« Affaire Autoroute Est-Ouest »: l’arrêt de renvoi cite plusieurs responsables jamais inquiétés par la justice

« Affaire Autoroute Est-Ouest »: l’arrêt de renvoi cite plusieurs responsables jamais inquiétés par la justice

Lyas Hallas, Maghreb Emergent, 26 avril 2015

Le procès de l’affaire de l’autoroute est-ouest a repris dimanche 26 avril. Selon l’ordonnance de renvoi le ministre des Transports, Amar Ghoul, aurait touché son « dû » par le biais de Tayeb Kouidri, et Sid Ahmed Addou aurait été l’intermédiaire de l’entreprise française Razel qui, pour décrocher le marché du barrage Tabellout (Jijel, 160 millions d’euros) aurait eu l’accord d’un proche de Abdelmalek Sellal, à l’époque ministre des Ressources en eau, pour toucher une commission de 1%.

Le procès de « l’affaire de l’autoroute Est-Ouest », qui a repris aujourd’hui, est sorti de l’impasse vers laquelle la stratégie de défense de Chani Medjoub l’avait mené la semaine dernière. Ce dernier a montré plus de souplesse. Le collectif de ses avocats s’est reconstitué et il a accepté que les arguments sur les violations de la procédure pénale soient adjoints au débat du fond de l’affaire. A noter ici que le Français Me William Bourdon et le Luxembourgeois Me Philippe Penning n’étaient pas présent aujourd’hui à la Cour d’Alger.

16 personnes sont poursuivies pour corruption dans l’affaire de l’autoroute Est-ouest et d’autres projets de travaux publics et de transports à Alger. Ils doivent répondre des chefs d’accusation d' »association de malfaiteurs, d’abus de pouvoir, de corruption, de blanchiment d’argent, de non-respect de la règlementation relative aux change et aux mouvements des capitaux de et vers l’étranger et de dilapidation de deniers publics ». Ils auraient reçu des pots-de-vin de compagnies étrangères qui voulaient obtenir, par des « moyens détournés », des marchés dans les secteurs des travaux publics et transports. Sept sociétés et consortiums étrangers (Chine, Suisse, Japon, Portugal, Espagne, Canada et Italie) sont impliqués dans cette affaire.

La journée d’aujourd’hui, consacrée pour l’essentiel à la lecture de l’ordonnance de renvoi, a été levée vers 17 h, et il restait à lire 25 pages sur les 150 que compte ce document. Le procès reprendra demain à partir de 9h 30 et il prendra le temps qu’il faudra, a déclaré le juge Tayeb Hellali.

La lecture de l’ordonnance de renvoi aujourd’hui a rappelé des faits révélés à l’opinion publique au fur et mesure de l’instruction. Maghreb Emergent s’en était fait l’écho à travers une série d’articles. Les inculpés vont être jugés sur la base de cette ordonnance qui récapitule les faits révélés par l’instruction et où sont cités des ministres qui n’ont jamais, toutefois, été inquiétés par le juge d’instruction. Selon cette ordonnance, en effet, le ministre des Transports, Amar Ghoul, aurait touché son « dû » par le biais de Tayeb Kouidri, en fuite, et l’ex-ministre Abdellatif Benachenhou aurait suggéré au principal accusé Chani Medjoub de prendre attache avec Nasreddine Bousaïd dit « Sacha » pour qu’il le mette en contact avec les Chinois de CITIC qui décrochera le marché des lots centre et ouest de l’autoroute Est-Ouest.

L’ordonnance de renvoi indique également que Sid Ahmed Addou a été l’intermédiaire de l’entreprise française Razel qui a pu décrocher le marché du barrage Tabellout de Jijel pour 160 millions d’euros. L’accusé y affirme que pour le décrocher, il a eu l’accord d’un certain Abderrahmane Dahmane, un proche d’Abdelmalek Sellal, l’actuel Premier ministre, à l’époque ministre des Ressources en eau, pour toucher une commission de 1%. Le document indique également que cette commission convenue avec ce proche de l’actuel Premier ministre ne lui a pas été versée au final.

Les débats sur le fond révèleront-il de nouveaux éléments qui pourraient éclairer l’opinion sur les rôles qu’auraient joués les ministres cités par les différents protagonistes dans l’attribution de ces marchés publics ?