Les non-dits d’un retour inattendu: Comment Nezzar est rentré au pays

Salima Tlemcani, El Watan, 24 décembre 2020

Le retour au pays, après un exil de plus de 18 mois, de l’ancien ministre de la Défense, le général-major à la retraite Khaled Nezzar, continue de susciter des interrogations. Des sources judiciaires affirment qu’il a «comparu devant le tribunal militaire de Blida, qui a statué sur l’annulation de la plainte» et devant le juge du tribunal de Sidi M’hamed, qui l’a auditionné, puis laissé en liberté en attendant la fin de l’instruction, avant de retirer le mandat d’arrêt international.

Le retour au pays de l’ancien ministre de la Défense, le général-major à la retraite Khaled Nezzar, après un exil de plus de 18 mois, ne cesse d’alimenter le débat sur la Toile. De nombreuses questions reviennent sur la procédure judiciaire qui lui a permis de rentrer chez lui, alors qu’il faisait l’objet d’une condamnation de 20 ans de réclusion criminelle et d’un mandat d’arrêt international, prononcés par le tribunal militaire de Blida, pour «complot» et «atteinte à l’ordre public», des faits liés à l’affaire du «complot contre l’autorité de l’Etat de l’armée», jugée par la même juridiction et pour laquelle les deux anciens patrons des Services de renseignement, le général-major à la retraite Bachir Tartag et le général de corps d’armée à la retraite Mohamed Mediène, ainsi que Saïd Bouteflika, frère du Président déchu, et Louisa Hanoune ont été condamnés à des peines de réclusion, avant que la Cour suprême ne casse, il y a quelques semaines, ces décisions et renvoie les parties pour un nouveau procès.

Selon des sources proches du dossier, Khaled Nezzar faisait d’abord l’objet d’une condamnation par contumace, prononcée par le tribunal militaire de Blida qui a également émis un mandat d’arrêt international.

Ce dernier n’a cependant pas été effectif. Quelques mois après, l’ancien ministre de la Défense a fait l’objet d’un autre mandat d’arrêt, lancé par le tribunal de Sidi M’hamed, près la cour d’Alger. Il a été émis, après son inculpation par le juge d’instruction dans l’affaire de son fils, Lotfi, gérant de la société SLC, dont il est président du conseil d’administration, pour des faits d’«escroquerie» et de «blanchiment d’argent».
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Lotfi (qui se trouve actuellement en Espagne) est également, faut-il le préciser, condamné par le tribunal militaire de Blida pour «complot» et «atteinte à l’ordre public», au même titre que son père et Farid Belhamdine, président de la Société algérienne de pharmacie (SAP), lui aussi absent du pays.

«Nezzar a été entendu à deux reprises par des magistrats espagnols à Madrid, sur uniquement les faits ayant suscité le mandat d’arrêt lancé par le tribunal de Sidi M’hamed et qui concernaient la gestion de la société SLC, appartenant à son fils, où il détient 30% des parts et préside son conseil d’administration. Après les deux audiences, les juges espagnols ont estimé que le dossier est purement commercial et ne peut donc être justifié, selon leur législation, l’exécution du mandat d’arrêt et donc l’extradition. Ils ont rejeté la demande de l’Algérie», expliquent nos interlocuteurs.

Abordant la question de son retour au pays, nos sources affirment que l’ancien ministre de la Défense «s’est présenté d’abord au tribunal militaire de Blida, devant lequel il a comparu.

Après des heures d’audition, Nezzar a obtenu l’annulation de la plainte ayant suscité la poursuite et la condamnation par contumace. Le lendemain, il s’est présenté au tribunal de Sidi M’hamed, puis a été déféré devant le juge d’instruction, qui l’a entendu durant trois heures sur l’affaire SLC, avant d’annuler le mandat d’arrêt et le mettre en liberté en attendant la fin de l’instruction». Pour nos interlocuteurs, Nezzar «est poursuivi pour des faits liés à la gestion de SLC par son fils Lotfi, et reste ainsi à la disposition de la justice».