La classe politique réagit après la sortie du président sur Twitter : Soulagement et interrogations sur les réformes annoncées

Iddir Nadir, El Watan, 15 décembre 2020

Des responsables de parti ont exprimé leur «satisfaction» de voir le Président en bonne santé et annoncer la poursuite des «chantiers» engagés depuis sa prise de fonction. Des personnalités de l’opposition s’interrogent sur le contenu du discours prononcé par le chef de l’Etat.

Soulagement», «satisfaction», mais aussi des interrogations. La réapparition du président Abdelmadjid Tebboune, après près de deux mois d’absence pour raisons médicales, a suscité des réactions de la part de la classe politique nationale.

Des responsables de parti ont exprimé ainsi leur «satisfaction» de voir le président réapparaître et annoncer la poursuite des «chantiers» engagés depuis sa prise de fonction.

Le secrétaire général du RND, Tayeb Zitouni, s’est empressé d’exprimer, sur sa page Twitter, son soulagement de voir M. Tebboune se rétablir, tout en exprimant le vœu de le voir retourner «rapidement» aux affaires afin qu’il poursuive «le processus de construction d’une nouvelle Algérie, dans un contexte international de crise».

Intervenant sur les ondes la Chaîne 3, le président de Jil Jadid, Soufiane Djilali, considère que la réapparition de M. Tebboune est «un soulagement pour l’écrasante majorité des Algériens, y compris beaucoup d’entre eux qui peuvent ne pas être d’accord avec ce que fait le Président ou l’Etat».

Il relève qu’étant conscient des problèmes actuels, tout le monde a besoin qu’un Président «soit en fonction» pour «finir de sortir du milieu du gué».

Le Front de l’Algérie nouvelle (FAN) appelle les Algériens à ne pas «écouter les rumeurs» sur la santé du Président, qui visent à les «désespérer», et ce, «sans tenir compte du contexte actuel». Même satisfecit au mouvement El Islah, qui annonce son adhésion «au chantier des réformes» annoncées lors de la courte intervention de M. Tebboune.

Plus critique, le président du RCD, Mohcine Belabbas, s’interroge dans un post sur sa page officielle Facebook : «N’y a-t-il personne dans son entourage immédiat pour l’alerter que son entêtement est suicidaire pour le pays ? Il n’est pas trop tard pour revenir vers la voie du bon sens.»
Advertisements

«Couper court aux supputations»

Atmane Mazouz, secrétaire national à la communication de ce parti, relève : «Politiquement et éthiquement, on ne peut convoquer des instances nationales à s’occuper de questions qui engagent l’avenir d’un pays à partir d’un lieu caché au peuple, où l’on est supposé mener une convalescence.

Cette manière de faire constitue un danger pour le pays, sauf si à supposer que le sceau de la République peut être trimballé dans les bagages d’un homme encore malade et en convalescence dans un pays étranger.»

Pour A. Mazouz, l’intervention de Tebboune, à partir de l’étranger et d’un réseau média également étranger, «pose de sérieuses interrogations et ne rassure guère sur la gestion sérieuse de l’Etat, d’autant que la légitimité fait cruellement défaut au locataire d’El Mouradia.

Encore aujourd’hui, les tenants du pouvoir continuent encore dans leur irresponsabilité à foncer droit dans le mur en ne tenant pas compte des urgences nationales et de la gravité de la situation. Celui qui ne tire pas les leçons du passé récent est condamné à finir bien pire que ses prédécesseurs».

Saïd Salhi, vice-président de la LADDH, parle, de son côté, d’une «sortie surprise». «A voir la forme choisie, l’effet surprise, le Twitter personnel à la place du canal officiel, institutionnel et les usages protocolaires, on a l’impression que Tebboune ne s’adresse pas au peuple.

C’est une sortie juste pour confirmer qu’il est toujours Président, pour prendre à témoin l’opinion et couper court à toutes les supputations, notamment celles de la vacance du pouvoir, de l’application de l’article 102. Mais c’est aussi une réponse nette au hirak, il décide le maintien et la poursuite de sa feuille de route autoritaire et le rejet de la transition démocratique, malgré le dernier camouflet du référendum constitutionnel.»

«Encore une fois, le pouvoir opte pour le prolongement de la crise, tournant le dos à tous les appels à la solution politique et à la clairvoyance, alors que le pays est face à des défis et des dangers imminents, qui guettent la stabilité et la sécurité nationales et internationales», tranche Salhi.