Tebboune juge mitigée l’action du gouvernement

Il a ouvertement exprimé son mécontentement

Liberté, 5 janvier 2021

Le président de la République a pointé du doigt les aspects négatifs enregistrés dans certains secteurs d’activité, soulignant que le bilan des performances ministérielles pour 2020 est plutôt “mitigé” avec du “positif et du négatif”.

Lors de la dernière réunion du Conseil des ministres consacrée à l’évaluation du bilan annuel de 2020, le président de la République Abdelmadjid Tebboune n’a pas manqué de relever des “ratages” dans la gestion de certains dossiers relatifs au développement dans les zones d’ombre et la gestion du secteur bancaire, tout en se félicitant des progrès enregistrés dans des secteurs vitaux, tels que l’industrie pharmaceutique et les start-up.

Le président de la République a également pointé du doigt les aspects négatifs enregistrés dans certains secteurs d’activité, soulignant que le bilan des performances ministérielles pour 2020 est plutôt “mitigé” avec du “positif et du négatif”.

Il s’agit notamment du secteur des finances, pour lequel le président de la République a relevé un “point noir” qui entache ce secteur qu’est le système bancaire, qu’il convient de revoir, a-t-il instruit, par un travail d’inspection au niveau de toutes les banques, notamment en consacrant la transparence dans l’octroi de crédits. Il a, en outre, ordonné l’accélération de la numérisation du secteur des douanes, afin de lutter contre la surfacturation et d’absorber les fonds circulant dans le marché parallèle.

À ce propos, le président de la République a plaidé pour l’accélération du processus de numérisation des différents secteurs sensibles d’importance économique, notamment les impôts, les douanes et les domaines, et ce, dans le souci de permettre aux autorités publiques de disposer d’outils nécessaires à la mise en place de leurs politiques, à leur mise en œuvre et à leur évaluation.

Le chef de l’État a directement pointé du doigt la gestion de certains walis, notamment pour ce qui concerne le traitement réservé aux zones d’ombre. Il a ainsi accusé les walis de n’avoir pas su “faire la distinction entre les différents programmes de développement local”. Dans ses griefs contre la gestion des walis, le président Tebboune a estimé que même si “des initiatives positives” ont été prises, il n’en demeure pas moins qu’il a mis en garde, par exemple, contre “l’approvisionnement de certaines régions en eau par les méthodes rudimentaires”, considérant que cette “tragédie” a fait des victimes, notamment des enfants.

L’insistance du chef de l’État auprès des walis de la République, pour mieux les insérer dans la dynamique qu’il veut imprimer à son action, vise principalement à rapprocher les institutions de l’État du citoyen. Lui qui a construit son action sur l’apport des collectivités locales au succès de l’opération de prise en charge, notamment des zones d’ombre, qui a été déclinée lors de la rencontre entre le gouvernement et les walis, tenue en août dernier.

Dans sa prise de parole, le président Tebboune avait instruit les responsables locaux “de se rapprocher des citoyens” et de “briser le cloisonnement créé par le passé entre les citoyens et l’État”. Il avait enjoint aux walis et aux responsables locaux de “s’abstenir de faire de fausses promesses” et “de ne promettre que ce qu’ils sont réellement en mesure d’offrir aux citoyens, dont il ne faut plus négliger et dédaigner les préoccupations”.

Si le Président revient encore une fois à la charge en réitérant ses attentes des responsables locaux, c’est que “ses directives” n’ont pas été suivies à la lettre. Ce qui pourrait être un obstacle pour la concrétisation de ses projets. Son insistance n’est tout de même pas fortuite lorsque l’on sait qu’il s’était déjà plaint “des blocages” auxquels fait face l’action du gouvernement. Le chef de l’État ne s’était pas contenté de “critiquer” uniquement la gestion des walis, mais l’accusation de blocage qu’il avait portée contre certains responsables locaux appelle, selon toute vraisemblance, une réaction de sa part.

Doit-on s’attendre à un mouvement dans le corps des walis incessamment ? Tout porte à croire que les critiques itératives contre ces responsables n’est qu’une ultime étape avant de procéder à un lifting, surtout que dans les propos tenus lors du dernier Conseil des ministres, le chef de l’État a pris le soin de relever “les initiatives positives” qu’auraient prises certains walis.

L’on s’attend, désormais, à des changements autrement plus significatifs au sein des appareils de l’État. Des changements qui vont probablement toucher jusqu’à l’Exécutif.  

M. Mouloudj