Avec un déficit de 700 milliards de dinars: Les caisses de la CNR au rouge !

Abdelkrim Zerzouri, Le Quotidien d’Oran, 16 janvier 2021

Le problème perdure depuis près d’une décennie et revient d’une manière récurrente, ces dernières années, occuper les devants de la scène médiatique : les signaux de la trésorerie de Caisse nationale des retraites (CNR) sont au rouge !

Le déficit financier de la Caisse atteint la somme colossale de 700 milliards de DA, a alerté le directeur général de la Caisse nationale des retraites (CNR), Slimane Melouka, lors d’une émission, jeudi 14 janvier, sur les ondes de la Radio Chaîne 1.

Non sans souligner que ce déficit, qui connaissait « une augmentation significative » durant la période 2014-2018, est « stable » depuis 2019 grâce aux mesures prises par la tutelle. Et, si on connaît les causes qui ont creusé le déficit de la CNR, liées au départ massif à la retraite anticipée à partir de 2012 (soit 130.000 départs en 2012, 160.000 en 2013, et plus de 140.000 pour 2014 et 2015, contre seulement 20.000 pour 2011), ainsi que les augmentations des salaires de la période 2011-2012 avec effet rétroactif de 3 ans, qui ont pratiquement accablé la Caisse, en sus de l’allongement de l’espérance de vie, la solution efficiente échappe, encore, aux pouvoirs publics. Bien sûr, on arrive toujours à remettre à flot la Caisse, qui continue à assurer le versement des pensions, grâce à la fiscalité pétrolière notamment, alors que l’équilibre financier serait à chercher ailleurs. Principalement, cet équilibre financier est à trouver sur le marché de l’emploi, « car la Caisse a besoin de 5 adhérents pour un retraité, contrairement à la situation actuelle où 2,1 adhérents cotisent pour un seul retraité », comme l’a rappelé le DG de la CNR. Relevant dans ce contexte, qu’il faut ouvrir les portes aux recrutements pour augmenter le nombre de cotisants et multiplier les sources de financement de la Caisse, qui proviennent actuellement en grande partie de la Caisse nationale des Assurances sociales des travailleurs salariés (CNAS).

Le DG de la CNR a, ainsi, mis l’accent sur l’importance de trouver d’autres alternatives pour diversifier des sources de financement de la CNR, sans en préciser les voies et moyens de cette modulation. Certains économistes estiment, dans un environnement allant à la privatisation ou l’ouverture du capital de sociétés publiques, qu’il faut envisager dans cet esprit d’allouer un pourcentage dans ce cadre à la CNR. Sans parler d’une récupération ou d’une mise en location des biens immobiliers de la CNR qui lui ont été retirés, et qui ont été distribués, à gauche et à droite, sans aucun bénéfice pour la Caisse. M. Slimane Melouka défend également le principe de repousser l’âge de la retraite à 65 ans, au lieu de 60 ans, actuellement, afin, argumente-t-il, de s’adapter à la conjoncture économique actuelle du pays. Autant parler d’une réforme du système de retraite, inévitable mais refoulée en raison de la sensibilité du dossier, et qui devrait impérativement inclure d’autres mesures, en sus de retarder l’âge légal de départ à la retraite, dont l’étalement de l’assiette de calcul des pensions. Et, ce n’est forcément pas les petites pensions qu’on devrait malmener plus encore. Il serait plus équitable de commencer par les grosses pensions dans ce sens, par exemple réformer le Fonds spécial de retraite (FSR) pour les hauts cadres de l’État, qui bénéficie à près de 100.000 retraités, selon des indiscrétions à un taux de 100 % et qui prend comme référence de calcul la dernière fiche de paie du haut cadre de l’Etat, soit quelques 20 milliards de DA par mois (pour un salaire moyen de 200.000 DA) à la charge du Trésor public. Si on veut éviter de provoquer un malaise social en engageant pareille réforme, très délicate, il serait indispensable de commencer par régler les disproportions qui existent avant de toucher aux petites pensions.

Sur un autre registre, le même responsable a rappelé que le calendrier de versement des pensions de 3.300.000 retraités a été revu en coordination avec les secteurs concernés. Il s’étend désormais du 15 au 26 de chaque mois, pour permettre, a-t-il relevé, à cette catégorie, de retirer les pensions « dans les meilleures conditions », notamment en cette conjoncture sanitaire marquée par la propagation de la pandémie du nouveau coronavirus. Ainsi que d’autre mesures prises pour faciliter l’accès des citoyens aux prestations fournies par la CNR, à l’instar des procédures de modernisation et le numéro vert de la Caisse (11 30), mis à leur disposition, qui ont contribué à la prise en charge à distance des citoyens pendant cette période sanitaire exceptionnelle.