Youcef Yousfi lors du procès en appel des concessions automobiles : «Le rapport de l’expertise est orienté et renferme des erreurs grossières»

Nabila Amir, El Watan, 11 janvier 2021

Le procès en appel des affaires du montage automobile et de financement occulte de la campagne électorale de la présidentielle d’avril 2019 s’est poursuivi, hier, au niveau de la première chambre pénale près la cour d’Alger.

Les auditions en ce deuxième jour ont concerné l’ancien Premier ministre, Abdelmalek Sellal, les ex-ministres de l’Industrie Youcef Yousfi et Mahdjoub Bedda ainsi que l’ancienne wali et ministre du Tourisme Nouria Yamina Zerhouni.

Appelé le premier à la barre, Abdelmalek Sellal dit avoir répondu la veille à toutes les questions, en niant toutes les charges qui lui sont reprochées dans cette affaire, notamment l’«octroi d’indus privilèges», «abus de fonction», «conflits d’intérêts» et «blanchiment d’argent». Interrogé sur les biens immobiliers qu’il a acquis, Sellal affirme avoir acquis ces biens lui appartenant avec ses propres fonds.

Il a nié en bloc avoir plusieurs appartements et encore moins plusieurs comptes. «Je persiste et signe, j’avais un appartement à Constantine que j’ai vendu il y a 25 ans et vous avez une copie de l’acte de vente. J’ai un seul logement et rien d’autre, ni en Algérie ni dans aucun autre pays et j’ai un seul compte», insiste Sellal avant de remercier la juge qui appelle ensuite Youcef Yousfi.

L’ancien ministre de l’Industrie était content qu’une deuxième chance lui ait été offerte pour défendre son cas et surtout «corriger certaines données». Yousfi ne prétend pas, dit-il, connaître mieux que les experts, mais il estime que les rapports établis par ces derniers, dans son affaire, sont «faux». Il a remis en cause justement le rapport de l’expertise qui, selon lui, est orienté.

«L’expertise est orienté et contient des erreurs grossières. Il y a de faux rapports liés à l’expertise Il y a eu d’énormes erreurs, notamment en ce qui concerne les décisions techniques et aussi pour les estimations des droits de douanes, ainsi que pour plusieurs autres points», affirme Yousfi.

Etant le principal impliqué dans le dossier des unités de montage de véhicules, en mettant en cause les privilèges préférentiels et les avantages accordés aux PDG des usines automobiles, Hier Yousfi a nié ces faits et a tenté d’expliquer la différence existant entre le verbe «délivrer» et «octroyer» ou «attribuer» des avantages.

«Une décision technique est délivrée. Elle n’est pas octroyée ou attribuée. Lorsque j’accorde quelque chose, y a-t-il un avantage ?» s’est-il interrogé avant de préciser que les décisions d’avis technique sont étudiées et contrôlées dans le fond et la forme par la commission technique.

«En tant que ministre, je signe uniquement ces décisions. Je n’ai pas à vérifier le contenu des dossiers, ce n’est pas mon rôle, mais cela relève des prérogatives de la commission», se défend Yousfi. Selon lui, les décisions d’avis technique n’est pas quelque chose de virtuel et il ne peut aucunement signer une décision qui ne passe pas par ladite commission. «Impossible !» martèle-t-il.

Une décision contre un chèque de 39 milliards

«Il y a une liste d’équipements qui entre dans le cadre de l’activité, donc il n’y a aucun avantage qui est donné et le dédouanement n’est pas un avantage, cela fait partie de l’activité», dit-il.

La juge revient à la charge en lui demandant à plusieurs reprises comment pouvait-il en tant que ministre signer des décisions d’avis technique sans avoir eu à étudier les dossiers des concernés. Yousfi explique, encore une fois, qu’il est ministre et non un fonctionnaire et de par son portefeuille, il avait des priorités et des urgences à gérer. «En tant que ministre d’abord, je n’ai pas le temps, ensuite ce n’est pas de mon ressort.

Il y a 72 sociétés qui activent dans le montage et la production, donc chaque année je signe des centaines de décisions qui sont étudiées par ce comité. On ne m’a jamais demandé de revoir un dossier. Si le dossier n’est pas conforme, elle le refuse ou l’ajourne. On ne me demande pas mon avis.» La juge lui demande s’il faisait confiance à cette commission.

Il répond oui, d’autant qu’elle est composée d’experts, de juristes et de cadres compétents. «Au ministère, il y a des structures et chacun a un rôle. Je ne peux pas tout faire, j’ai d’autres dossiers plus importants», explique-t-il.

Concernant les commissions de recours, Yousfi dit ignorer leur existence. La juge l’interroge sur le sens de la lettre adressée à Ouyahia en 2017 relative aux 40 opérateurs et aussi sur son rejet du choix des 5+5 autorisés à investir dans la filière du montage automobile.

Yousfi a soutenu qu’en arrivant au ministère de l’Industrie, il voulait mettre de l’ordre dans un environnement caractérisé par une déliquescence. «Ma priorité ce n’était pas l’industrie automobile, dont le dossier était dans un état lamentable, mais plutôt El Hajdar et tant d’autres. Toutefois en me penchant sur ce dossier de l’automobile, j’ai demandé à refaire le cahier des charges qui ne renferme aucune irrégularité. Mon but était la diversification de l’économie et avoir quelque chose de solide que l’on peut exporter et non du bricolage.

On ne créée pas une industrie du jour au lendemain», affirme-t-il. Yousfi nie avoir accordé des avantages à Mazouz ni à aucun autre opérateur. La juge l’interroge sur le chèque de 39 milliards de dinars qu’Ahmed Mazouz a déloqué le 20 février 2019 au profit de la campagne électorale pour la présidentielle et le lendemain il reçoit une décision d’avis technique.

Etonné, Yousfi réplique : «Je n’ai jamais rencontré ce monsieur et je n’ai jamais entendu parler de cette question. Il a peut-être répondu à un avis d’appel d’offres. Je précise et j’insiste, je n’ai reçu aucun opérateur et d’ailleurs j’ai interrompu les va-et-vient dans le ministère. Rebrab, je l’ai rencontré pour la première fois à la prison d’El Harrach.»