Le Care pointe l’absence de données économiques

Le Think Tank appelle les organismes de sécurité sociale à publier leurs comptes

Liberté, 17 janvier 2021

Le Cercle d’action et de réflexion pour l’entreprise (Care) met en chantier une série d’articles sur les lacunes du système d’information économique. Le think tank estime que “les lacunes de notre système d’information économique et social figurent sans conteste parmi les tares qui caractérisent le mode actuel du fonctionnement de notre économie”.

Le Care, qui n’a eu de cesse depuis très longtemps de dénoncer cette situation, estime que le rattrapage des retards en la matière est une nécessité vitale en ces temps de révolution mondiale des technologies de l’information et de la communication. Dans un communiqué, publié jeudi, le think tank porte le focus sur les données relatives aux institutions en charge de la protection sociale dans notre pays.

Le Care appelle à corriger rapidement une anomalie préoccupante : la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés (Cnas), la Caisse nationale de Sécurité sociale des travailleurs non salariés (Casnos), la Caisse nationale d’assurance chômage (Cnac) et la Caisse nationale des retraites (CNR) ne publient pas leurs comptes. “C’est pourtant une information importante, à laquelle ont droit les millions d’Algériens qui cotisent à ces caisses”, estime le think tank.

Ce dernier explique que la publication de comptes annuels permet de voir les cotisations collectées, par secteurs d’activité et par catégories de cotisants, ainsi que l’usage effectif qui en est fait.

“C’est le niveau minimal de la redevabilité envers le public”, souligne le Care qui demande “solennellement” à la Cnas, à la Casnos, à la Cnac et à la CNR de rendre publics, sur leur site web, leurs rapports annuels circonstanciés, avec les données essentielles liées à leurs ressources, leurs activités et leurs résultats.

Le think tank note que les comptes annuels des entreprises publiques et privées sont déposés obligatoirement au CNRC qui a pour charge de les rendre accessibles à tous. L’État, lui-même, présente à l’Assemblée nationale les données principales concernant son budget annuel, lesquelles font l’objet de publication au Journal officiel.

“Même si on peut regretter les quelques années de retard mis à l’élaborer, une loi de règlement rend compte de manière détaillée des conditions d’exécution de chaque budget annuel”, indique le Care.

Le think tank trouve “surprenant que des institutions aussi fondamentales dans la vie de notre pays que la Cnas, la Casnos, la Cnac ou la CNR, qui collectent des cotisations auprès de millions d’Algériens, ne considèrent pas qu’elles doivent à leurs cotisants le minimum de redevabilité que constitue la publication de leurs comptes”.

Il ajoute que “par des informations éparses, nous savons que ces caisses sont confrontées à des difficultés sérieuses qui menacent leur équilibre financier”. On y apprend que le déficit annuel de la CNR est de l’ordre de 600 à 700 milliards de dinars.

Les finances des autres caisses seraient, elles-mêmes, l’objet de tensions très fortes dont chacun sait qu’elles sont exacerbées autant par le contexte de crise sanitaire que par les difficultés plus récurrentes à collecter des ressources au sein d’une économie gangrénée par l’informel.

“Ces caisses sont des organismes dont la gestion est intimement liée à l’avenir de nos politiques de santé, de notre capacité à accéder à des soins de qualité ou de la garantie concrète de nos retraites futures. La publication régulière de leurs comptes est une nécessité démocratique de premier plan”, conclut le Care.

Meziane RABHI