2e jour du procès de l’affaire autoroute est-ouest

Les accusés à la barre du procès de l’affaire autoroute est-ouest

Medjdoub Chani se dit victime de «luttes de clans»

El Watan, 28 avril 2015

«Tout le monde sait que c’est une affaire politique. Khelladi lui-même a dit que Amar Ghoul lui a affirmé qu’il n’avait rien à craindre s’il revenait sur ses déclarations, parce que le Président était avec lui et qu’il allait le protéger. Les gens qui poussent à l’affrontement entre les institutions de l’Etat sont les véritables responsables», a déclaré Medjdoub Chani, principal accusé.

Principal accusé dans l’affaire autoroute Est-Ouest, Medjdoub Chani a été entendu hier par le tribunal criminel près la cour d’Alger. Il était le deuxième accusé sur une liste de 16 à être entendu, en plus des sept représentants des sociétés étrangères, poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation allant de l’«association de malfaiteurs» au «blanchiment d’argent» en passant par la «corruption» et le «trafic d’influence».

Il commence par entraîner le juge dans l’affaire du Fonds algéro-koweitien d’investissement (FAKI), pour laquelle il a été jugé et condamné en disant qu’il avait été victime d’une escroquerie de la part de Anouar Al Mili, fils de l’ancien ministre, actuellement en fuite. Le magistrat tente de le faire revenir au dossier : «Vous avez cité Benachenhou, l’ancien ministre des Finances, qui vous aurait parlé d’un Conseil des ministres retreint auquel devait assister Falcon…» Mais l’accusé récuse cette déclaration en criant à qui veut l’entendre qu’il est financier.

Le président lui demande de se calmer et Chani répond : «Il est difficile d’accepter d’être transformé en chiffon dans votre propre pays, alors que vous êtes respecté dans le monde.» Le magistrat le fait revenir au sujet de Benachenhou et Chani réplique : «Je ne suis pas tombé du ciel. Je suis connu dans le monde de la finance depuis les années 1990. Toutes les autorités politiques et sécuritaires me connaissent. Le colonel Khaled est le dernier que j’ai eu à connaître. Je voulais apporter à mon pays des IDE (investissements directs étrangers) grâce à mes réseaux à travers le monde de la finance.»

Chani revient sur la création de Housing Bank puis sur l’affaire du FAKI et comment Anouar Al Mili et Kadri Luminaires se sont retrouvés dans ce dossier, avant qu’il ne rembourse les montants subtilisés par Al Mili, contre lequel il dit avoir déposé une plainte. Le juge le ramène de nouveau au sujet, en lui précisant qu’il n’est pas devant le tribunal pour l’affaire FAKI. Il déclare : «Lorsque maître Aziz Brahimi est venu me dire que le bâtonnier l’a commis d’office pour me défendre, je n’y ai pas cru et j’ai même refusé parce que le bâtonnier s’est attaqué à mon collectif de défense.» Me Brahimi réagit : «Notre rencontre à la prison relève du secret de la profession et je ne vous ai jamais dit que c’était le bâtonnier qui m’avait commis.» L’incident est clos, après le rappel à l’ordre du président, demandant à l’accusé de revenir à l’affaire.

«j’en veux aux agents du drs»

Chani insiste encore sur son parcours de financier, sa clientèle européenne et ses ambitions de développer l’investissement en Algérie. Le magistrat le ramène au dossier de l’autoroute Est-Ouest. «J’ai eu un contrat avec la société chinoise Citic International pour ses activités en Afrique…», dit-il avant d’être interrompu par le juge : «Revenez à l’autoroute !» L’accusé : «J’y arrive. La Citic m’a envoyé au Gabon, à la tête d’une délégation chinoise, pour développer des marchés de réalisation de stades, d’universités, etc.

J’ai été reçu par le président gabonais.» Le magistrat intervient : «Parlez-nous de l’autoroute !» L’accusé : «On m’a appelé de Pékin pour me demander si je pouvais régler les problèmes de garantie bancaire d’une banque européenne que l’Algérie exigeait pour la réalisation de l’autoroute….» Le juge : «Parlez-nous de ce Conseil ministériel restreint.» Chani : «Je conteste ces procès-verbaux et je l’ai dit au juge. Ils m’ont été dictés par le DRS.» Et d’éclater : «Je suis rentré le 16 septembre, la veille de l’Aïd, pour voir ma mère, et j’ai été arrêté à l’aéroport par les agents du DRS. J’ai disparu de la circulation jusqu’au 6 octobre.

Ma mère a assisté à la disparition de son fils, comme elle a assisté à celle de son mari durant la guerre de Libération. J’en ai souffert. J’en veux aux agents du DRS dont les visages ne me quittent jamais, mais pas à l’institution que je respecte beaucoup, notamment pour son combat contre le terrorisme. Il y a pire que le terrorisme, c’est l’humiliation. Je n’avais plus la notion du temps. Mes quatre téléphones confisqués n’arrêtaient pas de sonner. Je les suppliais d’informer ma femme et ma mère, mais ils refusaient.

J’ai su la date du 21 grâce au bip du téléphone qui m’indiquait l’anniversaire de mon fils. Je n’oublierais jamais le visage de mes tortionnaires. L’un d’eux m’a dit : déshabille-toi. J’ai refusé. Il m’a frappé, je suis tombé par terre. Je me suis exécuté. Il m’a demandé de tout enlever et de m’agenouiller. A cet instant, si j’avais pu me pendre, je l’aurais fait. Durant tout l’interrogatoire j’étais à genoux, face au mur. Ils me parlaient de mon neveu, je leur ai dit qu’il tenait ma comptabilité.

Deux ou trois jours après, ils m’ont emmené à mon entreprise, où ils ont saisi les ordinateurs. Mon neveu Larbi a été arrêté. Habituellement, ma cellule était fermée, mais le lendemain, ils l’ont laissé ouverte. J’ai traversé le couloir et, à droite, j’ai vu, dans le coin d’une cellule, un homme nu, recroquevillé, en train de pleurer. Je suis revenu dans ma cellule. Après, ils sont venus. J’entendais des cris. J’ai reconnu la voix de mon neveu. Ils lui parlaient du colonel Khaled, de l’argent, etc. Je ne sais pas combien de temps je suis resté à genoux, en face du mur. Puis ils sont venus vers moi. Ils m’ont dit de tout dire sinon mon neveu allait y passer.

C’est alors que j’ai commencé à construire l’histoire. Devant la porte du juge, ils m’ont dit ‘si vous changez d’avis, n’oubliez pas que nous avons votre neveu et les ordinateurs’. Cette affaire repose sur un grand mensonge. Toutes ces accusations ont été montées pour me détruire et détruire ma famille. Je vous défie, Monsieur le juge, de trouver cette Chinoise présentée comme ma maîtresse. Elle n’existe pas.»
Un silence de marbre pèse sur la salle d’audience.

Le juge : «Il y a un chauffeur qui confirme…» L’accusé : «Où est ce chauffeur ? Il n’est pas là !» Il ajoute : «Cette affaire est un mensonge d’Etat couvert par le juge d’instruction. Tout le monde sait que c’est une affaire politique. Khelladi lui-même a dit que Amar Ghoul lui a affirmé qu’il n’avait rien à craindre s’il revenait sur ses déclarations, parce que le Président était avec lui et qu’il allait le protéger. Les gens qui poussent à l’affrontement entre les institutions de l’Etat sont les véritables responsables. Moi, je n’ai aucun lien avec l’affaire.»
Le juge l’interroge sur le miniconseil auquel Falcon a été convié et sur Sacha.

L’accusé persiste : «On m’a dicté ce que vous dites.» Le juge : «Ils ont inventé l’histoire ?» L’accusé : «Les gens qui ont fait le dossier la connaissent. L’histoire est connue par toute l’Algérie depuis 2005. Ce n’est pas moi qui l’ai racontée. Eux n’ont pas eu le courage de le faire publiquement, ils m’ont choisi pour la révéler à leur place.»

Chani continue à nier, y compris les déclarations de Tadj Eddine Addou sur Falcon et Sacha Nasreddine. Le juge l’interroge sur le contrat avec les Chinois et il explique qu’il comportait deux volets : le règlement de la caution bancaire et des problèmes bureaucratiques. Le président du tribunal insiste sur les déclarations faisant état de tricherie par les Chinois sur les matériaux utilisés. «Ce n’est pas moi le responsable de l’exécution de ce marché. Convoquez les dirigeants du secteur», répond-il, en confirmant avoir rencontré pour la première fois Mohamed Bouchama dans le bureau Hamid Melzi, un ami.

Medjdoub Chani évoque sa société de conseil ADC, mais aussi PN, engagées avec Citic. Il reconnaît avoir perçu 1,5 million de dollars dans le cadre du contrat avec les Chinois, mais tente de convaincre le juge que les autres montants qu’il a reçus par la suite concernent le contrat relatif à ses prestations au Gabon. Acculé par le magistrat, Chani finit par lâcher : «Je suis fatigué.» Le juge lève l’audience pour une durée de 15 minutes. Il revient, et Chani lui dit : «Je suis usé. Je ne peux pas continuer.» Le juge lève l’audience qui reprendra aujourd’hui avec le même accusé.
Salima Tlemçani


Colonel Ouezzane Mohamed : «je ne comprends rien à l’affaire»

El Watan, 28 avril 2015

Les auditions commencent par le colonel du DRS, Ouezzane Mohamed, plus connu sous le nom de colonel Khaled. Durant une longue décennie, il a exercé en tant que conseiller auprès de l’ex-ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, avant d’être poursuivi pour «trafic d’influence», «abus de fonction» et «corruption».

D’emblée, Ouezzane déclare «ne rien comprendre à l’affaire» et se dit «étonné» de se trouver à la barre. «Parmi les accusés qui sont au box, je ne connais que deux personnes : Mohamed Bouchama l’ex-secrétaire général du ministère des Travaux publics, une relation de près de 40 ans puisque nous sommes tous deux d’anciens élèves de l’Ecole nationale d’administration, et Medjdoub Chani que j’ai rencontré ces dernières années. Ma relation avec ce dernier est plus qu’amicale, c’est un membre de la famille. D’ailleurs, il porte le même nom que ma grand-mère», dit-il.

Le juge : «Dites-nous comment vous avez connu Chani.» L’accusé : «Deux amis m’ont parlé de lui. Il était à l’étranger et a fait l’objet d’un mandat d’arrêt dans le cadre de l’affaire du FAKI (Fonds algéro-kowetien d’investissement, ndlr). Je leur ai dit qu’il devait rentrer pour vider son mandat d’arrêt et poursuivre la procédure.» Il est interrompu par le magistrat qui lui demande de revenir sur sa première rencontre avec Chani. Il explique : «Deux amis m’ont sollicité à son sujet…» Le juge : «Ils voulaient que vous interveniez ?» Ouezzane Mohamed : «Pas du tout. Ils me l’ont présenté comme victime et voulaient avoir un conseiller pour l’aider. D’ailleurs, je ne savais même pas qu’il était rentré au pays et qu’il avait vidé son mandat d’arrêt, puis a été condamné par le tribunal avant d’être rejugé après un pourvoi.

Après il est devenu mon ami et même plus qu’un ami. Il venait chez moi à chaque fois qu’il venait en Algérie.» Le président interroge Ouezzane sur les postes qu’il a eu à occuper à l’étranger, et ce dernier cite Strasbourg et Lyon en niant avoir connu Chani en dehors du pays. Le juge : «Il vous a dit qu’une avocate l’avait aidé…» L’accusé précise qu’il s’agissait de rumeurs qui circulaient à l’époque, précisant toutefois que «l’affaire était trop grave et je ne pense pas que ce soit le cas, puisqu’il a été condamné».

Le président veut connaître l’identité des deux amis qui lui ont parlé de Chani. Ouezzane affirme qu’ils ne lui ont pas donné de détails, du fait que Chani était une victime. Le magistrat insiste sur les détails de cette affaire et Ouezzane éclate : «Je me rappelle pas. Je suis le produit de l’école algérienne, militaire, mon principal souci est l’intérêt de mon pays et le Trésor public, le reste n’est qu’une affaire privée qui concerne Chani.» Le magistrat revient à la charge et l’interroge sur l’identité des deux amis qui l’ont sollicité à propos de Chani.

Après un silence qui dénote sa gêne, il finit par lâcher : «Nacer Mehal (ancien directeur de l’APS) et Mohamed Chami (ancien président de la Chambre de commerce). Je ne veux pas faire de mal à ces gens…» Le juge réplique : «Vous êtes libre de répondre ou de ne pas répondre. Dans cette enceinte, je suis la justice, personne ne vous touchera. Alors n’ayez pas peur.» Ouezzane se ressaisit : «Je ne veux pas mesurer les mots que je prononce. Je suis là pour dire la vérité.» Des propos qui suscitent la réaction du juge : «Justement, ce sont vos déclarations qui vont me permettre de démêler les fils de l’affaire.»

Magistrat peu convaincu

Mal à l’aise, l’accusé répond : «Il était sous le coup d’un mandat d’arrêt, ils sont venu me voir pour l’aider. Ils m’ont appris par la suite qu’il avait réglé son problème. J’ai entendu, après, cette rumeur sur l’intervention d’une avocate et d’une juge. Pour moi c’était un non-événement puisqu’il a été condamné, il a cassé le jugement et a été rejugé.» Sur sa relation avec Mohamed Bouchama, Ouezzane affirme qu’elle remonte aux années 1977 ou 1978, époque où les deux cadres étaient sur les bancs de l’ENA. «Son épouse, qui est magistrate, est devenue après une collègue. C’est donc une vieille connaissance.

Lorsque Chani m’a dit qu’il était allé le voir au ministère des Travaux publics, je lui ai dit que c’était un ami. La première fois que les deux hommes se sont rencontrés, c’était dans le bureau de Hamid Melzi (directeur de la résidence d’Etat Sahel) à Club des Pins et grâce à ce dernier. Ce n’est pas moi qui l’ai mis en contact avec Bouchama. J’aurais pu le faire, mais je suis arrivé en deuxième position. Bouchama est un homme intègre, il ne me viendrait jamais à l’esprit qu’il puisse le rencontrer pour autre chose. J’ai passé dix ans à mon poste au ministère, je ne peux pas tomber dans cette erreur.

Pour moi, Chani est allé voir Bouchama avec des documents pour des problèmes liés à la réalisation de l’autoroute», dit-il. Le magistrat : «Votre rôle se limite au secteur de la justice, pourquoi avoir accompagné Chani au ministère des Travaux publics pour voir Bouchama ? Etait-ce votre rôle ?» L’accusé : «J’ai accompagné un ami voir un autre ami. Pour moi, cela relevait du bon sens.» Le juge : «Il vous a utilisé pour lui rendre service…» L’accusé rappelle la relation qui le lie à Chani et précise l’avoir emmené chez Bouchama à deux reprises, après lui avoir déclaré qu’il représentait les Chinois en Algérie.

Le magistrat ne semble pas convaincu de la réponse : «L’accompagner chez Bouchama ne vous paraît-il pas anormal ?» L’accusé se défend : «Dans ma conception des choses, Chani n’est pas dans mon secteur. Il est allé chez un ami, qui de surcroît n’entre jamais dans ces histoires. Il est propre, il a occupé un poste de directeur à la Présidence, conseiller au Conseil de l’Etat, avant d’être secrétaire général. Pour moi, Chani est allé le voir pour débloquer un projet d’importance nationale et ne volait pas le Trésor public, ce qui n’était pas en contradiction avec les prérogatives.»

Chani, Ouezzane le présente comme un investisseur, expert en finances, dont les activités sont méconnues en Algérie. «Il a trouvé quelqu’un qui l’aide à régler ses problèmes, pour moi cela relève du bon sens. Ce n’est pas pour l’argent, parce que je connais bien Bouchama, il n’est pas du genre.» Le juge le ramène aux propos de Chani durant l’enquête préliminaire et devant le juge. «Je retiens qu’il a passé 20 jours en détention et qu’il a nié ses déclarations, à la fin, devant le juge», dit-il.

Le magistrat : «Pensez-vous que la police judiciaire ait inventé ces déclarations selon lesquelles Chani vous utilisait ? Combien d’années avez-vous exercé au sein de ce service (DRS) ?» L’accusé, visiblement gêné, répond : «30 ans. Monsieur le juge… (long silence) sa déclaration a changé.

Il n’a pas dit cela.» Le juge : «Il y a aussi les documents retrouvés chez le neveu de Chani, qui font état des montants qu’il vous a remis…» L’accusé : «Oui, mais Chani est revenu sur ses propos…» Le juge lui demande encore une fois si le DRS a inventé les documents et les faits. L’accusé : «Il a donné une version compte tenu des conditions de son audition. Je retiens sa dernière déclaration où il était plus serein.»

«je n’ai aucune influence»

Le juge revient sur les documents, en disant qu’ils font ressortir des montants de 500 000 DA en 2007, puis de 8 millions de dinars et de 20 millions de dinars 2008, puis 1,4 million en 2009. Ouezzane : «Je suis un retraité de l’armée, qui n’a jamais eu de problème. Je suis issu d’un quartier populaire d’Oran. En 2003, j’ai décidé de vendre ma petite maison située face à un cabaret, dont le patron, El Maazouzi, a toute mon estime. Chani m’a proposé la somme de 5,20 millions de dinars. C’était en 2006. J’avais une réservation d’un appartement à Staouéli, auprès de l’EPLF de Boumerdès, J’ai fait un crédit CNEP.

Après, vu les lenteurs de la construction, je me suis inscrit dans une coopérative privée à Birkhadem, mais je n’avais pas la totalité et Chani, qui avait donné la maison d’Oran à cheb Khaled en compensation d’une dette, m’a proposé d’acheter l’appartement de Staouéli, afin que je puisse finaliser mon dossier de Birkhadem.» Les propos de l’accusé s’emmêlent. Il lance : «Vous vous imaginez le colonel Khaled a besoin de prendre 500 000 DA !» Le magistrat lui rappelle les montants qu’il aurait encaissés et l’accusé réplique : «Chani est revenu sur ses accusations.»

Le juge revient à la charge : «Ce sont vos collègues. Ils vous connaissent, ils auraient pu vous épargner. Pourquoi auraient-ils inventé cette affaire ? Avez-vous des problèmes avec eux ?» L’accusé : «Chani affirme qu’il a subi des pressions. Je n’ai jamais eu de problème avec mes collègues. Comment pourrais-je influencer des cadres ? Un colonel n’est rien, ce ne sont plus les colonels d’avant. Je n’ai aucune influence.»

Le procureur général lui demande si en accompagnant Chani chez Bouchama, il n’a pas rompu l’obligation de réserve. «Chani est un citoyen algérien qui voulait investir en Algérie, il a eu un problème avec la justice qu’il a réglé, le reste relève de sa vie privée. Je suis un officier du Renseignement, si je ne parle avec personne comment puis-je collecter l’information ? Mon travail, c’est d’être avec tout le monde…» Maître Amine Sidhoum tente de revenir sur les «conditions difficiles» dans lesquelles Chani a fait ses aveux.

L’officier reste très évasif. Il refuse d’aller plus loin, mais après insistance de l’avocat, Ouezzane déclare : «Je m’inscris dans un registre académique. J’ai dit que les dépositions ne sont pas les mêmes devant la police judiciaire et le juge. Je ne suis pas un défenseur, mais je dis que l’atmosphère n’était pas la même.»
Salima Tlemçani


Procès de l’autoroute Est-Ouest : L’accusé principal nie tout

par M. Aziza, Le Quotidien d’Oran, 28 avril 2015

Le procès de l’autoroute Est-Ouest s’est poursuivi hier. Après une lecture intégrale de l’arrêt de renvoi durant toute la matinée, l’ex-colonel du DRS, Ouazane Mohamed appelé colonel Khaled, a comparu le premier devant le juge, sur les 23 accusés qui devaient intervenir dans ce procès.

Accusé de trafic d’influence dans cette affaire, le colonel Khaled a affirmé devant le magistrat qu’il n’a usé d’aucun pouvoir, « les colonels d’aujourd’hui n’ont plus la valeur d’antan », a-t-il déclaré. Et de préciser que sa relation avec le principal accusé dans cette affaire, Medjdoub Chani et l’ex-SG du ministère des Travaux publics, Mohamed Bouchama, était une relation amicale voire familiale. Il précise qu’il avait connu Chani en 2006 et Bouchama depuis 1977.

Il a reconnu que Chani lui a demandé de lui présenter le SG du ministère des Travaux publics Bouchama, mais il a affirmé qu’il a refusé et que Chani a pu contacter Bouchama sans son intervention.

Il revient pour affirmer qu’il avait, cependant, accompagné l’accusé principal lors de sa rencontre avec l’ex-SG du ministère Bouchama, et il a été question de lever les blocages rencontrés par les Chinois dans le projet de l’autoroute, et dans le souci de trouver des solutions.

LE 1er accusé appelé à la barre a insisté devant le juge pour relater son parcours professionnel « pour lever », selon ses propos, « tous les amalgames » notamment sur le fait qu’il est un ex- militaire. Il a affirmé qu’il a une trentaine d’années en tant qu’élément du DRS et qu’il a ensuite travaillé dans la communication puis au ministère de la Justice. Il a fait le bilan de ses biens immobiliers devant le juge en affirmant qu’il est redevable à Chani de 17 millions de DA et qu’il possède seulement un appartement à Staoueli après avoir vendu à Chani sa villa à Oran, du fait qu’il était endetté. Si le colonel Khaled était un peu plus à l’aise devant le juge, il a tout même semblé très gêné par les questions du procureur général qui l’interrogeait, où il rencontrait Chani ? Il lui a fait la remarque « comment avez-vous reçu Chani chez vous et dans votre bureau au ministère, sans aucune réserve, sachant qu’il était poursuivi pour dilapidation de deniers publics et il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt, et de surcroît avec le poste que vous occupiez ?»

Le colonel Khaled affirme qu’il avait reçu Chani en tant qu’Algérien. Il a même défendu Chani en précisant que malgré sa double nationalité, il a tout de même investi dans son pays d’origine. « Il compte trois entreprises », a-t-il indiqué qualifiant le SG du ministère des Travaux publics « d’homme très qualifié et compétent ». Bien que Chani avait affirmé dans les PV d’audience qu’il avait une « relation d’intérêt » avec le colonel Khaled, ce dernier persiste en soulignant que leur relation est purement amicale et qu’il n’est pas impliqué dans cette affaire.

Medjdoub Chani, le principal accusé, est passé après le colonel Khaled devant le juge qui lui a demandé directement quelle relation avait-il avec Benachenhou, l’ex-ministre des Finances. Il répond en affirmant qu’il est un financier respecté sur la place luxembourgeoise et qu’il n’est pas inconnu en Algérie. « J’ai connu plusieurs personnalités et le colonel Khaled est le dernier élément des services de sécurité que j’ai connu », a-t-il affirmé.

Chani a ensuite relaté son parcours professionnel devant le juge, du Luxembourg jusqu’à son retour en Algérie et sa relation avec certaines entreprises étrangères. Il a par la suite nié en bloc ses ‘’déclarations contenues dans l’arrêt de renvoi », car elles ont été obtenues, selon lui, ‘’sous la pression ». Il a aussi rejeté les accusations à son encontre et mentionnées dans l’arrêt de renvoi de versement de ‘’pots-de-vin » à des responsables du ministère des Travaux publics en contrepartie de l’obtention de projets pour l’entreprise chinoise Citic-Crcc.

L’audition des accusés se poursuit aujourd’hui en attendant bien évidemment des révélations sur cette affaire qui a fait couler beaucoup d’encre depuis 2009.

Faut-il le noter, la lecture intégrale de l’arrêt de renvoi, réclamée par un des avocats de la défense, au premier jour du procès, s’est poursuivie hier durant toute la matinée. Le greffier a bouclé au dernier souffle le document comportant plus de 250 pages vers les coups de midi. Un rapport qui a été lu en entier des PV des auditions des accusés par la police judiciaire, des PV qui ont motivé l’ouverture d’une enquête judicaire et l’instruction ainsi que les réserves de la défense. L’affaire comprend deux volets. Selon l’arrêt de renvoi, le premier concerne le projet de l’autoroute où Medjdoub Chani est considéré comme principal accusé et le deuxième volet quant à lui concerne des projets de transport comme le métro et le tramway. Les prévenus concernés par ce volet sont poursuivis pour délit.


AFFAIRE DE L’AUTOROUTE EST-OUEST

Le colonel Khaled face au juge

Sans surprise, le procès de l’affaire de l’autoroute Est-Ouest a entamé, hier, sa vitesse de croisière. Ainsi, deux faits marquants ont caractérisé ce second jour du procès. Il s’agit de l’audition de deux mis en cause dans cette affaire, en l’occurrence M. Khaled, l’ex-colonel du DRS, et Chani Medjdoub, et la stratégie mise en place par le magistrat Tayeb Hellali pour arracher le maximum d’aveux, dans un dossier qui reste, aux yeux de tous les observateurs, très «complexe».

Abder Bettache – Alger (Le Soir), Le Soir d’Algérie, 28 avril 2015
Les auditions ont été entamé dans l’après-midi, juste après la fin de la lecture de l’arrêt de renvoi. Un document de 152 pages qui a nécessité une journée et demie de lecture. Le premier appelé à la barre était le colonel Khaled.
Un ex-officier supérieur de l’ANP, ayant occupé, pendant une dizaine d’années, le poste de conseiller du ministre de la Justice en sa qualité de colonel du DRS. Son appel à la barre par le président du tribunal criminel, M. Tayeb Hellali, pour son audition a surpris plus d’un. Personne en s’attendait que l’ex-officier supérieur de l’ANP soit le premier à être entendu par le tribunal criminel, d’autant que le mis en cause a été poursuivi pour des chefs d’inculpation relevant de la correctionnelle. Brun, longiligne, et portant un costume sombre, le colonel Khaled, de son vrai nom Ouazane Mohamed, a entamé son témoignage en relatant son parcours professionnel. «Je suis sortant de l’Ecole nationale d’administration de la filière diplomatie. Pour des raisons familiales, j’ai effectué une carrière de militaire et depuis, j’ai assuré plusieurs responsabilités tant en Algérie qu’à l’étranger, jusqu’à mon dernier poste en ma qualité de conseiller au niveau du ministère de la Justice», explique-t-il. C’est à ce moment précis que le magistrat lui demande de lui raconter sa relation avec Chani Medjdoub. Mais, l’ex-colonel du DRS a insisté auprès du magistrat pour expliquer notamment la nature de sa relation avec l’ex-secrétaire général du ministère des Travaux publics, M. Mohamed Bouchama.

«Ma relation avec Chani était familiale»

Le témoignage du colonel Khaled est attentivement suivi par l’assistance. De par le poste de responsabilité au moment des faits, son témoignage est considéré, dès lors, comme capital pour «comprendre les dessous de cette affaire».
Poursuivant son témoignage, il relate au tribunal comment il a connu Chani : «C’était après qu’il fut rentré en Algérie et vidé son mandat d’arrêt dans l’affaire du Fonds algéro-koweïtien pour l’investissement (FAKI). Chani a été condamné et s’est pourvu en appel. On m’a demandé de l’aider au début, ce que j’ai refusé en disant à des amis communs qu’il fallait suivre la procédure. C’est ce qui a été fait.»
Et de poursuivre : «J’ai connu Chani en 2006. Et Bouchama, depuis une quarantaine d’années. Chani est venu me voir pour lui présenter Bouchama, alors secrétaire général du ministère des Travaux publics. J’ai refusé jusqu’à ce qu’il le rencontre à travers Melzi. Ensuite, Chani m’a informé de sa rencontre et je l’ai accompagné par la suite. Chani a présenté à Bouchama la série de blocages rencontrés par les Chinois dans le projet de l’autoroute.»
A ce moment précis, le juge Tayeb Hellali l’interrompt : «Comment se fait-il que tout colonel que vous étiez et de surcroît conseiller au ministère de la Justice, vous interveniez pour le compte de quelqu’un qui est poursuivi en justice ?» «Absolument pas, M. le président. Je ne suis pas intervenu pour lui et en plus, c’est une fois qu’il a réglé ses problèmes avec la justice. Ma relation avec Chani Medjdoub était purement familiale. C’était presqu’un cousin. Il venait chez moi et connaissait toute ma famille», rétorque-t-il.

«J’étais reçu par Omar Bongo»

En parfait connaisseur du dossier, le juge Hellali rappelle à l’inculpé toutes les sommes qu’il a perçues de Chani (1,8 milliard, achat de villas, etc). Une accusation que l’ex-colonel a réfutée, d’où la réaction du juge : «Il vous a payé pour service rendu.» Une déclaration que le mis en cause a encore une fois rejetée.
Il est 15 h 45. L’audition de l’ex-colonel dure depuis une heure et quelques minutes. Le procureur de la République tente, lui aussi, d’arracher des vœux. Mais en vain.
L’accusation demande à l’accusé où il rencontrait Chani, «à la maison, au ministère, sachant qu’il était poursuivi pour dilapidation de deniers publics et avec la sensibilité du poste que vous occupiez ?» A chaque fois, il les rejette. Chani Medjdoub est le second mis en cause à être appelé à la barre. Moment de vérité. Mouvement des robes noires. Tous les regards sont braqués vers le mis en cause. Que dira-t-il ? Et surtout qui est Chani Medjdoub ? Ce dernier, maîtrisant l’art de la communication, présente son CV.
«Je ne suis pas un inconnu en Algérie. Le colonel Khaled est le dernier élément des services de sécurité que j’ai connu. J’ai des amis dans ces services depuis les années 1990. Je suis un financier respecté sur la place luxembourgeoise. J’étais à la tête d’une délégation chinoise qui a visité le Gabon et j’étais reçu par feu Omar Bongo», dira-t-il. Il explique au juge ses activités et ses relations de travail avec le Chinois.
Il fait part, également, des conditions de son interpellation, de sa détention et les «tortures morales subies». Au juge, il dira que ce dossier est «politique et moi je n’ai rien à voir dedans. Je suis un financier et un homme d’affaires». Puis il éclate en sanglots, lorsqu’il évoque sa mère et ses enfants. Grande émotion dans la salle. L’audition de Chani se poursuit. Il est 17h 15. Le juge passe à l’offensive et pousse l’accusé à la contradiction, notamment sur cette question d’argent qui lui a été versé par les Chinois.
«L’argent qui vous a été versé par les Chinois ne concerne que le projet de l’autoroute, il n’y a aucun document sur le Gabon», lui dit le juge Hellali. Chani marque un temps d’arrêt. Sa défense intervient et demande la suspension de l’audition. Cette dernière est suspendue pour qu’elle soit reprise aujourd’hui.
A. B.