Conflit du Sahara Occidental : Le Maroc veut enrôler des migrants subsahariens

A. Z., El Watan, 28 novembre 2020

Le Maroc veut incorporer des Subsahariens dans les rangs de son armée de terre. Selon le journal El Espanol, les autorités marocaines envisagent de changer la loi sur les recrutements militaires afin que les Forces armées royales (FAR) puissent élargir leur campagne de recrutement aux résidents subsahariens.

Enlisé dans la guerre au Sahara occidental qu’il a provoqué en violant le cessez-le-feu signé en 1991 avec le Front Polisario, le Maroc se trouve aujourd’hui dans le besoin de renforcer ses troupes terrestres, majoritairement déployées tout au long du mur sur les territoires sahraouis. La reprise des armes par le Front Polisario le 14 novembre a mis les forces marocaines à rudes épreuves.

Si elle a acquis ces dernières années beaucoup d’armes, essentiellement auprès des Etats-Unis, l’armée marocaine manque néanmoins d’effectifs pour tenter de maintenir ses positions face au Front Polisario qui annonce la poursuite des attaques et des bombardements des positions militaires marocaines sur l’ensemble du territoire du Sahara occidental.

Les 175 000 soldats actifs et les 150 000 réservistes ne semblent pas suffire pour «sécuriser» le mur de sable long de 2700 km, érigé par le Maroc pour se protéger des assauts des forces du Front Polisario et empêcher leur éventuelle progression vers les territoires occupés.

Le Maroc, faut-il le préciser, s’est déjà retiré en 2018 de la coalition arabe sous l’égide de l’Arabie Saoudite pour la guerre au Yémen afin de renforcer ses troupes au Sahara occidental où le Front Polisario menaçait déjà de reprendre les armes.

Selon le journal El Espanol, le Maroc a déjà modifié la loi sur le service national, rendant obligatoire ce dernier. La prochaine étape pour le royaume, estime ce journal qui cite des sources marocaines travaillant sur les migrants, c’est la naturalisation des migrants subsahariens afin de les incorporer dans son armée. «Pour le moment, il ne s’adresse qu’aux Marocains d’origine sans casier judiciaire.

Cependant, la loi pourrait être modifiée pour élargir le recrutement aux résidents originaires de l’Afrique subsaharienne», souligne El Espanol, selon lequel une «source à Rabat lui a expliqué que rien n’est encore connu officiellement, mais ce serait très logique d’aller vers ces recrutements dans le contexte actuel».

La même source ajoute que cela pourrait se faire après les élections prévues pour 2021 et la formation d’un nouveau gouvernement. Si cette information s’avère juste, le pouvoir marocain utiliserait donc des recrues subsahariennes comme chair à canons dans ce conflit armé qu’il a ouvert avec le Front Polisario et qui risque de durer longtemps.

Le Maroc est connu pour son utilisation de la carte des migrants pour servir ses intérêts. Actuellement, indique le journal El Espanol qui cite un document confidentiel des services de renseignement espagnols, le Maroc «met à exécution un plan visant à annexer Ceuta et Mellila». Il s’agit d’une forte pression sur le gouvernement espagnol à travers les flux migratoires et l’étouffement économique de ces deux enclaves espagnoles. «Cette manœuvre aurait été accentuée depuis mars 2020, lorsque la pandémie est devenue une ‘‘excuse de plus’’, la parfaite pour fermer les deux frontières. Le but ultime serait de conquérir les deux territoires.

Le Maroc poursuit sa campagne pour accroître la pression diplomatique sur les villes de Ceuta et Melilla, les menaçant de futurs litiges», indique ce journal qui se réfère au document des services de renseignement espagnols.

Aussi, ajoute le même média, le Maroc «a levé la pied en matière de contrôles d’immigration, ce qui a conduit à des flux incessants d’immigrants sur les côtes espagnoles, principalement aux îles Canaries». Cela pour faire pression sur le gouvernement espagnol. Des pressions qui sont étroitement liées au conflit avec le Front Polisario. Les autorités marocaines tentent d’obtenir un soutien franc du gouvernement espagnol. «Selon que le soutien du gouvernement espagnol soit plus ou moins grand dans cette guerre, les autorités marocaines élargissent ou réduisent la surveillance du contrôle de leurs frontières et le suivi des migrations qui en résulte», souligne ce journal. Ainsi, le Maroc utilise l’immigration massive et irrégulière comme carte de pression sur les autorités espagnoles. Une forme de chantage pour obtenir ce qu’il veut.

Le gouvernement espagnol n’a pas fait de déclaration officielle sur la reprise du conflit armé entre le Front Polisario et le Maroc. «Et les autorités marocaines profitent de l’indécision de Pedro Sánchez, président du gouvernement espagnol, pour continuer à lever le pied à ses frontières pour encourager les flux migratoires vers nos côtes», précise El Espanol, selon lequel, «les îles Canaries connaissent la pire crise migratoire de la dernière décennie.

S’il n’est pas remédié à cette situation, cette crise deviendra, d’ici la fin de l’année, la plus grave du siècle». Ainsi donc, pour le makhzen, tous les moyens sont bons pour faire avancer ses intérêts dans la région, même en utilisant les candidats à l’immigration irrégulière.