État des droits de l’homme en algérie durant l’année 2020

Dur !

Liberté, 10 décembre 2020

L’année 2020 a été sans doute l’une des plus dures pour les droits de la personne humaine en Algérie. Alors qu’on célèbre, aujourd’hui, le 72e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, des dizaines de militants politiques et associatifs sont poursuivis, condamnés et emprisonnés pour des délits d’opinion.

“La situation des droits de l’Homme en Algérie ? Il suffit d’observer la recrudescence des interpellations des hirakistes, la multiplication des procès intentés contre des citoyens qui ont juste exprimé leur opinion, l’augmentation des tentatives d’émigration clandestine, le resserrement de l’étau autour des activités politiques et associatives pour se rendre compte que nous sommes loin, très loin de constituer un exemple”, analysait, il y a quelques mois, le défunt Messaoud Babadji, enseignant universitaire et militant des droits de l’Homme.

Pour le disparu comme pour de très nombreux défenseurs des droits humains, le temps du respect des droits de l’Homme n’est pas encore venu. Malgré les textes, malgré les engagements. S’il fallait une preuve, une seule : la condamnation à la prison d’un militant des droits de l’Homme, de surcroît vice-président de la Laddh, le jour anniversaire de l’adoption par l’ONU de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH). En effet, le 10 décembre 2019, Kaddour Chouicha avait été condamné à une année de prison ferme par le tribunal d’Oran à l’issue d’un procès aux puissants relents politiques.

Très actif dans le Hirak, Chouicha devait être écarté pour faire place nette à l’organisation d’une élection présidentielle rejetée par une grande partie de la population. Le cas Chouicha n’est pas isolé, loin s’en faut. Dans presque toutes les wilayas du pays, des hirakistes, des journalistes, de simples citoyens seront interpellés, mis en garde à vue et présentés devant la justice. Certains sont connus : le défunt Lakhdar Bouregâa, Karim Tabbou, Khaled Drareni, Fodil Boumala, Samira Messouci, Rachid Nekkaz, Brahim Daouadji, Brahim Laâlami, Toufik Hassani… sont tous passés par la case prison pour leur adhésion au Hirak et leur refus de la compromission avec le pouvoir. Des centaines d’autres militants ou simples citoyens seront traînés devant la justice pour avoir brandi une pancarte, publié un commentaire sur les réseaux sociaux ou pour être accidentellement passés sur les lieux d’une interpellation.

En plus des différentes chartes et conventions internationales portant sur les droits de l’Homme que l’Algérie a ratifiées, à l’instar de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la législation algérienne prévoit pourtant des textes de loi qui protègent les libertés fondamentales des citoyens et leurs droits individuels et collectifs. Mais en l’absence de l’indépendance de la justice, qui constitue l’une des revendications majeures du Hirak, ces textes ne semblent pas valoir grand-chose face à la domination de l’exécutif. Une ascendance qui s’est exprimée de manière “indécente” le 3 novembre 2019, lorsque les magistrats en grève ont été violentés à l’intérieur même d’une salle d’audience du Palais de justice d’Oran.

“Un jour funeste qui démontre ce que valent en Algérie la justice et le droit”, avait pleuré une magistrate qui avait l’habitude de réquisitionner le corps de sécurité dans le cadre de son travail. Aujourd’hui, alors que le monde commémore le 72e anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le constat est amer : en 2020, plus de 80 personnes en lien avec le “Hirak béni” sont actuellement en prison, selon les chiffres du Comité national pour la libération des détenus, des centaines d’autres se trouvent sous le coup de poursuites judiciaires, les interpellations se poursuivent, les tentatives d’émigration clandestine ont explosé, des médias subissent des interdictions de diffuser, des citoyens sont convoqués par la police, parfois, par un simple coup de téléphone, et toute velléité de manifestation pacifique est réprimée. C’est dire que la situation des droits de l’Homme est loin d’être reluisante en Algérie.

 

S. Ould Ali