Privatisation des banques : Simple effet d’annonce ou réelle volonté de réforme ?

Nadjia Bouaricha, El Watan, 11 janvier 2021

Le système bancaire algérien est victime de son archaïsme et de sa subordination au pouvoir politique qui, au fil des décennies, en a fait un simple guichet sans réelle influence sur la relance de la machine économique. Aujourd’hui, alors que l’argent vient à manquer dans les caisses, le gouvernement remet sur le tapis la question de la privatisation des banques pour se «débarrasser» du boulet financier que sont devenus ces établissements maintenus sous perfusion par le Trésor public.

Il y a quelques années déjà, en 1997 puis en 2004, et sur injonction du Fonds monétaire international, l’Etat avait lancé le débat sur la privatisation de trois banques publiques : le CPA, la BNA et la BDL. A l’époque, le Trésor public disposait d’une bonne assise financière, la grâce des ventes des hydrocarbures faisait gonfler la manne des réserves de change, ce qui offrait à cette idée de privatisation des banques un attrait sûr pour les investisseurs. Aujourd’hui, le gouvernement fait face à un double déficit budgétaire et la manne financière s’amenuise au fil des mois à l’heure où les recettes des hydrocarbures ont nettement baissé. Le système bancaire algérien a été le reflet de choix économiques et le qualifier aujourd’hui de «point noir» revient à critiquer la gestion des affaires publiques depuis des décennies.

Ce que ce système bancaire est devenu est la résultante logique de sa transformation par les pouvoirs publics en caisses de distribution de la rente. Les scandales financiers qui noircissent les chroniques judiciaires ont mis au jour ce rôle de guichet au service de la clientèle du pouvoir en place. Des révélations de chiffres astronomiques sur des montants de crédits accordés à cette même clientèle, sans qu’aucune garantie de remboursement ne soit promise, a fini par donner le coup de grâce à ce secteur bancaire qui n’a eu pour seul secours que le Trésor public.

Aujourd’hui, les déficits budgétaires et de la balance des paiements font que ce Trésor ne peut plus supporter le poids des créances irrécouvrables des banques. Leur privatisation devient ainsi le salut proposé par le gouvernement, mais à quel prix ? En 2004, quand s’est posée l’idée de privatisation des trois entités financières sus-citées, des questionnements avait été posés sur qui supporterait les créances de ces banques avant leur privatisation. Un investisseur n’endosserait certainement pas le passif trop lourd et non performant de ces établissements financiers.

A l’époque, la situation financière du pays était plus confortable, et certains proposaient une restructuration des banques avant l’ouverture de leur capital. Il était hors de question que le Trésor endosse ces créances bancaires, et des programmes de modernisation des banques avaient été lancés pour, dit-on, transformer les établissements financiers en moyen de financement du développement économique.

Que nenni ! La restructuration n’a pas donné ses fruits et le projet de privatisation a été remis dans les tiroirs et les banques ont continué à jouer au guichet dédié à financer les projets de la clientèle du pouvoir à défaut de financer l’économie réelle. Aujourd’hui, la question de la privatisation est de nouveau posée mais la situation financière est beaucoup plus délicate et fragile. Est-ce encore une fois un effet d’annonce, ou y a-t-il une réelle volonté d’ouvrir le capital des banques ? Avec quelles garanties et comment cette opération se déroulera-t-elle ?

Autant de questions qui trouveront des réponses dans le futur probablement proche, mais la situation est telle que le recul de l’Etat de la gestion des banques doit s’accompagner de préalables à même de garantir une vie économique saine et débarrassée des vieilles méthodes de brigandage.