Les appels au renforcement du front intérieur se multiplient

Des partis évoquent les préalables

Karim Aimeur, Le Soir d’Algérie, 16 décembre 2020

Dans la dernière édition de sa revue El Djeïch, l’Armée nationale a appelé les Algériens à se « tenir prêts » à faire face à la menace extérieure, en évoquant la nécessité de « renforcer le front interieur » pour « faire échec à tous les complots ennemis ». Ces derniers jours, c’était au tour du Premier ministre, Abdelaziz Djerad, de lancer un appel similaire. Mais comment constituer un tel front et dans quelles conditions ?
Karim Aimeur – Alger (Le Soir) – « Lorsque nous disons au peuple algérien qu’il faut s’unir et résoudre nos problèmes internes, il doit prendre conscience de l’importance des efforts de solidarité et de fraternité pour trouver les meilleures voies à même de sortir de cette crise », a lancé Djerad, en faisant état d’opérations étrangères qui se déroulent à l’extérieur, avec pour visées, la déstabilisation de l’Algérie.
Mais pour plusieurs personnalités, partis politiques et organisations de la société civile, qui insistent tous sur la préservation de la stabilité du pays et de le protéger contre toute ingérence étrangère, ce front interieur n’est pas à édifier au détriment des forces politiques.
Ils perçoivent l’appel des autorités comme une demande d’allégeance au pouvoir. Dès lors, ils posent des conditions et appellent au respect de la volonté populaire, des droits de l’Homme et des libertés démocratiques, expliquant qu’on ne peut demander à un parti ou à une organisation, interdite de parole et d’activité, d’adhérer à ce front, même si, pour eux, la défense des intérêts du pays prime sur toute autre considération.
Ainsi, pour le RCD, « quand on veut ou qu’on aspire à construire un front intérieur, on commence d’abord par garantir et protéger l’exercice des droits constitutionnels des citoyens et œuvrer à résoudre des situations de non-droit lorsqu’elles sont héritées d’une période antérieure ».
Dans un communiqué publié ce vendredi, le RCD a affirmé qu’aucun homme, aucune institution ne peuvent « se substituer à la volonté du peuple algérien et prétendre dans le même temps mener un projet de rénovation de l’État », expliquant qu’un tel chantier ne peut être mené à bien sans une transition pacifique et démocratique qui prépare les conditions de l’expression de la volonté du peuple souverain.
De son côté, le FFS estime que faire face à tous les défis qui se posent au pays nécessite « un front interne fort », qui doit être le produit d’un processus politique basé sur la démocratie, les droits de l’Homme et la souveraineté populaire ». Pour ce faire, il appelle, à travers son premier secrétaire Youcef Aouchiche, à «une solution politique interne et inclusive, dans un climat fait d’ouverture des champs politique et médiatique et la libération de tous les détenus du Hirak». Le FFS a insisté également sur le respect des droits de l’Homme.
« Protéger les droits de l’Homme, c’est protéger l’État national, le préserver de toute déviation de son objectif et repousser toute forme d’ingérence d’où qu’elle vienne », a-t-il expliqué. En effet, pour le vieux parti de l’opposition, «les dangers extérieurs, qui restent une réalité menaçant notre pays, se basent essentiellement sur le refus des décideurs d’adopter une feuille de route démocratique tendant à renforcer l’immunité nationale ». L’instauration d’un climat apaisé pour renforcer le front interne fait l’unanimité au sein de la classe politique et de la société civile. Plusieurs intervenants insistent sur cette question. Pour le professeur à Kedge Business School, Yahia Zoubir, pour faire face au danger venant de l’extérieur, l’Algérie doit renforcer sa cohésion intérieure mais en changeant le type de gouvernance (lutter contre la corruption, libérer les journalistes et activistes politiques…), en réformant en profondeur son économie et en révisant sa diplomatie de fond en comble.
Pour tous ces intervenants donc, le front interieur ne peut être renforcé sans une véritable démocratie.
K. A.