Une année de présidence de Abdelmadjid Tebboune : Les rendez-vous manqués du Président

Amel Blidi, El Watan, 12 décembre 2020

Lors de sa prestation de serment, Abdelmadjid Tebboune avait réitéré ses engagements d’un programme en complète rupture avec le système Bouteflika.

Cela fait maintenant une année que Abdelmadjid Tebboune a été élu président de la République, lors d’un scrutin électoral du 12 décembre 2019, marqué par une contestation massive et une abstention record.

Aux manifestations qui contestaient son élection, le président Tebboune, qui devait combler le déficit de la légitimité, promettait de «tendre la main au hirak» et répondre à la crise politique et financière à laquelle faisait face le pays.

Une année plus tard, la «nouvelle Algérie» promise par le Président tarde à voir le jour, tant les crises politiques et financières sont aggravées par une crise sanitaire et son lot de conséquences.

Cerise sur le gâteau : son absence prolongée due à une hospitalisation à l’étranger donne aux Algériens une impression de retour à la case départ.

Lors de sa prestation de serment, Abdelmadjid Tebboune a réitéré ses engagements d’un programme en complète rupture avec le système Bouteflika.

La nouvelle Constitution devait, à l’en croire, constituer la réponse aux revendications du hirak populaire (auquel les tenants du régime rajoutent le terme «originel» ainsi que «la pierre angulaire» pour l’édification de «l’Algérie nouvelle».

Le moins que l’on puisse dire est que le rendez-vous référendaire a tourné à la débâcle, mettant en lumière un électorat désabusé et des hommes politiques qui peinent à convaincre.

D’abord, parce que la campagne référendaire ressemblait à toutes celles menées par l’ancien régime, avec les meetings organisés par les partis FLN et RND et en l’absence de toute voix dissonante (quelques partis, notamment les islamistes qui contestaient le texte, n’ont pas eu le droit d’organiser de meetings).

Puis, le référendum a été marqué par une abstention record (un résultat encore plus décevant que celui de la présidentielle du 12/12), signal d’une défiance de la population vis-à-vis de ses gouvernants.

Enfin et surtout, le «festival démocratique» promis par les tenants de la révision constitutionnelle s’est tenu en l’absence de son principal promoteur, le président Abdelmadjid Tebboune, en exil sanitaire pour cause de Covid, nous a-t-on dit quelques jours plus tard.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si le Président – dont aucune image n’a été diffusée depuis sa maladie – pourra signer le texte de la Loi fondamentale dans les délais impartis.

Le fait est, par ailleurs, que le gouvernement a émis des signaux contradictoires sur le plan politique, élargissant, de manière épisodique, les détenus politiques d’un côté et intensifiant l’intimidation et l’acharnement judiciaire sur les figures de proue du hirak et de simples citoyens, de l’autre.
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Et en dépit des révélations tonitruantes sur la manière dont certains députés ont pu obtenir leurs sièges, faites lors des procès de l’ex-député Bahaeddine Tliba et du fils de l’ancien secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, rien n’a été fait pour gagner la confiance des citoyens vis-à-vis du personnel politique, donnant l’impression de fonctionner comme par le passé.

Crise économique

L’arrivée de Tebboune au pouvoir était marquée par une situation économique désastreuse – pour laquelle il ne peut être tenu pour responsable – qui se manifeste par l’épuisement des réserves de change, d’importants déficits publics et une forte dévaluation du dinar.

Malgré les promesses de la diversification de l’économie algérienne et un activisme gouvernemental en faveur du développement des start-up, rien n’a été fait pour réduire les dépenses publiques et le train de vie de l’Etat.

Aussi, la récupération de l’argent volé lors des décennies Bouteflika, l’une des promesses-phares du président Tebboune, semble avoir été rangée au rayon des illusions perdues, la «contre-khota» (contre-plan) de Tebboune pour récupérer l’argent volé demeurant encore floue.

Crise sanitaire

L’un des exemples les plus frappants de cette première année de règne sur le plan économique est sans aucun doute la gestion de la crise des liquidités pour laquelle le Président a incriminé, lors d’une intervention médiatique le 12 août, un «complot» et dénoncé «un vieillard, né en 1911», qui aurait retiré d’importantes sommes d’Algérie Poste.

La première année du mandat du président Tebboune aura également été celle de la propagation de la pandémie du nouveau coronavirus.

La crise sanitaire a fait taire les voix du hirak et vidé les rues de ses manifestants, mais elle aura également révélé les failles de la gestion sanitaire.

Pour faire oublier l’image d’un Président absent à laquelle les Algériens se sont habitués depuis la maladie de Abdelaziz Bouteflika, Tebboune s’est échiné, avant même le début de la pandémie, à multiplier les interventions médiatiques à travers des entrevues hebdomadaires avec la presse algérienne diffusées sur la chaîne publique.

Mais la maladie puis la convalescence du Président auront eu raison de cet activisme.

Son hospitalisatio n à l’étranger, les bulletins laconiques et les rumeurs débridées sur son état de santé (du fait d’une mauvaise communication sur le sujet) ayant rappelé aux Algériens le triste souvenir de la vacance du pouvoir de son prédécesseur, celui d’un Etat fonctionnant au ralenti et des chantiers contrariés.

Il y a aujourd’hui comme un air de «déjà-vu» qui flotte sur le palais d’El Mouradia. Un ultime bégaiement de l’histoire.