Les choses se corsent pour Saïd Bouteflika

Le tribunal civil de Sidi M’hamed a ordonné sa mise sous mandat de dépôt

Salima Tlemcani, El Watan, 21 décembre 2020

Poursuivi dans l’affaire de Tayeb Louh, ex-ministre de la Justice, Saïd Bouteflika, frère conseiller du Président déchu, a été placé sous mandat de dépôt par le magistrat instructeur près le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger. Il a été inculpé dans une nouvelle affaire liée à Ali Haddad, patron du groupe ETRHB, alors que le dossier concernant le «complot contre l’autorité de l’Etat et de l’armée» pourrait être programmé au mois de janvier prochain pour la troisième fois.

Moins d’un mois après la cassation du verdict du tribunal militaire de Blida, le condamnant à une peine de 15 ans de réclusion criminelle pour «complot contre l’autorité de l’Etat et de l’armée», Saïd Bouteflika, le frère conseiller du Président déchu, se retrouve inculpé et placé sous mandat de dépôt par le magistrat instructeur près le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, pour «trafic d’influence», «abus de fonction», «interférence dans le travail de la justice».

Selon des sources judiciaires, le dossier est lié à de présumées «instructions et directives données par téléphone» pour «aider» l’homme d’affaires Ali Haddad, patron du groupe ETRHB, à «régler ses problèmes avec l’administration».

Il s’agit du deuxième dossier enrôlé devant le tribunal de Sidi M’hamed, après celui dans lequel est poursuivi également l’ex-ministre de la Justice, Tayeb Louh, et dans lequel Saïd Bouteflika est inculpé pour «avoir envoyé» des messages (ayant trait à Ali Haddad, Mahieddine Tahkout et Chakib Khelil, ex-ministre de l’Energie) au garde des Sceaux, que le juge a qualifié d’«interférence» dans le travail de la justice.

L’affaire a été criminalisée, mais les avocats des mis en cause se sont pourvus en cassation contre la décision de la chambre d’accusation il y a une vingtaine de jours.
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Saïd Bouteflika a été également auditionné en tant que témoin à la prison de Blida, dans le cadre d’une commission rogatoire, délivrée par le tribunal de Sidi M’hamed et liée à l’affaire des frères Kouninef, condamnés pour des affaires de corruption.

Interventions»

l y a une semaine, le magistrat instructeur près le tribunal de Sidi M’hamed a entendu le frère et ex-conseiller du Président déchu sur plusieurs faits en lien avec des «interventions» au «profit» de son «ami» Ali Haddad, ex-président du FCE (Forum des chefs d’entreprise) et patron du groupe ETRHB.

Inculpé pour «trafic d’influence», «abus de fonction» et «interférence dans le travail de la justice», il a été placé sous mandat de dépôt. Cette décision intervient à moins d’un mois de la cassation du verdict du tribunal militaire de Blida, par la Cour suprême.

En attente de la programmation pour un nouveau procès devant la même juridiction, autrement composée, ce procès, à en croire certaines indiscrétions, pourrait changer totalement la donne jusqu’à faire tomber cette «théorie du complot» que la défense des trois mis en cause – les deux anciens patrons des services de renseignement, le général-major à la retraite Bachir Tartag, le général de corps d’armée à la retraite Mohamed Mediène et Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs – n’a cessé de mettre en avant aussi bien en première instance que devant la cour militaire ou la Cour suprême.

Il est très probable que le procès soit programmé au cours du mois de janvier prochain, étant donné que l’actuel président du tribunal militaire de Blida (un magistrat civil dont le mandat se termine le 31 décembre 2020) a eu à présider la juridiction qui a condamné les accusés.