Libération et condamnation des détenus d’opinion : «Les incohérences et les contradictions de la justice»

Nabila Amir, El Watan, 26 novembre 2020

Fait inédit : dans la même journée d’hier, la même justice prononce un acquittement pour la militante du Parti des travailleurs (PT), Souilah Chahinez, elle condamne à un an de prison ferme l’activiste Yacine Mebarki et on procède à l’arrestation devant le ministère du Travail de manifestants pacifiques.

Si le parti dirigé par Louisa Hanoune se réjouit de l’acquittement de sa militante et membre du bureau politique et parle de la victoire du droit contre l’injustice, il s’insurge contre les condamnations arbitraires et contre ce qu’il qualifie «d’incohérence», «de contradiction» et de «bicéphalisme».

«Hier, pour les mêmes chefs d’inculpation, certaines personnes ont été libérées et d’autres ont été condamnées. Nous avons l’impression que nous sommes face à un système avec deux têtes», tranche Ramdane Taazbit.

Lorsque, dit-il, la vie politique est régentée par la justice où chaque juge interprète comme bon lui semble les lois de la République, c’est une atteinte flagrante à la démocratie.

Pour les militants des droits de l’homme et les acteurs politiques, la justice n’a pas à s’immiscer dans les affaires politiques. «La démocratie stipule que la justice doit être indépendante. Le contraire c’est de l’autoritarisme», notent-ils.

Ces militants politiques pointent également du doigt le code pénal, amendé il y a quelques mois, et qui ouvre, selon eux, la voie aux dérapages auxquels nous sommes en train d’assister aujourd’hui lors de ces multiples procès.

«Sous prétexte de la lutte contre la cybercriminalité, on colle des chefs d’inculpation, comme ‘‘atteinte au moral de l’armée, à l’unité nationale, aux corps constitués’’ prononcés sur n’importe quelle opinion ou action politique. Ceci est grave.» Tous revendiquent l’abrogation immédiatement de ce texte liberticide et que cesse le harcèlement judiciaire.

Souilah Chahinez, membre du politique du PT, a été convoquée par le tribunal de Jijel pour «outrage à corps constitué», l’accusation portée contre cette activiste du hirak est en relation avec le partage sur sa page Facebook d’une photo montrant une manifestation de femmes à l’occasion du 8 Mars à Alger, dans laquelle des femmes ont été brutalisées par des policiers et à laquelle elle a joint le commentaire suivant : «Les femmes n’ont pas besoin de roses, mais elles méritent du respect et de la considération.» Pour le PT, c’est l’action politique organisée qui est judiciarisée.