Secteur bancaire: Suffisamment capitalisé, mais fragile

Liberté, 16 décembre 2020

Les données compilées dans les rapports annuels des banques confirment la bonne capitalisation de certains établissements, tandis que d’autres barbotent encore dans des fragilités permanentes qui remontent à quelques années déjà.

L’obligation faite aux banques d’augmenter leur capital social à 20 milliards de dinars avant la fin de l’actuel exercice n’a été que partiellement suivie. Du moins pour le moment. En témoignent les données disponibles dans les rapports annuels 2019 des banques.

Le règlement n°18-03 du 04 novembre 2018, relatif au capital minimum des banques et établissements financiers exerçant en Algérie, précise dans son article 04, faut-il le rappeler, que les banques doivent disposer d’un capital libéré en totalité en numéraire égal à 20 milliards de dinars au 31 décembre 2020.

C’est la seconde augmentation de capital consécutive à laquelle étaient soumises les banques de la place, puisque celles-ci étaient invitées à porter leur capital social à 15 milliards de dinars en 2019.

Les données compilées dans les rapports annuels des banques confirment la bonne capitalisation de certains établissements, tandis que d’autres barbotent encore dans des fragilités permanentes qui remontent à quelques années déjà, mais étalées désormais au grand jour à la suite, entre autres, d’une baisse conséquente de la liquidité.

L’hypothèse que fait Finabi Conseil, un cabinet spécialisé en conseil bancaire et pilotage de la performance financière, c’est que le secteur bancaire reste suffisamment capitalisé, même si certaines banques de la place montrent d’importantes fragilités.

En clair, cela signifie que certaines banques continuent à être rentables et solvables, malgré un faible taux de bancarisation, alors que les crédits à l’économie, ceux à long terme particulièrement, ont beaucoup augmenté ces dernières années.

En application dudit règlement, BNP Paribas El-Djazaïr et AGB (Gulf Bank Algérie) ont déjà souscrit à l’opération en augmentant leur capital à hauteur de 20 milliards de dinars au 31 décembre 2019 sans même attendre l’échéance 2020.

Société Générale Algérie (SGA) n’a pas encore publié son rapport 2019, mais tout porte à croire que l’importance de ses réserves, qui sont supérieures à 22 milliards de dinars, lui permet une adhésion “sans heurt” au règlement de la Banque centrale.

Al-Baraka Bank a, elle aussi, respecté l’échéance 2019 de l’ordre de 15 milliards de dinars. Son résultat 2019 de 6,33 milliards et ses réserves de 3,9 milliards sont suffisants pour atteindre l’échéance 2020.

Si Trust Banque était parvenue à augmenter à 15 milliards de dinars son capital social en 2019, la banque devrait injecter ses réserves pour être dans les normes exigées par la Banque centrale pour l’actuel exercice.

Du côté de Fransabank El-Djazaïr et d’Al-Salam Bank Algeria, ces deux établissements doivent injecter 3 milliards de dinars pour être dans les bonnes grâces de la Banque d’Algérie, alors que ABC Bank (Arab Banking Corporation) devrait injecter 2 milliards de dinars pour pouvoir se conformer à la réglementation.

Cependant, les banques publiques disposent déjà d’un capital social supérieur à 20 milliards de dinars, même si certaines d’entre elles sont confrontées à d’importants problèmes qui résultent de la croissance des crédits à l’économie ces dernières années ; le ratio de solvabilité des fonds propres évoluant à la baisse, alors que la part des prêts improductifs allait crescendo.

Tout comme la proportion des crédits à long terme qui devient, désormais, un facteur d’inquiétude pour certains établissements bancaires publics.

Selon les données dont nous disposons, les crédits à l’économie ont connu un net bond en 2018, à 49,62% du PIB, en période d’importante baisse des liquidités qui, à l’issue de plusieurs opérations de réescompte et d’Open Market, n’a pu évoluer que faiblement, contraignant le gouvernement à mettre en marche la planche à billets dès octobre 2017.

Les crédits à long terme pesaient pour 56,21% dans la structure des crédits en 2018 à un moment où certaines banques publiques étaient sauvées de la faillite grâce à l’apport de la planche à billets en argent frais.

Les caisses de la BNA, à titre d’exemple, ont été renflouées par l’État qui a injecté plus de 500 milliards de dinars issus des tirages de la planche à billets. Les réseaux des banques demeurent pour le moins faibles et peu structurés pour drainer l’épargne nécessaire et rentabiliser les fonds propres.

La rentabilité des banques tourne bon an, mal an autour de 1 milliard de dinars annuellement, distribuable sans que les réserves soient alimentées.

Ali TITOUCHE