Rapport de l’ONU sur l’impact socioéconomique de la Covid-19 en Algérie

Hausse du taux de chômage, les PME durement touchées

Madjid Makedhi, El Watan, 16 janvier 2021

Selon un rapport de l’ONU, la crise sanitaire de la Covid-19 risque de porter préjudice aux progrès accomplis par l’Algérie vers la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) de l’agenda 2030.

La crise sanitaire engendrée par la propagation de la Covid-19 a durement impacté l’Algérie. Les effets de l’épidémie apparaissent, notamment, dans le secteur professionnel, chez les travailleurs journaliers et les Petites et moyennes entreprises (PME). Selon un rapport des Nations unies intitulé «Analyse rapide de l’impact socioéconomique de la Covid-19 sur l’Algérie», les mesures du confinement décidées par les autorités, dès le début du mois de mars 2020, ont touché tous les secteurs de l’économie «mais à des degrés d’impact différents».

«Les entreprises font face à des pertes substantielles qui menacent leur fonctionnement et leur solvabilité, notamment les petites entreprises et une grande partie de travailleurs risquent d’être exposés à des pertes de revenus et à perdre leur travail», note le document, dont nous détenons une copie.

Selon la même source, les conséquences sur les activités génératrices de revenus «sont particulièrement sévères pour les employés sans protection sociale ou les travailleurs journaliers ainsi que pour les personnes les plus vulnérables au sein de l’économie informelle qui représenterait 46% de l’économie algérienne (selon l’ONS en 2012)». Le rapport prévoit une forte hausse du taux de chômage durant l’exercice qui vient de s’écouler.

«Le nombre final de pertes annuelles d’emplois en 2020 dépendra de manière décisive de l’évolution de la pandémie et des mesures prises pour en limiter l’impact et en particulier la durée du confinement. Il est donc difficile aujourd’hui d’avancer un chiffre. Selon les résultats de notre modèle, le taux de chômage se situerait autour de 15%», expliquent les auteurs de cette analyse.

Retard dans la réalisation des ODD

Selon la même source, cette crise sanitaire risque de porter préjudice aux progrès accomplis par l’Algérie vers la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) de l’agenda 2030. «Mais son impact s’explique également par le manque de progrès vers certains ODD.

En d’autres termes, la crise de Covid-19 est certes une crise sanitaire, mais ses développements vont bien au-delà de la stricte dimension sanitaire, risquant de faire régresser les progrès accomplis depuis plusieurs décennies pour combattre la pauvreté», explique-t-on. Pour remédier à cette situation, le rapport énumère une série de recommandations.

«En conformité avec l’agenda 2030, qui engage tous les secteurs à ne laisser personne pour compte, la réponse à la crise de la Covid-19 doit soutenir les personnes et groupes les plus vulnérables, dont les femmes, les jeunes filles, les enfants, les personnes âgées, les travailleurs informels, les migrants et les réfugiés, tout en prévenant l’émergence de nouvelles vulnérabilités», souligne le rapport. Pour ce faire, lit-on dans le même document, «l’identification de ces vulnérabilités est la condition sine qua non d’une réponse efficace et multisectorielle à l’impact économique et social de la Covid-19».

Les réponses à apporter par les pouvoirs publics à cette crise, ajoute-t-on, devraient rendre la société plus résiliente et plus solidaire à l’avenir. Afin de répondre aux défis socioéconomiques liés à la pandémie Covid-19, préconise le rapport, «la protection des groupes les plus vulnérables et l’activation des leviers accélérateurs d’une relance socioéconomique sur des bases plus durables et écologiquement saines seront d’une grande importance».

Des études approfondies

Le document d’une cinquantaine de pages a conclu son analyse par l’émission d’une série de propositions. Soulignant que «les mesures prises par le gouvernement ont certainement contribué à atténuer l’impact socioéconomique de la Covid-19», mais, indique le rapport, «il serait important de mener des études approfondies pour mieux évaluer l’impact au niveau des différents secteurs socioéconomiques».

Outre la protection sociale comme un élément stratégique de réponse aux crises et aux risques divers, le rapport estime que «l’injection de liquidités au niveau des entreprises et des foyers permettra un rebondissement rapide et la restauration de la confiance en l’avenir».

«Il y a, d’un côté, les aides spécifiques de solidarité pour compenser la perte des revenus ou l’augmentation des coûts de vie des ménages ; de l’autre, l’accès au financement à travers le réseau bancaire ou non bancaire selon des formules innovantes au niveau national et international permettra aux entreprises de se recapitaliser et de réaliser leur potentiel», suggère le rapport, insistant sur l’investissement dans la transition vers l’économie verte et circulaire, les énergies renouvelables et les pratiques de production plus durables qui génèrent des emplois et préparent l’industrie et le secteur des services à l’économie de l’avenir.

Il préconise aussi l’accélération de digitalisation, de l’intelligence artificielle et les Nouvelles technologies de la communication et de l’information (NTIC), ainsi que l’exploitation du potentiel des jeunes.