Le phénomène avait sensiblement reculé durant le hirak : Explosion sans précédent de la harga

Nouri Nesrouche, El Watan, 16 novembre 2020

Le flux migratoire vers l’Espagne par voies maritimes vient du Maroc, de Guinée, des pays de l’Afrique subsaharienne et principalement d’Algérie.

Un profond désespoir pousse des milliers de jeunes Algériens, mais aussi des femmes et des familles entières, à quitter clandestinement le pays. Le phénomène a littéralement explosé en 2020. Les convois de harraga en partance d’Algérie ne cessent de croître à un rythme quotidien.

Deux convois transportant 20 Algériens sont arrivés mercredi aux Îles Baléares, selon la journaliste espagnole, défenseuse des droits de l’homme, Helena Maleno Garzon. Les autorités ibériques ont recensé, la veille mardi et sur le même lieu de débarquement, 112 Algériens arrivés à bord de 12 petits bateaux, indique la même source.

Le flux migratoire vers l’Espagne par voies maritimes vient du Maroc, de Guinée, des pays de l’Afrique subsaharienne et principalement d’Algérie. Le bilan fourni par l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex, pour la période située entre janvier et septembre 2020, classe l’Algérie en première place du top 5 des pays d’origine des migrants.

Avec 7082 migrants signalés, les Algériens creusent l’écart avec les Marocains qui arrivent en deuxième position avec 2120 migrants. Et ce chiffre ne concerne que les Algériens ayant emprunté les routes maritimes de la Méditerranée occidentale.

En raison de la pandémie de Covid-19, l’Espagne connaît cette année un recul de plus de 30% des entrées clandestines. En revanche, le nombre des Algériens a fortement augmenté, avec des pics signalés de temps à autre. Fin juillet dernier, 418 personnes à bord de 31 embarcations avaient atteint ce pays en l’espace de 48 heures.

Plus de 800, selon la presse espagnole. Certains, comme l’avocat Kouceila Zerguine, pensent que le nombre réel des Algériens ayant réussi la traversée dépasse largement ces chiffres. Jusqu’à 20 fois plus, avait-il déclaré à l’AFP.

Durant «la haute saison» des traversées migratoires, située entre mai et octobre, l’Espagne a subi une déferlante qui d’ailleurs a poussé les autorités espagnoles à dépêcher, à Alger, d’abord son ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska Gomez, en août dernier, suivi, début octobre, par la directrice de la Garde civile espagnole, Maria Gamez Gamez. Les deux hauts responsables étaient venus exprimer l’inquiétude de leur pays face au flux des harraga algériens et discuter la stratégie de lutte contre le phénomène.

Endiguer le phénomène

Côté algérien, les autorités affirment déployer des efforts pour endiguer le phénomène, sachant que la harga est punie par la loi. Des statistiques livrées par le MDN, indiquaient que 1433 personnes avaient été interceptées durant les cinq premiers mois de 2020, alors qu’elles tentaient de quitter clandestinement le littoral.

C’est trois fois plus que durant la même période en 2019. La traversée est très dangereuse, mortelle pour beaucoup, mais les harraga sont poussés par des pulsions très fortes à quitter leur pays et rejoindre l’Europe. La pandémie de coronavirus ne les empêche pas non plus à prendre le large.

Ces harraga, majoritairement jeunes, invoquent le chômage et des conditions sociales extrêmes, mais aussi un profond désespoir quant à un changement politique en Algérie. Pour Me Kouceila Zerguine, «le niveau de désespoir est tel, que les candidats à l’exil sont prêts à risquer leur liberté et leur vie plusieurs fois».

Ceux qui décident de partir, expliquait-il en juin dernier au site spécialisé InfoMigrants, «veulent vivre avec leur temps, ils veulent plus de liberté et de dignité».

Des témoignages recueillis auprès de jeunes Algériens arrivés en Espagne et publiés récemment par le journal français Le Monde rejoignent ce point de vue. «Là-bas, il n’y a pas de boulot, pas de vie. L’Etat contrôle tout. Il faut être pistonné, faire partie d’une famille qui a ses entrées. Si tu es pauvre, tu es condamné à attendre la mort.

Et pourtant, notre pays est riche en pétrole, en gaz, en diamant, mais l’Etat et ses généraux accaparent tout», explique Nabil Damane, un Algérois de 37 ans interrogé par Le Monde. Et l’actualité de l’Algérie, faite d’aggravation de l’épidémie, de prolongation de la fermeture des frontières et d’une situation politique et économique explosive, ne peut démentir ce constat.