Pic de contaminations à la Covid-19 à Constantine : Une réalité qui provoque la panique

S. Arslan, El Watan, 23 novembre 2020

Pour la première fois depuis huit mois, la wilaya de Constantine a atteint le pic de contaminations, devançant Alger (181 cas/j), enregistrant ainsi 2556 cas positifs.

Huit mois après la déclaration du premier cas de coronavirus en Algérie, et avec l’arrivée de la deuxième vague de la pandémie, beaucoup plus virulente, les Constantinois commencent à découvrir une réalité plus dure, celle des chiffres des contaminations qui ne cessent de prendre de la hauteur depuis le début du mois de novembre.

Vendredi dernier, le nombre de 197 cas est tombé tel un couperet pour des citoyens qui croyaient que leur wilaya n’était pas encore dans la ligne du danger, après une accalmie qui a duré près de trois mois.

Pour la première fois depuis huit mois, la wilaya de Constantine a atteint le pic de contaminations, devançant Alger (181 cas), enregistrant ainsi 2556 cas positifs.

La réalité est bien là, choquante, et provoquant la panique ressentie à travers les réactions des internautes sur les réseaux sociaux. « Pourtant, cinq jours auparavant, soit dimanche 15 novembre, la wilaya avait enregistré 70 cas ; c’était un avertissement au vu de l’évolution de l’épidémie, même si ce chiffre était descendu à 35 cas le lendemain, mais on sentait que le danger prenait de l’ampleur, surtout après les cas recensés en milieu scolaire et l’insouciance des citoyens qui continuaient à faire fi des mesures barrières», a révélé un médecin exerçant à l’hôpital d’El Khroub.

Des citoyens se sont dits indignés par les comportements irresponsables de certains qui organisent des fêtes de mariage rassemblant des dizaines de personnes dans des appartements exigus, comme cela s’est produit vendredi à Ali Mendjeli. La suite est connue.

Des hôpitaux en difficulté

Dans les hôpitaux de la wilaya, notamment ceux abritant des services Covid (CHU Ben Badis, El Bir, El Khroub et Didouche Mourad), c’est la confusion totale. Le personnel est complètement débordé.

Les médecins abordés sur la situation des services et la prise en charge des malades refusent de faire des déclarations à la presse, par peur de mesures disciplinaires.

Mêmes les chefs de service et les professeurs ont été sommés de ne plus recevoir les journalistes sans passer par leurs directions.

Ces dernières n’ont jamais voulu communiquer le nombre réel des cas admis, alors que celui des décès est gardé comme un secret.

A la direction de la santé, c’est le black-out total. «Nous continuons de travailler dans des conditions difficiles, face à cette recrudescence et avec des moyens de protection insuffisants, bien que les responsables de certains hôpitaux se démènent pour acquérir les équipements de soins, mais cela reste insignifiant face au rush des patients vers les services des consultations ces derniers jours, où on est obligés de les recevoir en dépit du nombre insuffisant de lits, notamment en réanimation, une situation que nous gérons au quotidien», révèle un praticien qui a requis l’anonymat.
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Pour rappel, au début du mois, les spécialistes de la santé à Constantine avaient déjà tiré la sonnette d’alarme, en avisant que la situation risquera d’atteindre des pics dans le nombre des contaminations, alors que les autorités avaient annoncé l’éventualité d’ouverture de nouveaux centres d’accueil pour les malades en cas de saturation des hôpitaux.

Jusqu’à ce jour, ces mesures ne sont pas encore inscrites sur les tablettes des autorités. «En l’absence d’études épidémiologiques sérieuses, on reste encore dans le flou, ne sachant plus si cette hausse vertigineuse du nombre des cas est due à des contaminations en milieu professionnel, scolaire ou autres», commente une enseignante universitaire.

Des dizaines de cas en milieu scolaire

C’est d’ailleurs le sujet qui continue d’alimenter les débats depuis la rentrée scolaire du 21 octobre dernier, surtout que le nombre des contaminations ne cesse d’augmenter parmi les enseignants et les travailleurs, alors que le protocole sanitaire mis en place par le ministère de tutelle peine à être appliqué faute de moyens. Cette situation a provoqué le courroux des parents d’élèves.

Mais les inquiétudes ont commencé à se manifester avec l’apparition des premiers cas de Covid-19. «A propos des 104 sujets atteints de Covid-19 dans 37 établissements scolaires, ce chiffre a été annoncé par le directeur de l’éducation.

Des statistiques communiquées mercredi dernier lors de la réunion tenue avec les membres de la commission de l’éducation de l’APW. Il n’y a pas de catégorie précise des contaminés identifiés, il s’agit d’enseignants, d’administrateurs et aussi d’élèves.

Ils ont été identifiés et confirmés par des tests PCR et ils sont actuellement en confinement», a révélé à El Watan Rachid Yaïci, président de la cellule de crise de l’APW de Constantine et membre de la commission de l’éducation. «Selon la cadence de la propagation de la pandémie, Constantine est devenue la première au niveau national, surtout avec 197 nouveaux cas vendredi dernier.

Il ne faut pas oublier aussi qu’il y a des personnes qui sont porteuses du virus. Ces cas positifs, qui refusent de faire le test de dépistage par manque de conscience, représentent un grand danger pour leur entourage scolaire et familial.

C’est pourquoi ces chiffres, de 104 cas atteints dans les 37 établissements, provoquent une inquiétude et une crainte pour les parents d’élèves, les syndicats et tout le personnel de l’éducation», poursuit-il.

Le même responsable insiste sur la nécessité de mettre tous les moyens de protection à la portée des établissements scolaires, vu que l’éducation est un secteur sensible.

«Il faut également activer les procédures de dépistage et les enquêtes épidémiologiques pour bien localiser les cas contaminés et faire bouger les UDS (unités de dépistage et suivi) dans le secteur scolaire.

Et, si le nombre des sujets atteints dans les établissements scolaires connaît une nouvelle hausse, il est dans l’obligation de les fermer pour au moins une durée de 15 jours pour bien maîtriser la situation», conclut-il.