Ces révélations qui renseignent sur l’ampleur de la corruption

Procès d’anciens responsables et hommes d’affaires

Abdelghani Aichoun, El Watan, 11 janvier 2021

La dernière révélation en date faite par l’ancien Premier ministre et chef de cabinet à la présidence de la République, Ahmed Ouyahia, relative aux «lingots d’or» offerts par des émirs du Golfe à des responsables de l’Etat, dont lui-même, qu’il a «revendus», d’après ses dires, au marché noir, a choqué plus d’un.

Les procès qui se déroulent depuis l’année passée, impliquant d’anciens hauts responsables de l’Etat ainsi que des hommes d’affaires, ne cessent de surprendre les Algériens sur l’ampleur de la corruption, de la mauvaise gestion et de la dilapidation des deniers publics, qui ont prévalu dans le pays des années durant.

La dernière révélation en date faite par l’ancien Premier ministre et chef de cabinet à la présidence de la République, Ahmed Ouyahia, relative aux «lingots d’or» offerts par des émirs du Golfe à des responsables de l’Etat, dont lui-même, qu’il a «revendus», d’après ses dires, au marché noir, a choqué plus d’un.

Comment un ou des commis de l’Etat, de ce rang, peuvent-ils accepter des «cadeaux» d’une telle valeur (il s’agirait d’une soixantaine de lingots d’or d’une valeur de 350 millions de dinars) et qui, plus grave encore, les cèdent au marché noir, sans être inquiétés par les services de sécurité ou qui que ce soit d’autre ? Bien évidemment, l’aveu d’Ahmed Ouyahia vient après plusieurs autres informations, révélées à l’occasion de ces procès, et qui renvoient à ces mêmes pratiques de certains responsables du pays durant les deux dernières décennies.

Les affaires relatives au «montage automobile», au financement de la campagne électorale du 5e mandat, celle de l’ancien patron de la police Abdelghani Hamel, de l’ancien wali d’Alger Abdelkader Zoukh, ou l’affaire dite «Mme Maya», pour ne citer que celles-là, ont montré comment de gros «avantages» ont été accordés à une poignée de «copains» et d’«alliés», que ce soit des crédits bancaires astronomiques, des assiettes de terrain, des logements, sociaux qui plus est dans certains cas, ou des marchés «exclusifs», souvent en contradiction avec les lois et règlements en vigueur.
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Comment rétablir la confiance ?

Une telle gabegie a non seulement nui aux finances publiques, mais aussi à l’image et à la crédibilité du pays. Les Algériens auraient-ils pu avoir connaissance de toute cette corruption s’ils n’étaient pas sortis dans la rue, par centaines de milliers ou de millions, à travers le territoire national, un certain 22 février 2019 ?

Peu évident. Si le hirak a bien provoqué une chose, au-delà de l’empêchement du 5e mandat de Abdelaziz Bouteflika, d’ailleurs cité maintes fois par des accusés de ces procès comme étant l’ordonnateur, c’est bien de mettre la lumière sur la corruption et la dilapidation des deniers publics, qui régnaient au sommet de l’Etat.

La situation s’est tellement détériorée qu’il est difficile aujourd’hui, au vu de toutes ces révélations, de rétablir la confiance entre gouvernants et gouvernés.

Au-delà de la nécessité de lancer des enquêtes sur chaque information révélée (celle faite par Ouyahia concernant la réception de lingots d’or de la part des Emiratis par des responsables algériens mérite approfondissement), le pouvoir en place actuellement aura fort à faire pour convaincre les Algériens que ces comportements sont à bannir dans l’«Algérie nouvelle», comme il le promet à chaque fois.

Une «mission» extrêmement compliquée, d’autant plus que presque chaque nouveau procès est accompagné de révélations ou informations qui montrent toutes l’étendue de la déliquescence de l’Etat.