Protestations dans les entreprises et administrations : Turbulences sur le front social

Abdelghani Aichoun, El Watan, 26 janvier 2021

Plusieurs mouvements de protestation ont été signalés ces derniers temps, notamment dans le milieu professionnel. Que ce soit dans le secteur public ou privé, avec les difficultés que rencontrent de nombreuses entreprises, et non des moindres, ou dans l’administration, de plus en plus de travailleurs recourent aux sit-in ou grèves pour faire entendre leurs voix. Dans la quasi-totalité des cas, il s’agit de revendications socioéconomiques.

Les travailleurs de nombreuses entreprises, ainsi que ceux de certaines administrations, ont entamé des mouvements de protestation à travers plusieurs wilayas du pays. Ces deux derniers jours, les employés de la formation et de l’enseignement professionnels ont organisé des sit-in de protestation.

Ils revendiquent la révision de leur statut particulier et des avantages similaires à ceux accordés aux travailleurs du secteur de l’éducation (vacances, horaires de travail…). Ce ne sont pas les premiers employés de la Fonction publique à protester.

Début janvier, les contrôleurs des directions de commerce avaient organisé une grève qu’ils comptent reproduire, si leurs revendications, s’articulant essentiellement autour de l’amélioration de leur pouvoir d’achat, ne sont pas satisfaites.

Il y a eu également un mouvement de protestation à l’Office national des statistiques (ONS) et à l’Inspection du travail, entre autres. Et il n’y a pas que les travailleurs de la Fonction publique qui sont montés au créneau.

Hier, des centaines d’employés de différents secteurs ont marché à Béjaïa, tandis que la veille, ce sont ceux de l’entreprise Eniem (électroménager) de Tizi Ouzou et de l’ENAD (détergents) de Sour El Ghozlane (Bouira) qui ont manifesté.

Dans les deux cas, il s’agit principalement de non-versement de salaires. D’autres entreprises, aussi bien publiques que privées, sont dans la même situation.

On peut citer Tonic Emballage à Bou Ismail, Enie à Sidi Bel Abbès, ainsi que les sociétés dont les patrons ont des démêlés avec la justice – certaines d’entre elles sont carrément à l’arrêt – comme c’est le cas des groupes Condor, ETRHB ou encore Amor Benamor.

Absence d’un plan d’urgence

Des milliers de travailleurs donc sont sans salaires depuis plusieurs mois. Sans compter bien évidemment toutes ces petites entreprises, et autres activités commerciales qui ont subi de plein fouet les effets de la crise sanitaire.

Un malaise social qui risque de s’aggraver avec la hausse graduelle et remarquée des prix des produits alimentaires, résultat, en partie, selon des spécialistes, de la dévaluation de la monnaie nationale.

Les mesures d’aides prises par les autorités pour assister les personnes impactées par la Covid-19, sur le plan socioéconomique, semblent dérisoires face à l’ampleur de la crise qu’elles ont subie. Qu’en sera-t-il d’ici quelques mois au moment où toutes les prévisions sont pessimistes ?

Aujourd’hui, face à l’absence d’un plan d’urgence clair de redressement de l’économie nationale, il est évident que la situation de ces entreprises ou secteurs d’activités commerciales ou de service en difficulté va se compliquer. Ceci, alors que les réserves de change du pays ne cessent de fondre.

Dans tous les cas de figure, ces mouvements de protestation qui se multiplient sont des indicateurs quant au marasme que vivent des milliers de travailleurs. Un marasme qui pourrait se transformer en explosion sociale, si jamais des mesures nécessaires ne sont pas prises.