L’Exécutif tangue

Désordre, cacophonie et contre-performances

Liberté, 23 janvier 2021

Le recadrage des membres du gouvernement par le Premier ministre qui s’ajoute aux critiques formulées par le chef de l’État est le signe que l’Exécutif prend l’eau de toutes parts. Son éventuel changement fait paniquer ses membres.

Dans une directive adressée aux ministres et rendue publique jeudi, le Premier ministre reproche aux membres du gouvernement une mauvaise préparation des textes de loi et autres textes réglementaires qui, selon lui, “manquent de maturation et de concertation intersectorielle”, ce qui se “répercute sur leur qualité, tant sur le plan de la forme que du fond, et amène le gouvernement à demander leur réexamen, et parfois à les renvoyer pour développer une nouvelle approche du dispositif envisagé”.

Dans sa missive, le Premier ministre ne remet pas en cause uniquement l’absence de maturité des textes préparés par les ministères. Il demande également à ces derniers d’accorder “une attention particulière à la qualité” des textes législatifs et réglementaires, durant toutes les étapes du “processus normatif”, “d’autant plus que ces textes constituent l’instrument par excellence” d’encadrement et de “mise en œuvre des politiques publiques”, dit-il.

À travers ces remarques, Abdelaziz Djerad s’attend à une amélioration “sensible” de la qualité des textes législatifs et réglementaires, d’en assurer “l’intelligibilité et l’effectivité”, et d’apporter “la fluidité et l’efficacité” requises au processus “normatif”.

L’adresse du Premier ministre n’est pas destinée à un département précis. Mais mercredi dernier, profitant de la tenue de la réunion du gouvernement, Abdelaziz Djerad ne s’est pas empêché de recadrer le ministre de l’Industrie.

Au cœur d’une polémique à propos de l’attribution des licences d’importation de véhicules neufs, Ferhat Aït Ali s’est vu demander de la part du Premier ministre de “veiller à l’exigence de transparence” dans le domaine du traitement des dossiers des concessionnaires pour l’importation et la vente de véhicules.

Ce qui s’apparente à un rappel à l’ordre du Premier ministre intervient quelques heures seulement après la controverse suscitée par le ministre de l’Industrie à propos de l’attribution de licences provisoires d’importation de véhicules à des concessionnaires, mais dont l’identité n’a pas été révélée.

Mais au-delà de ce cas précis, la montée au créneau d’Abdelaziz Djerad semble faire écho aux critiques publiques formulées par le chef de l’État contre les membres du gouvernement lors du Conseil des ministres du 3 janvier dernier. Abdelmadjid Tebboune avait, en effet, indiqué que l’action des ministres était “mitigée”.

Il rappellera cette remarque, une semaine plus tard à l’aéroport de Boufarik, peu avant de s’envoler pour un nouveau séjour médical en Allemagne. Ce jour-là, le message du chef de l’État s’adressait directement au Premier ministre qui a encaissé sans réagir.

Ces salves ne sont en réalité que l’expression publique de l’appréciation d’une machine gouvernementale grippée depuis fort longtemps. Cafouillage, incohérence, incartades de certains ministres, manque d’efficacité et maladresses ont en effet marqué l’équipe d’Abdelaziz Djerad depuis son installation en janvier 2020.

Et Abdelmadjid Tebboune, qui a longtemps tenté de justifier cette situation par le “manque d’expérience” de certains de ses ministres, a fini par admettre publiquement qu’il n’est pas satisfait. Il a bien tenté d’apporter des correctifs en limogeant certains d’entre eux, mais cela n’a visiblement pas suffi.

La désignation d’un gouvernement presque “parallèle”, constitué de conseillers au niveau de la présidence de la République pour gérer certains dossiers prioritaires, n’a pas non plus réussi à colmater les brèches laissées ouvertes par une équipe gouvernementale pléthorique.

Une situation qui conforte l’idée de l’existence d’une crise latente au sein de l’Exécutif appelé logiquement à être remanié. Une perspective qui devrait attendre le retour d’Abdelmadjid Tebboune qui vient de subir une opération chirurgicale au pied droit.

Ali BOUKHLEF