Qu’est-ce qui fait courir Chakib Khelil ?

Il multiplie ses conférences en cercles restreints

Qu’est-ce qui fait courir Chakib Khelil ?

Liberté, 25 décembre 2016

Les rares journalistes qui ont été admis à assister à la conférence ont été avertis qu’ils ne doivent pas importuner le conférencier par des questions politiques.

L’ancien ministre de l’Énergie et des Mines, Chakib Khelil, a la bougeotte. Il n’a de cesse de parcourir le pays d’Est en Ouest et du Nord au Sud pour développer, en conférences, sinon en cercles restreints, son plan de sortie de crise qu’il a prétentieusement intitulé “Projet en 16 points pour sauver le pays”. Hier, il était en office dans la capitale de l’Ouest, Oran. Deux jours auparavant, il avait distillé sa “science” dans la capitale des Bibans, Bordj Bou-Arréridj. Un exercice qui ne fut point serein, puisqu’il s’énerva et s’emporta contre des cameramen qui ont malheureusement pris la fâcheuse habitude d’ajuster leurs appareils pendant que parlent les communicants. Cette conférence, qui a vu Chakib Khelil tempêter contre de malheureux cameramen, pourtant triés sur le volet pour immortaliser l’évènement, s’est déroulée à l’hôtel Beni-Hamad appartenant aux Benhammadi. Elle a eu lieu à l’initiative de deux entités connues pour tourner en orbite autour du pouvoir : l’association Al-Wiam Al-Madani (concorde civile) et le comité de soutien au programme du président de la République. Pour preuve, ce sont deux animateurs des deux entités qui ont eu l’heur de modérer la prestation de Khelil devant un auditoire composé d’au plus une cinquantaine de personnes. Un décor similaire à celui qui a prévalu lors de sa conférence dans la wilaya de Bouira, une semaine auparavant. Pour cette wilaya, l’initiative de la conférence de Khelil revient au patron de Premium agrégat, un investisseur privé. Un investisseur qui serait lié d’amitié avec l’un des fils de l’ancien ministre de l’Énergie et des Mines qui sera, ce jour-là, écouté par, outre une vingtaine d’étudiants et quelques enseignants, deux directeurs exécutifs de la wilaya, ceux de l’énergie et des mines et de l’industrie. Les rares journalistes qui ont été admis à assister à la conférence ont été avertis qu’ils ne doivent pas importuner le conférencier par des questions politiques. Rien ne devrait gêner ce qui a tout l’air d’une opération de réhabilitation d’un homme qui s’est retrouvé voué aux gémonies après avoir goûté aux délices du pouvoir. D’ailleurs, personne n’est dupe au point de croire que c’est pour échapper à la corrosion de l’oisiveté que Chakib Khelil met autant d’entrain et d’assiduité à promener son bâton de conférencier de wilaya en wilaya. Ces pérégrinations n’ont rien des recyclages typiques aux hauts commis, ministres et diplomates, qui, sur le tard, quand la charge officielle aura fini par les fuir, font dans la restitution de ce qu’ils ont acquis leurs carrières durant, à travers la dispense de cours magistraux dans les universités ou le partage d’expertises à l’occasion de forums de haut niveau. Chakib Khelil n’est pas dans ce registre-là. Ses conférences se tiennent en présence d’un public limité, trié sur le volet et, souvent, dans des espaces fermés. Tout porte à croire que cela participe d’un marketing bien étudié, d’une opération de réhabilitation, aux yeux de l’opinion, de l’homme qui a été un moment réclamé par la justice de son pays, car soupçonné d’avoir été mêlé à la signature de contrats douteux. Une réhabilitation qui a commencé avec le protocole qui lui était dû lorsqu’il revint de son exil aux USA. C’était, on se le rappelle, le wali d’Oran qui l’avait accueilli à l’aéroport. Les poursuites judiciaires à son encontre ayant connu une extinction, comme par magie, Chakib Khelil s’est mis dès lors à lifter son image ridée. C’est de cela que participe son pèlerinage dans les zaouïas. C’est ce que poursuivent aussi ses conférences dans les wilayas. L’homme cherche à refaire surface. C’est sûr. Il reste juste à situer la hauteur de son ambition. Celle-ci pourrait ne pas être loin du palais d’El-Mouradia.

S. A. I.