Procès du groupe Condor: 10 ans de prison requis contre Ouyahia et Sellal

Karim Aimeur, Le Soir d’Algérie, 21 novembre 2020

Avant de prononcer son réquisitoire dans le procès du groupe Condor, le procureur de la République près le tribunal de Sidi-M’hamed a indiqué que l’affaire relève de la corruption « méthodique », dénonçant un pillage systématique de l’argent public.
Karim Aimeur – Alger (Le Soir) – Affirmant que la culpabilité des accusés est établie, le procureur a requis, avant-hier jeudi, une peine de 10 ans de prison ferme, assortie d’une amende d’un million de DA à l’encontre des anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, poursuivis pour octroi d’indus privilèges aux frères Benhamadi, propriétaires du groupe Condor.
Le procureur de la République a également requis une peine de 3 années de prison, assortie d’une amende d’un million de DA à l’encontre de Abdelghani Zaâlane, poursuivi dans cette affaire en sa qualité de directeur de la campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika qui s’était porté candidat à la présidentielle annulée d’avril 2019. Abdelghani Zaâlane est poursuivi pour financement occulte de la campagne électorale de Bouteflika, même accusation à l’encontre de la famille Benhamadi qui a octroyé, selon le procureur de la République, plus de 5 milliards de centimes à la direction de campagne.
« Qu’est-ce qui a poussé Condor à donner 5 milliards de centimes pour financer la campagne électorale, en violation de la réglementation en vigueur si ce n’est d’attendre le double de cette somme ?» a lancé le procureur général qui a affirmé que l’objectif était d’avoir des crédits bancaires pour les projets, des licences d’importation et d’accéder à des avantages et privilèges.
Le parquet a également requis l’expropriation de tous les biens appartenant aux accusés.
Dans ce dossier, Ouyahia et Sellal sont accusés d’octroi de privilèges injustifiés au groupe Condor et ses filiales, dont des facilitations pour la réalisation d’une usine de fabrication de médicaments GP Pharma dans la ville nouvelle de Sidi-Abdallah (ouest d’Alger), laquelle était gérée par l’ancien ministre de la Poste et des Technologies, Moussa Benhamadi, décédé en juillet dernier à la prison d’El-Harrach, des suites de la Covid-19. Le groupe Condor a également bénéficié de facilitations accordées par Ouyahia et Sellal, pour la réalisation d’un centre dédié aux brûlés à Skikda par la société Travocovia, une des filiales du groupe Condor.
Les frères Benhamadi sont poursuivis pour avoir contribué au financement de la campagne électorale de l’ancien Président Abdelaziz Bouteflika, à travers un compte bancaire ouvert spécialement pour recevoir des contributions financières de la part de parties qui n’avaient aucun rapport avec les élections.
Après la prononciation du réquisitoire, les plaidoiries des avocats de la défense des accusés ont été entamées.
L’avocat de GP Pharma, gérée par le défunt Moussa Benhamadi, a nié les charges à l’encontre de cette filiale de Condor, affirmant que le défunt Benhamadi n’a jamais été poursuivi.
« Moussa Benhamadi est décédé, que Dieu ait son âme. La loi est claire. Doit-on le ramener de sa tombe pour le juger ? Il faut respecter les morts, monsieur le président ! Le défunt est issu d’une famille respectable », lance l’avocat.
Le juge l’interrompt : « Nous respectons les morts ! »
Et à l’avocat de reprendre, exprimant son « étonnement » de ce qui se passe dans l’affaire en soulignant que ni les impôts ni la banque ne se sont constitués. Cela avant de plaider pour la levée de la mesure de gel de la société.
K. A.