La situation sanitaire a provoqué une vague de licenciements sans précédent

Crise financière et entreprises : Le climat de travail de plus en plus tendu

Asma Bersali, El Watan, 06 janvier 2021

Salaires non payés ou en retard, licenciements et non-renouvellement de contrat avec non-attribution des droits administratifs et financiers…

Ce sont les motifs de la majorité des plaintes déposées auprès des inspections du travail du pays par les travailleurs ces derniers mois. Il s’agit des conséquences de la crise sanitaire induite par la pandémie de Covid-19 dans le monde du travail en Algérie. L’impact est trop lourd. Outre les entreprises et des commerces contraints de mettre la clé sous le paillasson, les relations employeurs-employés ont viré aux conflits et sont caractérisées par une forte tension et des conflits importants durant les 10 derniers mois.

Même si les chiffres officiels ne sont toujours pas dévoilés par le département d’El Hachemi Djaâboub, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, la situation rapportée par les inspecteurs du travail serait très compliquée. «L’inspection du travail a eu à intervenir plusieurs fois au cours de cette année écoulée. Les sollicitations des employés tournaient essentiellement autour des salaires. Beaucoup d’entreprises, suite aux mesures de confinement, n’ont pas réussi à honorer leurs obligations salariales.

Les problématiques de salaires non versés ou en retard sont une urgence. Les inspecteurs interviennent sans passer par le conseil de médiation», indique une source proche de l’inspection du travail qui souligne que les questions liées aux salaires seraient les plus courantes durant cette année Covid-19. Les affaires de non-octroi des droits administratifs, à savoir les fiches de paie et les attestations de travail viennent en 2e position des plaintes. La non-régularisation de la situation financière des employés, telles que l’attribution des STC (Solde de tout compte), partage cette même position. La nouveauté, cette année, selon notre source, est le licenciement des cadres dirigeants des entreprises.

Les cadres dirigeants de plus en plus touchés par les licenciements

«Suite à la crise financière et sanitaire, les inspecteurs du travail ont assisté à une large interruption de contrats des travailleurs. Alors que les années passées cela concernait de simples agents d’exécution, la nouvelle tendance cette année est celle de la résiliation de contrat des cadres et des dirigeants d’entreprises. Cela pourrait être dû à leurs salaires élevés qui représentent un fardeau financier pour les entreprises en déficit», estime notre source qui souligne que beaucoup d’autres défaillances ont été découvertes cette année, notamment le recrutement de ces cadres en contrat à durée déterminée (CDD).

Ce qui serait contraire à la loi qui ne permet les CDD que pour les emplois temporaires. En plus de ces conflits spécifiques à cette période de crise sanitaire, les harcèlements en tous genres n’ont pas manqué en cette année. Même si les harcèlements sexuels n’ont pas été réellement d’actualité, ceux à caractère moral ont été bien présents.

Selon notre source, ce type d’agression morale des travailleurs est une manie qu’utilisent les employeurs pour conduire l’employé à l’abandon de poste ou à la démission. Si la situation en entreprise est plus ou moins réglementée, ce n’est pas le cas au niveau des petits commerces qui, suite aux mesures de confinement, ont baissé rideau. Leurs travailleurs appartiennent à la couche pauvre de la société.

Sans emploi ni sécurité sociale, puisqu’ils sont souvent recrutés au noir, leur train de vie est juste infernal.

La situation est encore plus critique dans les bourgades déshéritées et les régions de l’intérieur du pays. Le gouvernement est appelé à s’atteler sur la situation de ces cas. Une assistance et un contrôle des entreprises ne seraient pas de refus.