Conflit du Sahara Occidental : La position inamicale des monarchies du Golfe

Mokrane Ait Ouarabi, El Watan, 16 novembre 2020
 
Les pays du Golfe ont apporté un soutien ouvert et direct à l’agression militaire marocaine à El Guerguerat, zone tampon dans le Sahara occidental créée après l’accord de cessez-le-feu entre les autorités marocaines et le Front Polisario, signé en 1991 sous l’égide des Nations unies.

Dès le lancement de l’opération militaire marocaine dans cette zone, toutes les monarchies du Golfe ont accouru pour défendre le royaume chérifien et encenser son action militaire qu’elles justifient par «la nécessité de sécuriser» l’axe routier névralgique d’El Guerguerat, par lequel s’effectuent les échanges commerciaux entre le Maroc, la Mauritanie et l’Afrique de l’Ouest.

Considérant l’attaque militaire marocaine comme légitime et conforme à la légalité internationale, l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis se sont clairement rangés du côté du royaume du Maroc, auquel ils expriment toute leur disponibilité à apporter de l’aide. Ces deux monarchies ont même dénoncé «les pratiques» du Front Polisario qui «menaceraient» la sécurité de cet axe routier.

Idem pour le Qatar, le sultanat d’Oman, Bahreïn et la Jordanie, qui n’ont éprouvé aucune retenue pour défendre la souveraineté du Maroc sur ce territoire placé sous la supervision de l’ONU et justifier les opérations militaires marocaines dans cette zone tampon.

Dans un long article, le journal Al Chark Al Awsat a bien détaillé les réactions des pays du Golfe en soutien au Maroc. «Les Emirats arabes unis affirment leur solidarité et leur position avec le royaume du Maroc et soutiennent la décision du roi Mohammed VI de mettre fin à l’incursion illégale dans la zone tampon de Guerguerat reliant le Maroc à la Mauritanie, dans le but d’assurer la circulation naturelle des marchandises et des personnes entre les deux pays voisins», a indiqué le ministère émirati des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Pas étonnant d’un pays qui a ouvert le 5 novembre un consulat dans les territoires occupés du Sahara occidental.

Dans un communiqué, le ministère bahreïnien des Affaires étrangères a vivement dénoncé le Front Polisario, qu’il qualifie de milice. «Nous exprimons notre ferme condamnation des hostilités menées par la milice du Polisario et ses dangereuses provocations au passage de Guerguerat au Sahara marocain.

Ces hostilités constituent une menace sérieuse pour le mouvement de déplacement des personnes et des marchandises, et constituent une violation des accords militaires et une tentative de déstabiliser la sécurité et la stabilité dans la région», affirme-t-il.

Parti pris

Par leurs réactions, les monarchies du Golfe affichent ostentatoirement leur parti pris dans ce conflit, s’éloignant du langage diplomatique qui sied à cette situation. Cela d’autant plus que l’Algérie est indirectement impliquée dans ce conflit, en soutenant la légalité internationale et le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

Autrement dit, la position des pays du Golfe sur ce conflit qui perdure depuis plus de 35 ans dénote le peu de considération qu’ils ont pour notre pays. Pourtant, ce n’est pas les intérêts économiques qui manquent à ces pays en Algérie. Pas moins de 15 entreprises émiraties y activent.

Elles sont notamment présentes dans le transport et la logistique, l’immobilier, le montage automobile et la sidérurgie. A titre d’exemple, les Emirats arabes unis gèrent le port d’Alger, le plus grand du pays. Ce même pays a investi dans une usine de transformation de l’acier à Relizane.

Les Emiratis sont également partenaires du ministère de la Défense dans le montage des véhicules et engins Mercèdes. En tout, les intérêts économiques des Emirats arabes unis en Algérie s’élèveraient à plus de 10 milliards de dollars.

Le Qatar, l’Arabie Saoudite et la Jordanie ont aussi des intérêts économiques en Algérie. Mais visiblement, leurs intérêts avec le Maroc qui, faut-il le préciser, est une monarchie, sont beaucoup plus importants pour se soucier de l’état de leurs relations avec l’Algérie.

Et ce n’est pas la première fois que l’Algérie voit sa diplomatie contrariée par les pays du Golfe, y compris au sein de la Ligue arabe où elle se trouve de plus en plus isolée. Ainsi, l’Algérie doit-elle encore rester dans la Ligue arabe dominée par les monarchies du Golfe ?

Cette question est posée avec acuité, notamment par des personnalités politiques nationales, à l’instar de la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, qui appelle clairement l’Algérie à reconsidérer ses relations avec les pays du Golfe.