Palestine, Maroc et Sahara occidental : le dernier fait accompli de Trump   

Ryad Hamadi, TSA, 10 décembre 2020

C’est un véritable tournant pour les causes palestinienne et du Sahara occidental et pour les relations israélo-arabes. Le président américain Donald Trump a annoncé ce jeudi 10 décembre l’acceptation par le Maroc et Israël de normaliser leurs relations sous l’égide des Etats-Unis.

Et concomitamment, la reconnaissance par ces derniers de « la souveraineté du Maroc » sur le Sahara occidental qu’il occupe depuis 45 ans. Ce qui n’était que supputations depuis quelques mois, vient donc de se confirmer officiellement. 

Le Royaume du Maroc devient le sixième Etat arabe (après l’Egypte, la Jordanie, les Emirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan) et le premier du Maghreb à reconnaître Israël.

Les relations entre le royaume et Israël, par le biais notamment d’une forte communauté israélienne d’origine marocaine, étaient en fait un secret de polichinelle, notamment dans le domaine économique et commercial.

Une relation jamais assumée officiellement par le Maroc dont le roi est d’ailleurs le président du Comité el Qods, une structure créée par l’Organisation de la conférence islamique pour soutenir la lutte du peuple palestinien.

C’est en cette qualité que Mohamed VI avait interpellé Donald Trump en 2017 lorsqu’il avait annoncé le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv vers Jérusalem.

Paradoxalement, c’est au moment où Israéliens et Américains ont imposé le fait accompli par le transfert de l’ambassade US et la poursuite de la politique de colonisation, que le Maroc cède et accepte de reconnaître Israël sans contrepartie pour la cause palestinienne.

Avant le Maroc, les Emirats et Bahreïn avaient annoncé respectivement en août et en septembre derniers la conclusion d’accords pour une normalisation des relations avec Tel-Aviv.

A l’issue de la signature des accords en septembre à la Maison blanche, le président américain avait annoncé que cinq autres pays arabes avaient donné leur accord pour emboîter le pas aux deux Etats du Golfe. Depuis, le Maroc figurait dans tous les pronostics des analystes qui tentaient d’identifier ces cinq Etats, tant le rapprochement entre le royaume et Israël n’est plus un secret pour personne depuis quelques années.

Si, pour la cause Palestinienne, la décision du Maroc s’est faite sans contrepartie, ce n’est pas le cas pour ses intérêts dans le dossier du Sahara occidental puisque simultanément, l’administration américaine a annoncé qu’elle reconnaissait la souveraineté du royaume sur ce territoire, classé par l’ONU comme territoire occupé.

L’annonce survient un mois après le début de la dégradation de la situation au Sahara occidental après l’agression des forces marocaines sur des manifestants dans la zone tampon de Guerguerat et la riposte du Front Polisario qui a décidé de se retirer de l’accord de cessez-le-feu en vigueur depuis 1991.

Elle survient aussi, et il est important de le souligner, un peu plus d’un mois avant le départ de Donald Trump de la Maison blanche, prévu le 20 janvier prochain.

En précipitant tant de dossiers dans les derniers mois de sa présidence, Trump achève de servir ses alliés israéliens et met son successeur Joe Biden, qui a ses propres orientations de politique étrangère, devant une sorte de fait accompli.

Même si, du moins pour la position américaine vis-à-vis du conflit sahraoui, il n’y a rien d’irréversible. Reste à savoir maintenant comment l’opinion marocaine, très favorable à la cause palestinienne, accueillera la nouvelle de la normalisation des relations de son pays avec Israël.