Dinar, croissance, réserves de change : ce qui nous attend en 2021

Hassan Haddouche, TSA, 04 Janvier 2021

Après une année 2020 particulièrement difficile au plan économique, l’Algérie devrait renouer avec la croissance en 2021, mais la reprise sera limitée et surtout conditionnée par l’amélioration de la situation liée au Covid-19.

Si on en croit les engagements du gouvernement, l’exercice 2021 s’annonce comme une grande année de réformes économiques au cours de laquelle on va commencer non seulement à réaliser l’ajustement économique et l’élimination des énormes déficits internes et externes apparus depuis 2014 mais également entamer les grandes « réformes de structure » de l’économie algérienne attendues depuis plusieurs décennies.

Ces annonces, qui se sont multipliées à l’approche de la fin de l’année 2020, ont de quoi susciter un certain scepticisme. Non seulement parce qu’elles ont déjà été formulées à de nombreuses reprises au cours des dernières années mais également parce qu’elles sont contredites par les premiers jalons tout à fait officiels qui vont baliser l’action de l’Exécutif au cours de l’année à venir.

Vers une reprise limitée de l’activité économique

Après une année 2020 proprement catastrophique et qui devrait enregistrer clairement les pires performances économiques depuis l’indépendance du pays avec une réduction du PIB comprise entre 5 et 8 % suivant les sources, l’exercice 2021 devrait être marqué par un retour à la croissance économique.

La reprise de l’activité restera cependant limitée au cours de l’année qui vient de commencer. Suivant les dernières estimations de la Banque mondiale, livrées en octobre dernier, le PIB de l’Algérie devrait connaître un rebond de 3,8 % en 2021.

Ces estimations optimistes sont déjà contredites par différentes sources qui évoquent une reprise plus molle située entre 2 et 3 % du PIB en raison de la persistance des incertitudes à propos de la prolongation de la crise sanitaire liée au Covid-19.

Elle restera encore largement insuffisante pour regagner le terrain perdu en 2020 et surtout empêcher la progression du chômage que le FMI et la plupart des sources indépendantes voient progresser pour atteindre plus de 15 % en 2021.

Des secteurs fortement pourvoyeurs d’emplois comme le BTP ou le commerce et les transports devraient continuer à être pénalisés à la fois par la réduction des dépenses publiques d’équipement et par les restrictions associées à la lutte contre la pandémie de coronavirus.

Aucune réduction des déficits en vue

Sur le plan financier, si on en juge par la quasi totalité des analyses disponibles, les déficits d’un niveau considérable de nos finances publiques mais aussi de notre balance des paiements internationaux risquent de se maintenir, voire même de s’aggraver en 2021.

En ce qui concerne les finances publiques, c’est le gouvernement lui-même qui le prévoit. La loi de finances 2021, qui est entrée en vigueur vendredi 1er janvier, affiche des déficits des comptes publics d’un niveau sans précédent dans l’histoire de l’Algérie.

Le premier concerne le déficit budgétaire au sens strict, qui est estimé à près de 2 780 milliards de dinars soit un peu moins de 14 % du PIB, contre 2 380 milliards de dinars prévus pour la clôture de l’exercice 2020.

À l’origine de ce déficit record, on trouve surtout l’augmentation sensible des dépenses de fonctionnement de l’État. Contrairement aux engagements et aux recommandations du chef de l’État, les dépenses de fonctionnement devraient augmenter de près de 12 % en 2021 suivant les prévisions officielles de la loi de finances.

De quoi assurer le paiement des salaires des fonctionnaires en poste, recruter près de 92 000 nouveaux agents de l’État et financer la promesse de titulariser plusieurs centaines de milliers de vacataires et assimilés.

A contrario, le gonflement du déficit sera limité par la réduction prévue des dépenses d’équipement qui risque de réduire fortement les nouveaux programmes de réalisation d’équipements et d’entretien des infrastructures économiques et sociales du pays et beaucoup des programmes spéciaux engagés au cours des dernières années.

L’État encore au secours du système des retraites

Le déficit mesuré par le « solde global du Trésor » qui tient compte de l’ensemble des interventions financières de l’État sera encore plus considérable. En 2021, il sera négatif à hauteur de près de 3 614 milliards de dinars (l’équivalent de près de 29 milliards de dollars) soit 17,6 % du PIB national.

Il enregistre principalement la contribution du budget de l’État au financement de la Caisse nationale des retraites (CNR) en plus des dépenses de fonctionnement déjà énumérées.

Cette contribution devrait s’élever en 2021 à près de 700 milliards de dinars soit largement plus que l’équivalent de 5 milliards de dollars et environ 3 % du PIB national. Comme au cours des dernières années, cette contribution réputée exceptionnelle devrait transiter par le Fonds National d’investissement (FNI) et un appel non assumé par le gouvernement à la planche à billets.

Ces déficits d’un montant considérable avaient été anticipés par les institutions financières internationales en octobre dernier. Le FMI les considère comme « les plus élevés de la région Mena ».

Les prévisions officielles de la loi de finances 2021 semblent ainsi conforter le constat alarmant d’un profond déséquilibre, voire de ce qui s’apparente à une véritable dérive des finances publiques nationales.

Un économiste aussi peu suspect d’hostilité à l’égard du gouvernement que Mustapha Mékidèche relevait voici quelques jours dans une interview à nos collègues d’El Watan que « c’est la pérennité des finances publiques qui est en jeu, sachant que les déficits récurrents du budget de l’État risquent à moyen terme de perturber ses missions régaliennes et de porter atteinte à la continuité des services publics ».

Poursuite de la fonte des réserves de change en 2021

Interrogé voici quelques jours par les membres du Conseil de la Nation (Sénat), le ministre des Finances refusait de livrer des informations sur le montant exact de nos réserves de change à fin 2020.

Aymen Abderrahmane s’est montré de nouveau évasif en évoquant un niveau « appréciable » sans aucune précision supplémentaire.

Il faut dire que, de mémoire d’économiste, en matière de déficit externe et de réserves de change, on n’a jamais observé un tel écart entre les projections des autorités algériennes et celles des observateurs nationaux et étrangers.

Dans le projet de loi de finances pour 2021, le gouvernement anticipe un redressement spectaculaire de la balance des paiements dès cette année à venir et une stabilisation de nos réserves financières internationales au cours des prochaines années.

Le projet de loi de finances pour 2021 prévoit un retournement complet de la situation financière de notre pays avec un déficit extérieur réduit à 3,6 milliards de dollars.

Pour les deux années suivantes, le gouvernement algérien est encore plus optimiste. Le déficit devrait céder la place à un léger excédent ouvrant la voie à une consolidation et même une augmentation de nos réserves internationales qui se maintiendraient à un niveau proche de 50 milliards de dollars et éloignerait donc durablement le spectre d’une cessation de paiement.

Malheureusement, selon les institutions financières internationales et la plupart des experts indépendants, ces objectifs très ambitieux seront impossibles à atteindre et on devrait au contraire assister en 2021 à un nouveau gonflement du déficit externe et une accélération de la fonte des réserves de change.

Ainsi, l’expert algérien Abderrahmi Bessaha s’attend « sur la base de données préliminaires à des réserves internationales de change de 42,8 milliards de dollars à fin 2020 ».

Dans une contribution récente, l’expert algérien estime qu’« en 2021, le solde global de la balance des paiements fera apparaître un déficit d’environ 21 milliards de dollars. La couverture de ce dernier va diminuer nos réserves de change qui passeront ainsi fin 2021, soit un niveau inadéquat pour couvrir les besoins du pays en 2022 ».

Des prévisions assez proches de celles formulées récemment par le Fonds monétaire international qui évoquait en octobre dernier un déficit probable de la balance des paiements de l’ordre de 16 % du PIB (soit plus de 23 milliards de dollars) pour l’année 2021.

Marché officiel et marché parallèle : retour du grand écart

Très chahuté sur le marché officiel en 2020, le dinar algérien a perdu exactement 9, 94 % de sa valeur par rapport au dollar américain et un peu plus de 20 % par rapport à l’euro au cours de l’année qui vient de s’achever.

Cette dépréciation par rapport au dollar n’est pas du tout une surprise. Il s’agit en réalité, selon les sources de TSA, d’une décision de politique économique qui a été discutée dès les premiers mois de l’année 2020 entre les autorités monétaires et le gouvernement.

Notre site a fait état à plusieurs reprises au cours des derniers mois d’un objectif annuel de dépréciation du dinar de 10 % par rapport au dollar arrêté par les autorités algériennes au titre de l’année 2020.

En revanche, nos sources précisent que « la dépréciation de plus de 20 % enregistrée par rapport à l’euro n’est pas seulement le résultat d’une décision de politique économique nationale mais l’addition de l’objectif de dévaluation du dinar par rapport au dollar et d’une forte appréciation de l’euro par rapport au dollar sur les marchés de change internationaux qui ne relève évidemment pas d’une décision des autorités algériennes ».

Si on ajoute que sur le marché parallèle, la valeur du dinar a été globalement stable en dépit d’un léger accès de fièvre en fin d’année, le différentiel entre les deux marchés s’est sensiblement rétréci au cours de l’année écoulée. En fin d’année, il est environ de 30 % alors qu’il avait atteint près de 50 % au cours des dernières années.

En 2021, la valeur de la monnaie nationale devrait cependant évoluer d’une façon sensiblement différente. Le taux de change officiel du dinar par rapport au dollar a déjà été fixé par la loi de finances. Il enregistrera au cours de l’année à venir une dépréciation limitée à 5 %.

En revanche, la valeur des devises étrangères risque fort de rattraper en 2021 le terrain perdu l’année dernière sur le marché parallèle. La plupart des analystes s’attendent logiquement à une forte dépréciation du dinar dès que les frontières seront de nouveau ouvertes.

Un retour à la normale qui devrait intervenir d’ici l’été prochain. À cette échéance, les deux valeurs du dinar devraient donc de nouveau faire le grand écart et le différentiel retrouver très probablement un niveau proche de 50 %.

Le FMI en ligne de mire ?

Les conséquences de ces différentes évolutions pourraient être importantes pour l’avenir économique de notre pays. Elles ont déjà fait réagir beaucoup d’experts algériens et rebondir le débat sur le recours au FMI.

Voici quelques semaines, l’économiste Smail Lalmas exprimait un point de vue très tranché : « Le président Tebboune a signifié clairement que l’Algérie n’ira pas contracter de prêts auprès du FMI et des organismes financiers internationaux (…) mais honnêtement, vu l’évolution les choses, je pense qu’on ira forcément taper aux portes du FMI en 2021 ».

« D’aucuns disent que nous avons encore les réserves donc un peu plus de temps, oubliant qu’il est préférable d’aller négocier les prêts avec les poches à moitié pleines, nous donnant ainsi un semblant de confort dans les négociations, que d’aller avec les poches vides, en position de faiblesse », estimait Smaïl Lalmas.

Un peu plus optimiste mais dans la même veine, Abderrahmi Bessaha n’hésite pas à pronostiquer depuis plusieurs mois un probable recours au FMI dans les premiers mois de 2022.

Ce scénario considéré généralement comme « catastrophique » par les décideurs nationaux a été écarté à plusieurs reprises dans les interventions publiques du président de la République.

Ce n’est donc pas du tout celui qui est retenu officiellement par les membres du gouvernement Djerad, qui ont multiplié au cours des dernières semaines les annonces sur la mise en route de réformes ambitieuses au cours de l’année à venir.

Le débat ne fait que commencer et il devrait rester au cœur de notre actualité économique au cours des mois à venir.


Investissement, importation et exportation : ce qui change en 2021

Riyad Hamadi, TSA, 03 Janvier 2021

L’Algérie modifie sa réglementation pour attirer les investisseurs et accentuer le contrôle sur le commerce extérieur dans un contexte économique marqué par la forte baisse des revenus pétroliers et la dépréciation du dinar.

Ces mesures sont contenues dans la Loi de finances 2021 qui est entrée en vigueur le 1er janvier, après sa publication au Journal officiel. Cette loi, sans être révolutionnaire, apporte néanmoins des changements et des réajustements concernant les investissements, les importations et les exportations.

Une cinquantaine de nouvelles dispositions concernent ces trois segments, entre exonérations, obligations et réaménagement ou reformulation de dispositions existantes.
Des mesures incitatives pour les start-ups

Parmi les suppressions d’impositions instituées par la LF-2021, les opérations d’exportation de biens et services réalisées par les personnes physiques sont désormais exonérées de l’IRG, et la taxe de souscription du contrat d’assurance supprimée.

Dans le cadre de la politique du gouvernement algérien portée sur l’encouragement des start-ups, celles-ci ainsi que les incubateurs sont exonérés de la TAP, de l’IBS et de la TVA. On note aussi la reconduction de la réduction d’impôt pour les sociétés cotées en bourse.

Le texte introduit aussi la possibilité de remboursement de l’excédent de l’IRG et du trop versé de l’IBS. Certaines dispositions fiscales y sont en outre clarifiées.

C’est le cas notamment de l’article 104 relatif au calcul de l’IRG, désormais restructuré, des plus-values de cession d’actions des personnes physiques, intégrées dans le Revenu global, des modalités de déclaration des transferts de fonds qui ont été modifiées, du fait générateur de la TAP, aligné avec celui de la TVA, de la télédéclaration de l’état récapitulatif annuel, rendu obligatoire.

Très peu d’augmentation de taxes

La LF 2021 ne contient pas beaucoup d’augmentation de taxes, mais on note le relèvement des tarifs de la taxe intérieure de consommation (TIC) pour certains produits, comme les bières (entre 4368 et 5560 Da par hectolitre) et les produits tabagiques (15 %). De nombreux réajustements ont été par ailleurs apportés aux procédures de contrôle fiscal.

On notera la modification des modalités de réclamation des contribuables devant le tribunal administratif, l’augmentation du seuil à partir duquel la DGE (Direction des grandes entreprises) doit statuer (les droits et pénalités excédant 400 millions de dinars).

Toujours concernant la fiscalité, la LF 2021 introduit la possibilité du recours à la vente de gré à gré en cas d’adjudications infructueuses, élargit la période d’échéances de paiement de la dette fiscale jusqu’à 60 mois, avec versement minimum de 10 % du montant de la dette.

En matière d’investissement, la LF soumet toute cession d’actions d’une société activant dans les secteurs stratégiques à une personne de droit étranger à l’obligation d’autorisation préalable des services habilités, maintien de la règle 49-51 % et le délai de mise en conformité pour les activités revêtant un caractère stratégique et exclut les sablières et carrières des secteurs considérés comme stratégiques.

Tour de vis sur les importations et la surfacturation

Du nouveau aussi pour les activités d’importation et d’exportation, sur lesquelles le gouvernement cherche à accentuer le contrôle, afin de réduire les transferts de devises, dans un contexte économique difficile pour l’Algérie qui voit ses réserves de change fondre comme neige au soleil, en raison de la chute des prix du pétrole.

Parmi les dispositions douanières nouvelles introduites par la LF 2021 concernant les importations, l’institution d’une nouvelle taxe sur l’immobilisation des conteneurs, l’autorisation d’importation d’équipements de moins de 3 ans et le paiement à terme des importations, une mesure destinée à lutter contre le phénomène de la surfacturation.

Les composants ou matières premières importés ou acquis localement par les producteurs sont en outre exemptés de droits de douanes et TVA.

L’article 83 définit les modalités d’exonération des matières destinées à la production d’huiles et de sucres et interdit l’exportation du produit final ayant bénéficié de compensation.

« Sont exonérés des droits de douane et de la taxe sur la valeur ajoutée, les opérations d’importation des graines de soja destinées à la production de l’huile raffinée ordinaire à base de soja. Les huiles alimentaires raffinées ordinaires à base de soja et de sucre blanc dont les prix ont été compensés dans le cadre du dispositif de compensation applicable ne sont pas éligibles à l’exportation », stipule l’article.

Si leur production est excédentaire, les entreprises peuvent procéder à l’exportation des huiles à base de soja et du sucre blanc, « à condition de la restitution du montant de la compensation au prorata des quantités exportées ».

Les importateurs/transformateurs de sucre roux et de l’huile brute de soja sont en outre tenus dans un délai de 18 mois « soit d’entamer le processus de production de ces matières premières, soit de les acquérir sur le marché national », au risque de perdre « le bénéfice de la compensation et des exonérations douanières, fiscales et parafiscales à l’importation ».

S’agissant de l’exportation des déchets spéciaux dangereux, elle est désormais soumise à taxe sur les autorisations, acquittée par voie de quittance auprès du receveur des impôts et dont le montant est fixé à 5.000 DA. Le produit de cette taxe est affecté au profit du budget de l’État (60 %) et du fonds national de l’environnement et du littoral (40 %).