L’opposition à propos de la première année de Tebboune au pouvoir : «Stagnation politique et incertitudes !»

Nabila Amir, El Watan, 13 décembre 2020

Zoubida Assoul, avocate et présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), parle d’«une année des échecs». Selon elle, Tebboune, dont l’élection a été rejetée par le mouvement populaire, n’a pas «tenu ses promesses».

Une année après son élection à la tête du pays, la classe politique et des observateurs de la scène nationale soulignent que l’Algérie «n’a jamais été aussi exposée à toutes les incertitudes». Atmane Mazouz, secrétaire national à la communication du RCD, affirme qu’en une année du mandat du chef de l’Etat, «le pays a connu les pires régressions».

Le pouvoir de fait, lui, a fait emprunter au pays le sens inverse de l’histoire des développements des nations : «atteintes aux libertés par la criminalisation de l’action politique, instrumentalisation des appareils judiciaires et sécuritaires, faillite économique, régression sociale, et le bilan est catastrophique à tous les niveaux», tranche M. Mazouz.

Le parti dirigé par Mohcine Belabbas pense que, durant cette année, le pays est un «bateau sans commandant» où «les intérêts claniques pour le maintien du système sont une priorité au détriment des intérêts de la nation».

Le pire, craint M. Mazouz, est à venir à défaut d’un sursaut patriotique par la remise du destin du pays entre les mains du peuple pour permettre un redressement national.

Le FFS dresse un bilan tout aussi négatif. Pour le plus vieux parti de l’opposition, une année après l’élection présidentielle «imposée d’une manière unilatérale au peuple algérien», le pays «n’a jamais été aussi exposé à toutes les incertitudes».

Sur le plan interne, le Dr Belahcel Hakim, membre de l’instance présidentielle du parti de feu Aït Ahmed, relève que nous assistons au renforcement de la «stagnation politique» avec ses «retombées désastreuses» sur la situation socioéconomique : «En l’absence d’une véritable volonté politique de la part des décideurs de s’inscrire, enfin, dans une dynamique de changement pour aller dans le sens des aspirations populaires, le maintien de la gestion par la répression et le louvoiement, aujourd’hui, c’est la souveraineté nationale qui est menacée par les bouleversements géostratégiques qui minent nos frontières».

Zoubida Assoul, avocate et présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), parle d’«une année des échecs». Selon elle, Tebboune, dont l’élection a été rejetée par le mouvement populaire, n’a pas «tenu ses promesses».

«Les limites de la gestion politique»

«Il n’a tendu la main ni au hirak ni à l’opposition et il a initié unilatéralement l’amendement de la Constitution en restant en ligne droite avec le système en place. Un système qui depuis 1962 n’a pas respecté les différentes Constitutions», souligne l’avocate. L’autre «échec» est le référendum dont le verdict était sans appel avec 77% du corps électoral qui ont dit «non» au projet proposé par Tebboune.

Depuis son arrivée à la tête de l’Etat, le pays a connu, note Mme Assoul, une «escalade de répression avec un harcèlement judiciaire continue» contre les militants du hirak, de l’opposition et des partis politiques.

En matière de liberté de la presse, elle précise que cette année a été marquée par la mise sous contrôle judiciaire ou encore l’emprisonnement de journalistes, la censure de plusieurs médias électroniques et la soumission de l’activité en ligne à une autorisation du ministère de la Communication.

La présidente de l’UCP rappelle la phrase phare de Tebboune concernant notre système de santé : «L’Algérie, a-t-il dit, a le meilleur système de santé en Afrique, mais en tombant malade, Tebboune est évacué à l’étranger et la première année de son mandat se termine sans sa présence dans le pays.

La communication sur son état de santé laisse à désirer, sans oublier la gestion catastrophique de la pandémie de Covid-19. Un énième échec.» Abderrazak Makri du MSP estime que nous sommes dans la «continuité» et a évoqué un «recyclage» du système qui recourt aux mêmes pratiques.

Une année après l’élection du 12/12, le constat est presque unanime chez non seulement l’opposition politique, mais aussi les acteurs du hirak et les défenseurs des droits de l’homme : le pays n’a pas fait beaucoup de progrès vers le renouveau escompté.

Pour certains, la maladie surprise du Président pourrait même signifier un retour à la case départ. Hakim Addad, militant politique et ancien président du Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), note qu’une année «après le simulacre de l’élection présidentielle, c’est l’échec. Cette élection ne lui a pas permis d’avoir une légitimité». «Depuis, nous avons eu des détenus d’opinion par centaines. Une presse indépendante suspendue ou interdite.

Des associations, partis, syndicats et forums citoyens réprimés et empêchés d’activer. Et comme un retour à la case départ, une si longue absence du chef de l’Etat. En fait, à part la forte répression et une gestion chaotique et aléatoire de la pandémie, rien de nouveau n’est à signer», estime Addad.

Fersaoui, président de RAJ, ne dresse pas un bilan de Tebboune mais de celui du régime qui «l’a imposé» : «Le choix de la solution constitutionnelle à la crise politique profonde du pays imposée par le pouvoir a montré une nouvelle fois ses limites, nous sommes revenus à la case départ, notamment avec la maladie du chef de l’Etat dont l’information et la communication sur son état de santé ont été très opaques.» Le pouvoir, selon Fersaoui, a fait perdre à l’Algérie presque deux années.