Kitouni Hosni, historien: “Le passé colonial s’avère plus problématique pour l’Algérie”

Liberté, 21 janvier 2021

“La déclaration de l’Élysée aujourd’hui est dans la logique des choses, elle ne peut surprendre quand on sait ce que représente la colonisation dans l’histoire de la France. Depuis 1830, elle est au cœur de la construction de l’État-nation français, les conquêtes coloniales ont nourri son roman national.

Ses rues, ses musées, ses bibliothèques, ses universités, ses commémorations illustrent la démesure de la place de la colonisation dans sa mémoire collective. Si on ajoute à cela l’existence de plusieurs millions de Français descendants de parents attachés aux colonies, pour qui la décolonisation fut une tragédie, on comprend dès lors combien il est quasiment impossible pour tout pouvoir politique de prendre le risque d’aller à contre-courant de la tendance majoritaire de l’opinion publique. Au moment où se jouent des élections difficiles en France, je ne vois pas comment le président Emmanuel Macron ou un autre pourrait mécontenter une partie de l’opinion sans, du même coup, le payer politiquement.

La question du passé colonial s’avère ainsi infiniment plus problématique pour la France que pour l’Algérie. Oui, que faire d’un passé aussi chargé de crimes quand on prétend être la patrie des droits de l’Homme ? Ceux qui, en Algérie, ont misé sur une audace ou une concession de M. Macron sur cette question sont maintenant instruits. Jamais la France officielle n’acceptera, si elle n’y est pas forcée, de faire ses excuses ou sa repentance sur son passé colonial. Cela a l’avantage de clarifier les choses. Que vont faire maintenant ceux qui avaient misé sur un ‘cadeau’ de M. Macron ? Vont-ils continuer à exiger ce qu’ils savent ne pas obtenir, mais le faire quand même pour leurrer l’opinion ? Ou bien prendre la mesure de leur échec et voir comment sortir de ce jeu malsain qui consiste à utiliser la question de l’histoire et de la mémoire à des fins de politique politicienne.

La question du passé colonial n’est pas seulement une affaire franco-algérienne, elle est surtout algéro-algérienne : en ce sens qu’elle nous interpelle sur plusieurs plans : l’écriture de l’histoire de la colonisation de manière objective et documentée pour enseigner à nos enfants combien la colonisation fut une abjection absolue et pourquoi la liberté et la souveraineté pour un peuple sont les biens le plus précieux.”