Le taux de chômage devra dépasser les 15%

Selon le Cercle d’action et de réflexion pour l’entreprise

Liberté, 14 janvier 2021

En glissement annuel et sur les neuf premiers mois de l’année 2020, le Care relève une baisse de plus de 33% des offres et des demandes d’emploi.

Le Cercle d’action et de réflexion pour l’entreprise (Care) alerte contre une forte baisse des offres et des demandes d’emploi, ainsi que des placements. Dans une note de conjoncture du 2e et du 3e trimestre 2020 et prévisions de clôture pour l’année 2020, le Care rappelle que depuis 2014, l’enquête “Emploi et chômage” est réalisée deux fois l’an (avril et septembre) par l’Office national des statistiques (ONS). En raison de la pandémie de Covid-19, il est possible que l’enquête n’ait pu être faite au mois d’avril. Si celle du mois de septembre l’a été, les résultats devraient être publiés ce mois de janvier.

“Dans l’attente de cette publication et pour asseoir l’évaluation de l’impact de la Covid-19 sur le marché du travail, la seule statistique qui reste disponible est celle produite par les services statistiques de l’Anem”, estime le think tank. L’avantage de cette statistique, explique-t-il, est qu’elle est donnée chaque mois et donc permet de capter les ajustements à court terme du marché du travail et, éventuellement, l’impact de la Covid-19 sur une partie du marché du travail en Algérie. Selon le Care, les statistiques de l’Anem, de janvier à septembre 2020, révèlent une forte baisse des offres et des demandes d’emploi, ainsi que des placements.

“Cela peut être imputé en partie à la Covid-19. En effet, le système de déclaration des offres et des demandes d’emploi existant au niveau de l’Anem exige le déplacement du concerné pour valider l’offre ou la demande qu’il a déclarée sur le portail El-Wassit”, résume le think tank.

Du fait des restrictions aux déplacements décidées par les pouvoirs publics à partir de la fin du mois de mars dernier, les offres et les demandes d’emploi potentielles des mois de mars, d’avril et de mai n’ont pu être saisies par le système statistique en cette période. “Il faut plutôt raisonner en termes de trimestre ou de semestre (second) pour capter l’effet de la Covid”, estime le Care, qui fait remarquer que la baisse des offres d’emploi a commencé bien avant la Covid-19. Elle a débuté au mois de février. La Covid-19 n’a fait qu’accentuer cette tendance. En glissement annuel et sur les neuf premiers mois de l’année 2020, le think tank relève une baisse de plus de 33% des offres et des demandes d’emplois.

Le recul des placements est estimé à 35%. L’analyse par secteur d’activité permet de montrer que le premier secteur impacté est le BTP. Après la décision d’arrêter l’activité en amont (vente et commercialisation des matériaux de construction), la part des offres d’emploi faite par ce secteur a chuté de près de 10%. D’autres statistiques produites par l’Anem sont intéressantes à analyser et révèlent certains faits qui méritent des études plus poussées. Le Care cite, entre autres, les motifs de refus avancés par les demandeurs d’emplois lorsque l’Anem arrive à leur trouver un emploi.

“Bien que le privé soit le premier pourvoyeur d’emplois et de loin — 80% des offres d’emploi en septembre 2020) —, près du quart (24%) des demandeurs refusent de travailler chez le privé”, constate le think tank. Le deuxième motif de refus avancé par les demandeurs d’emploi a trait à la question de la rémunération qu’ils estiment en deçà de leurs attentes (18%).

Par ailleurs, près d’un demandeur d’emploi sur deux ne motive pas son refus et cela pose un vrai problème pour la résolution de la question du chômage. “Plus de 70% de ceux qui refusent une offre d’emploi ont un niveau d’instruction qui ne dépasse pas le moyen”, note le Care. Ce dernier évoque une autre statistique non moins importante, produite par l’Anem et relative au nombre de “demandes non satisfaites”.

Le chiffre oscille entre 1 et 1,5 million de demandes non satisfaites. Après une baisse très prononcée au mois d’août 2019, le Care remarque que ce chiffre ne cesse d’augmenter pour frôler les 2 millions en septembre 2020. Le think tank estime que le chômage devrait se situer, pour la fin de l’année 2020, entre 15,2% et 15,3% au minimum.

Meziane Rabhi