadoum a donc pour mission de battre le rappel des troupes contre le colonialisme à visage africain. Il faut urgemment désigner un envoyé spécial au Sahara Occidental, redonner à l’Union africaine son rôle dans la prévention et la résolution des conflits. S’il a repris son bâton de pèlerin, le chef de la diplomatie algérienne sait très bien que ça urge. Notre absence due à des contraintes internes a profité à « l’ennemi classique » qui ne s’embarrasse pas de scrupules, et dont le mensonge est un trait de sa politique. Le grand bluff de l’ouverture de consulats dans les territoires sahraouis occupés sonne bien plus comme un aveu d’échec. La preuve que tout ne s’achète pas, surtout à ce niveau qui met en balance tout un peuple. Le Burundi s’est récemment retiré de ce marchandage. Pour Sabri Boukadoum, la tâche est rude, il faut redonner de la visibilité à notre politique étrangère en mettant en avant ce qui unit l’Afrique en solidarité dans la lutte pour la stabilité, la paix et la sécurité. Les signaux d’alerte ne manquent pas…
Brahim Taouchichet