Il y a 5 ans disparaissait le leader historique: Aït Ahmed, l’homme qui savait susciter l’espoir

Liberté, 23 décembre 2020

Figure emblématique de la Révolution algérienne dont il a été l’un des neuf artisans, Hocine Aït Ahmed a joué un rôle majeur dans la conscientisation des esprits.

Cinq années se sont déjà écoulées — 23 décembre 2015-23 décembre 2020 — depuis le décès de Hocine Aït Ahmed, le double héros de la Révolution pour l’indépendance de l’Algérie et du combat, encore plus long, pour le pluralisme et le recouvrement de la souveraineté du peuple algérien.

Pour la cinquième année consécutive, la direction du plus vieux parti d’opposition, le FFS, compte commémorer ce 5e anniversaire du décès de celui qui a été son leader depuis sa création en 1963. Comme chaque année, c’est à Ath Ahmed, village natal de cette figure qui a marqué l’histoire de l’Algérie, que cette commémoration est prévue aujourd’hui dans la matinée.

Au menu sont prévus un recueillement et un dépôt de gerbes de fleurs sur la tombe de cet historique qui a, comme l’a rappelé le FFS dans son communiqué, consacré plus de 70 ans de sa vie à lutter en faveur de la liberté et de la démocratie sans jamais baisser les bras.

Il va sans dire que l’appel du FFS à la commémoration de l’anniversaire de décès de Hocine Aït Ahmed n’est, en réalité, qu’une formalité d’usage tant sa mémoire est entretenue, à vrai dire, par la grande majorité du peuple algérien comme cela a, à maintes reprises, été démontré.

En effet, chaque année à cette date, des milliers d’anonymes viennent des quatre coins du pays pour participer à ce rendez-vous non pas avec la mémoire d’une personne, mais plutôt avec l’histoire.

Il y a lieu aussi de souligner que si ses grandioses funérailles populaires, le 1er janvier 2016 à Ath Ahmed, dans la commune d’Aït Yahia, donnaient déjà un net aperçu de la grandeur de l’homme et de sa popularité auprès des Algériens, l’année du Hirak, elle, a achevé de démontrer l’enracinement de ses idées dans la société algérienne qui s’est résolue de manière irréversible à reprendre le flambeau du combat de cet homme qui n’a pas hésité à affronter le système qui se mettait en place déjà à l’aube de l’indépendance du pays.

Il ne se passait plus une manifestation, durant toute l’année 2019, où ses portraits n’étaient pas brandis et ses paroles scandées dans la rue. Même ses adversaires politiques les plus coriaces ont fini par reconnaître en lui l’homme visionnaire qui a toujours su anticiper les événements. Hocine Aït Ahmed devient, ainsi, un des guides invisibles de la marche du peuple vers son destin.

L’homme visionnaire qu’il était n’est évidemment pas venu du néant. Figure emblématique de la Révolution algérienne dont il a été l’un des neuf artisans et un des dirigeants les plus en vue, puis un homme politique des plus redoutables à l’indépendance, un intellectuel et un académicien de premier ordre dans son exil, un fin connaisseur des arcanes et méandres du système politique algérien incarné par un pouvoir dictatorial, Hocine Aït Ahmed a joué un rôle majeur dans la conscientisation des esprits.

Aujourd’hui encore, beaucoup de ses formules concises, mais lourdes de sens, continuent à servir de slogans au peuple en lutte. Mais pas seulement.

Son patriotisme, sa pédagogie politique et son engagement qui font écho à la constance de ses idées et de ses positions sa vie durant n’ont pas seulement fait de lui un symbole historique et de résistance, désormais ancré dans la mémoire collective des Algériens, mais aussi et surtout un véritable cas d’école dont peut s’inspirer tout militant désintéressé et guidé par le seul intérêt du pays et son devenir.

En outre, Hocine Aït Ahmed a aussi été l’homme qui savait susciter l’espoir chez l’Algérien. Lorsqu’il disait, entre autres, qu’“un jour, la parole reviendra au peuple. Même si la nuit semble longue, le jour et le soleil finiront par se lever sur l’Algérie”, le dernier fils de la Toussaint aimait répéter que tôt ou tard le changement souhaité par les Algériens allait se produire. Un changement que les Algériens ont aujourd’hui amorcé et auquel, ils continuent de s’accrocher jalousement.

 

Samir LESLOUS