Des réseaux qui lui sont liés ont été démasqués par Facebook: Quand l’armée française cible les Algériens

Karim Aimeur, Le Soir d’Algérie, 17 décembre 2020

Souvent critiqué sur les aspects liés à la désinformation et la propagande sur le réseau, Facebook a annoncé, dans la soirée d’avant-hier, la suppression de trois réseaux, deux basés en Russie et le troisième en France appartenant à des personnes proches de l’armée française, et qui versent dans la désinformation. Plusieurs pays, dont l’Algérie, sont ciblés et les spécialistes de la cybersécurité estiment que les activités de propagande en ligne de la France orientées vers la sous-région et l’Algérie devraient faire l’objet d’un suivi.
Karim Aimeur – Alger (Le Soir) – Le réseau social le plus populaire du monde accuse ces comptes d’enfreindre sa politique et de mener des campagnes d’ingérence dans plusieurs pays africains dont l’Algérie.
Deux réseaux de comptes ont été attribués à des personnes associées à l’organisation russe Internet Research Agency (IRA) et un troisième s’est avéré avoir « des liens avec des personnes associées à l’armée française », a affirmé Facebook dans un long communiqué.
Ces trois campagnes ont été supprimées parce qu’elles enfreignaient la politique du réseau social qui interdit « un comportement inauthentique coordonné au nom d’un gouvernement étranger », ont déclaré le responsable de la politique de sécurité de Facebook, Nathaniel Gleicher, et le chef de l’équipe mondiale de perturbation des menaces, David Agranovich, dans un billet de blog.
Dans les pays ciblés, ces comptes menaient des campagnes de propagande en faveur de l’armée française.
Concernant le réseau basé en France, celui-ci visait essentiellement la Centrafrique et le Mali, et dans une moindre mesure le Niger, le Burkina Faso, l’Algérie, la Côte d’Ivoire et le Tchad, a précisé le réseau social. Il explique qu’en donnant la parole à de faux habitants de ces pays, ces comptes commentaient par exemple la politique française sur place ou exprimaient un soutien à l’armée française.
Facebook précise avoir, dans le cas français, supprimé 84 comptes, 6 pages, 9 groupes ainsi que 16 comptes Instagram.
« Bien que les personnes derrière cela aient tenté de cacher leur identité et leur caractère coordonné, notre enquête a trouvé des liens avec des individus associés à l’armée française », souligne Facebook, ajoutant que sur ces comptes étaient postées en français et en arabe des informations sur des événements actuels évoquant « la politique de la France en Afrique francophone, la situation sécuritaire dans divers pays africains, des allégations sur de possibles ingérences de la Russie dans les élections en République centrafricaine et des commentaires favorables à l’armée française ».
Le réseau a publié des captures de certains de ces comptes sur lesquels ne figure aucune page traitant du cas de l’Algérie. Aucune précision sur ce point n’est fournie.
Commentant cette information, Abdelaziz Derdouri, spécialiste en cybersécurité, a relevé que ces comptes basés en Russie et en France sont entrés en confrontation, s’accusaient mutuellement de faux et induisaient en erreur les internautes, en faisant une lecture du communiqué de Facebook.
« Le compte basé en Russie appartient à l’Internet Research Agency (IRA) qui est une agence privée russe, proche du gouvernement, et est connue pour mener des opérations d’influence en ligne. L’agence intervient sur les réseaux sociaux, journaux en ligne ou forums de discussion pour promouvoir les intérêts de ses clients », a-t-il expliqué dans une déclaration au Soir d’Algérie.
Notre interlocuteur parle de la transposition dans le cyberespace et plus précisément dans les réseaux sociaux de deux aspects des conflits traditionnels, la propagande et la désinformation.
« Malgré les nombreuses études et analyses des stratégies des campagnes d’influence en ligne, l’impact réel sur le public reste une question ouverte car il est difficile de façonner les attitudes et les comportements politiques des Africains en général et des Algériens en particulier », a-t-il affirmé.
En tout état de cause,
M. Derdouri soutient que les activités de propagande en ligne de la France orientées vers la sous-région et l’Algérie devraient faire l’objet d’un suivi.
K. A.