L’agenda politique du pouvoir chamboulé

Madjid Makedhi, El Watan, 24 décembre 2020

Décidé à mettre en œuvre sa feuille de route tracée depuis la présidentielle contestée du 12 décembre 2019, le pouvoir semble contraint de revoir son agenda… politique. Ce dernier ne sera finalement pas appliqué dans les délais qu’il s’est lui-même fixé. Du moins, plusieurs échéances seront renvoyées à plus tard.

Au premier trimestre, voire à la fin du premier semestre de l’année prochaine. Plusieurs facteurs sont intervenus ces derniers mois pour freiner les ardeurs des tenants du régime, qui promettent l’édification d’une «nouvelle Algérie».

N’ayant pas réussi à gagner la confiance des Algériens après plus d’une année de protestation populaire, le pouvoir a tablé sur le projet de la révision constitutionnelle pour obtenir un quitus en vue d’aller au bout de sa feuille de route. Mais ce fut le fiasco. Le référendum sur la révision constitutionnelle organisé le 1er novembre dernier a enregistré un taux d’abstention historique, synonyme d’une défiance populaire cinglante. Mais le pouvoir ne semble pas près d’en tirer les leçons politiques qui s’imposent.

L’autre fait qui a le plus chamboulé l’agenda du pouvoir est, sans doute, la maladie du chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune. Atteint de la Covid-19, le locataire du palais d’El Mouradia est absent depuis le 15 octobre dernier. Transféré en Allemagne pour «des examens médicaux approfondis» à la fin du même mois, il n’est toujours pas rentré au pays.

Dans une vidéo diffusée sur Twitter, il avait annoncé, il y a plus de 10 jours, la fin de sa convalescence «dans une, deux ou trois semaines». Tout porte à croire que son retour en Algérie n’interviendra pas avant la dernière semaine de l’année qui s’achève. Dans le même enregistrement, Abdelmadjid Tebboune avait instruit les services de la Présidence de prendre attache avec la commission d’Ahmed Laraba pour qu’elle remette son rapport sur la révision de la loi électorale «dans 15 jours».

Depuis, rien. Sachant que cette révision devra prendre inévitablement la forme d’un projet de loi, son adoption relève d’une longue procédure. Il devra d’abord être soumis à débat, puis adopté en Conseil des ministres avant de passer au Parlement pour examen et adoption. Cela devra prendre plusieurs semaines, si ce n’est quelques mois.

Le document est d’une importance capitale pour l’organisation des futures législatives et locales anticipées. Et pour cause, il devra lever plusieurs contraintes contenues dans la loi actuelle et qui favorisent, notamment, les partis au pouvoir. Ces derniers ne sont pas tenus, par exemple, par l’obligation de recueillir des parrainages des électeurs pour présenter leurs listes de candidatures à travers le territoire national.

Mais si le pouvoir table sur l’émergence d’une nouvelle génération d’acteurs politiques, il devra revoir, voire carrément supprimer cette condition. Vu cette situation, le pouvoir ne tiendra pas sa promesse d’organiser cette échéance avant la fin de l’année. Ces élections ne devraient pas avoir lieu, au mieux, avant le mois d’avril 2021. Et si la crise sanitaire due à la propagation de l’épidémie de Covid-19 perdure, l’échéance pourrait encore être repoussée…