Les tribulations judiciaires des “hirakistes”

Ils sont des dizaines à être condamnés et d’autres à attendre leur procès

Liberté, 6 janvier 2021

Presque cent citoyens croupissent dans des centres pénitentiaires, en mandat de dépôt ou lourdement condamnés pour délit d’opinion. Plus de mille sont poursuivis pour les mêmes chefs d’inculpation, mais laissés en liberté.

La présidente de la chambre correctionnelle près le tribunal de Sidi M’hamed a condamné hier cinq militants, arrêtés le 5 octobre dernier à Alger, Missaoui Houria, Laïb Nassima, Khelaïfia Fadia, Allane Djamel et Damou Zaïd, à payer une amende de 50 000 DA chacun.

Elle a prononcé la relaxe contre les 18 autres coinculpés dans le même dossier. Le représentant du ministère public avait requis, lors du procès le 22 décembre dernier, contre les prévenus, accusés d’“attroupement non armé sur la voie publique” et de “violation d’une réglementation légalement prise par les autorités administratives”, soit interdiction des regroupements dans le cadre des mesures de lutte contre l’épidémie de coronavirus, six mois de privation de liberté et une amende de 50 000 DA. Il utilisera, sans aucun doute, son droit à faire appel.

Après avoir été “brutalement” interpellés par la police, selon leurs propres témoignages, placés en garde-à-vue pendant 48 heures, puis présentés devant le procureur de la République qui leur a remis directement des citations à comparaître devant le tribunal le 10 novembre et enduré deux reports du procès, ils n’auront pas le temps de se réjouir d’avoir été blanchis pour les uns et de s’en être sortis avec une amende pour les autres, puisque dans quelques semaines, ils devront prendre le chemin de la cour d’Alger pour un procès en appel.

Le jugement rendu en première instance sera probablement confirmé. Ils auront, néanmoins, expérimenté les tribulations des procédures judiciaires, souvent contraignantes. “Ma balade au tribunal, chaque lundi depuis six mois, monter les six étages pour y apposer ma signature n’est plus d’actualité”, avait pris à témoin l’opinion publique, Mohamed Hakim Addad, membre fondateur du RAJ (Rassemblement Actions Jeunesse) après la levée de son contrôle judiciaire conséquemment à la transmission, le 24 décembre 2020, de son dossier au parquet pour programmation d’un procès.

Il a été relaxé dans une première affaire, qui lui a valu trois mois de détention préventive à la prison d’El-Harrach. Des centaines de militants dans le mouvement citoyen, connus ou pas — 94 citoyens croupissent en prison en mandat de dépôt ou lourdement condamnés et plus de mille sont en liberté provisoire dans l’attente de leur procès, d’après le collectif de défense — sont poursuivis en justice pour délit d’opinion, sous le couvert de chefs d’inculpation devenus standards : “atteinte à l’unité nationale”, “incitation à attroupement non armé”, “publications de nature à porter atteinte à l’intégrité du territoire nationale”… Durant la journée d’hier, une dizaine de procès ont été programmés à la cour d’Alger.

Au tribunal de Chlef , Reggad Ibrahim a été condamné à 6 mois de prison avec sursis assortie d’une amende, il a quitté sa cellule carcérale dans l’après-midi. À Relizane, Ouadha Ibrahim, qui a été relaxé pour l’accusation afférente à outrage à corps constitués, mais condamné à une amende de 100 000 DA pour le deuxième chef d’inculpation, a également quitté la prison.

À Adrar, le procureur de la République a requis, hier, des peines allant de trois à quatre années de prison ferme assortie d’une amende de 200 000 DA contre cinq activistes.

Le procès de Baouab Salim, au tribunal de Tizi Ouzou, a été reporté au 26 janvier 2021. La veille, trois ans d’incarcération ont été prononcés par le tribunal de Sétif à l’encontre de Walid Kechida, fondateur de la page facebook “Hirak mémes”.

Souhila H.