Détenus d’opinion : Relaxe pour certains et mandats de dépôt pour d’autres

M. M., El Watan, 21 novembre 2020

La chronique judiciaire continue d’être animée par les affaires des détenus d’opinion. Ayant commencé quatre mois après le début du hirak du 22 février 2019, qualifié officiellement de «béni», cette question évolue en dents de scie dans les couloirs de la justice : libération et relaxe par-ci, et nouvelles arrestations et détention provisoire par-là.

La justice donne l’impression de souffler le chaud et le froid. Jeudi dernier, on a assisté à des décisions diamétralement opposées.

A Alger, le tribunal de Sidi M’hamed a prononcé la relaxe en faveur de 16 détenus d’opinion, en majorité des militants du RCD. Placé en détention provisoire depuis le 13 septembre 2019 par le même tribunal, avant d’être remis en liberté provisoire le 2 janvier 2020, les concernés sont enfin exempts de toutes poursuites.

Il s’agit de Samy Abbas, Bachir Arhab, Kheireddine Medjani, Réda Ameuroud, Réda Bouarissa, Mohamed Smallah, Rachid Sadaoui, Menad Ticemlal, M’nouar Ouazene, Boualem Ouahabi, Ahcene Hamza, Mohamed Daadi, Sadek Louail, Nabil Boulkamh, Rachid Hiret et Bilal Ziane.

Ces derniers auront ainsi passé près de cinq mois en prison et neuf autres à attendre un procès pour rien. Leur affaire remet ainsi au-devant de la scène la question de «l’abus de la détention provisoire», longtemps dénoncé par les avocats et les militants des droits de l’homme.

Cette critique est toujours d’actualité, d’autant que des centaines de personnes, dont le seul tort est d’avoir participé à des marches du hirak ou d’avoir exprimé une opinion sur les réseaux sociaux, ont été soit condamnées, soit elles attendent, tout en étant privées de leur liberté, un procès qui tarde à être programmé.

Outre le tribunal de Sidi M’hamed d’Alger, à Relizane la justice a, enfin, traité les dossiers de Abdallah Benaoum et de Khaldi Ali. Le premier a été condamné à 1 an de prison ferme, assorti de 100 000 DA d’amende, et le second a bénéficié de la relaxe.

Même scénario à Boumerdès, où des détenus ont été relaxés et d’autres condamnés à la prison avec sursis. Parallèlement à ces procès, des activistes du hirak continuent de mener des actions, tout en étant en détention, pour contester le traitement dont ils font l’objet.

C’est le cas du lanceur d’alertes, Noureddine Tounsi, détenu depuis le 23 septembre 2020, qui est entré, depuis cinq jours, selon le Comité pour la libération des détenus (CNLD), en grève de la faim à la prison d’Oran.

Son action rappelle celle que mène, depuis quelques jours aussi, le détenu Mohamed Bab Nedjar, condamné à perpétuité, et qui réclame un nouveau procès.

Outre la programmation des procès, d’autres affaires surgissent encore. Pour des publications sur les réseaux sociaux, des dizaines de jeunes sont convoqués par les brigades de la cybercriminalité, et certains d’entre eux, à l’image de Nabil Hessini de Biskra, sont placés automatiquement en détention provisoire.