Me Ksentini s’attend au nouveau procès de son client en janvier : «Le général Toufik en convalescence dans une clinique militaire»

Mokrane Ait Ouarabi, El Watan, 26 décembre 2020

L’avocat du général de corps d’armée à la retraite Mohamed Mediène, Me Farouk Ksentini, refuse toute lecture politique de l’acceptation par la Cour suprême du pourvoi en cassation de son client et de tous les autres accusés dans l’affaire d’«atteinte à l’autorité militaire» et «complot contre l’Etat».

Me Farouk Ksentini, avocat du général de corps d’armée à la retraite Mohamed Mediène, dit Toufik, a déclaré au journal saoudien Al Shark Al Awsat que son client est en période de convalescence dans une structure hospitalière relevant de l’armée, après avoir subi une intervention chirurgicale.

«Le général Toufik est dans une clinique militaire externe depuis trois mois, où il a été opéré, et il passe une période de convalescence», a-t-il assuré, mettant ainsi un terme aux rumeurs incessantes sur le statut de prisonnier de son client.

Le général Toufik avait fait une chute accidentelle à la prison de Blida dix jours après son incarcération, intervenue le 5 mai 2019. Cette chute lui avait causé une grave blessure au niveau de l’épaule. Il avait été opéré en urgence en prison. Mais l’intervention chirurgicale n’avait pas été un franc succès.

Sa famille avait alerté, fin juillet 2019, l’opinion publique à travers une lettre ouverte. «La chute a entraîné une fracture complexe au niveau du membre supérieur droit.

Il est à noter que cet accident est survenu chez un patient âgé de 78 ans aux antécédents dus à une maladie rhumatismale chronique ayant débuté à un jeune âge, lorsqu’il était au maquis durant la Guerre de Libération nationale», avait écrit la famille Mediène dans sa lettre, soulignant que depuis sa chute, le général Toufik, ancien chef du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) présentait «une altération sévère de son état général, une perte totale de la fonctionnalité de son bras, avec une aggravation sévère de sa maladie rhumatismale, entraînant une incapacité presque totale de mobilité».

«Depuis l’intervention chirurgicale qu’il a subie, il y a près de trois mois, il ne tient plus debout. Il est tout le temps sur une chaise roulante et ne fait plus usage de son bras droit», avait ajouté sa famille.

Ses avocats avaient par la suite pris le relais pour alerter, de leur côté à la veille de son procès qui s’est tenu le 23 septembre, sur la dégradation inquiétante de son état de santé et sur la nécessité qu’il soit transféré vers une clinique spécialisée pour bénéficier de soins adéquats.

«La blessure au niveau de l’omoplate, causée par une chute accidentelle à la prison, ne fait que s’infecter et nécessite une deuxième intervention chirurgicale qui doit être programmée en urgence. L’accusé ne peut pas se lever ni tenir sur une chaise. Il est peu probable qu’il puisse être jugé lundi», avait déclaré à l’époque l’un de ses avocats, Me Miloud Brahimi.

Me Ksentini réaffirme aujourd’hui à Al Shark Al Awsat que les deux chefs d’accusation sur la base desquels la justice a condamné son client «n’ont comme appui aucune preuve matérielle tangible et correspondant aux faits».

Plaidant l’innocence de son client, Me Ksentini espère que le nouveau procès ordonné par la Cour suprême, après avoir accepté le pourvoi en cassation le 18 novembre dernier, va permettre l’acquittement de son client. Me Ksentini s’attend à ce que ce nouveau procès soit programmé durant le mois de janvier 2021.

L’avocat refuse cependant de faire une lecture politique de la décision de la Cour suprême d’accepter le pourvoi en cassation introduit par le général Toufik mais aussi par les trois autres mis en cause dans cette affaire d’«atteinte à l’autorité militaire et complot contre l’Etat», à savoir le général à la retraite Tartag, ancien coordinateur des services de renseignement, Saïd Bouteflika, conseiller de l’ex-président Bouteflika, et Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs.

L’accusation est liée à une rencontre organisée par Saïd Bouteflika, alors conseiller spécial du président de la République en exercice, avec le général à la retraite Toufik, durant la révolte populaire de 2019, pour discuter d’une transition démocratique. Une rencontre tenue dans un édifice relevant de la présidence de la République et à laquelle a pris part Louisa Hanoune. Durant cette rencontre, Saïd Bouteflika avait évoqué la possibilité de changer le chef d’état-major de l’ANP.

Une éventualité à laquelle s’était opposé le général Toufik, invoquant le risque de déstabilisation de l’armée. Ils ont été tous les deux ainsi que Louisa Hanoune condamnés à 15 ans de prison ferme en première instance.

Quatre autres mis en cause dans cette affaire ont été condamnés par contumace. Il s’agit du général à la retraite Bachir Tartag qui, bien qu’incarcéré à Blida, avait refusé de comparaître, de l’ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar, de son fils Lotfi Nezzar, directeur d’une société informatique, et de Farid Benhamdine, président de la Société algérienne de pharmacie.

Lors du procès en appel en février 2020, Louisa Hanoune a vu sa peine réduite à 12 mois de prison, dont trois avec sursis. Elle a pu quitter la prison car elle avait déjà purgé sa peine. Mais elle a fait un pourvoi en cassation pour obtenir un acquittement. La cour d’appel a confirmé les peines des autres accusés. La Cour suprême a été saisie comme ultime recours des mis en cause. Un recours accepté en novembre dernier.

Comme l’avait déjà rapporté El Watan, le général à la retraite Nezzar est rentré en Algérie et a vidé son mandat d’arrêt international lancé contre lui le 6 août 2019, par le tribunal militaire de Blida, pour «complot» et «atteinte à l’ordre public». Khaled Nezzar avait quitté le pays pour des soins en Espagne, après avoir été entendu comme témoin dans cette affaire.

Son fils, Lotfi Nezzar, et Farid Benhamdine pourraient, eux aussi, rentrer en Algérie, sur conseils de leurs avocats qui leur ont assuré que le dossier de l’accusation «est vide».

De fins observateurs s’attendent ainsi à ce que les mis en cause dans cette affaire de «complot contre l’Etat» soient acquittés lors du nouveau procès qui sera programmé prochainement à la cour militaire de Blida.

Si les autres accusés pourraient bientôt retrouver leur liberté, ce ne serait pas le cas pour Saïd Bouteflika, qui fait l’objet de deux mandats de dépôt prononcés par le tribunal de Sidi M’hamed, dans des affaires de corruption.