Dr Daoud Boudiba, médecin généraliste à l’EPSP de Bab El-Oued: “Sur 50 prescriptions de tests, 20 patients reviennent avec les résultats”

Liberté, 15 novembre 2020

Le Dr Boudiba assure que les “citoyens n’ont pas les moyens de réaliser des tests de dépistage Covid dans des structures privées. Ils recourent souvent à l’automédication sans confirmation de l’atteinte virale”.

Liberté : Les établissements publics sanitaires de proximité (EPSP) sont confrontés à une tension sur le vaccin antigrippal. Pourquoi ?

Dr Daoud Boudiba : Cette année, la situation est assez particulière. La demande est très forte parce que même les gens qui n’ont pas besoin d’être vaccinés veulent l’avoir, pensant qu’il les protégerait contre la Covid-19. Alors que c’est un vaccin contre un virus saisonnier destiné aux personnes âgées souffrant de comorbidités et au personnel de la santé tous corps confondus. Aujourd’hui, la dotation des EPSP se fait au compte-goutte.

Nous recevons des quotas au fur et à mesure, mais pas en quantités suffisantes. Nous vaccinons 20 à 30 personnes en deux ou trois jours. L’information sur la disponibilité du vaccin n’a pas encore circulé. Nous nous attendions à un rush. D’autant que même en officines, le vaccin antigrippal est déjà en rupture de stock. Plusieurs pharmaciens, à Bab-El-Oued, m’ont dit n’avoir reçu que dix doses, rapidement épuisées.

Recevez-vous en consultation aux EPSP des patients Covid ?

Actuellement, c’est la grande affluence. Sur 60 consultations, 50 sont des cas suspects Covid+, depuis la fin du mois d’octobre. Lors de la première vague, les gens avaient la phobie de contracter le coronavirus à l’intérieur des polycliniques, donc ils évitaient de s’y rendre. Ce qui induit d’ailleurs un retard important dans le programme de vaccination des enfants.

À présent, la tendance s’est inversée. Aux premiers symptômes (toux, fièvre…), les citoyens se ruent vers les EPSP et consultent systématiquement pour suspicion de Covid-19. La psychose s’est installée au sein de la population, qui a pris conscience de l’existence réelle du virus car quasiment toutes les familles sont touchées à travers un ou plusieurs de leurs membres.

Réalisez-vous les examens de dépistage (tests, scanner) in situ ?

Non. Nous orientons les patients vers les structures privées pour les tests antigéniques, sérologiques ou PCR. Ces analyses coûtent excessivement cher et donc pas à la portée de tout le monde. Il est temps, à mon avis, que les autorités compétentes envisagent de signer des conventions avec des cliniques, des laboratoires et des centres d’imagerie médicale privés pour pouvoir avoir une traçabilité sur les cas Covid+.

Sur environ cinquante prescriptions pour un test de dépistage, nous avons un retour d’une vingtaine de patients avec les résultats des examens demandés. Nous perdons de vue les autres. Désormais, sans attendre la confirmation de la contamination ou pas par le Sars-CoV-2, nous prescrivons un traitement préventif, soit une double antibiothérapie, vitamine D et zinc et, parfois, des corticoïdes.

Nous voulons éviter à tout prix des complications liées à une surinfection des poumons. Beaucoup de citoyens recourent d’emblée à l’automédication. Le Zithromax (antibiotique), la vitamine C et le zinc se vendent comme des petits pains.

C’est en quelque sorte un traitement à l’aveugle…

En pleine épidémie virale, nous ne prenons pas en compte les symptômes de la grippe saisonnière. Tous les patients qui présentent une symptomatologie commune entre les deux infections virales sont considérés comme des cas potentiels Covid+.

Il vaut mieux traiter par excès que par défaut. Vous savez, les médecins généralistes et les urgentistes des EPSP sont en première ligne pour éviter la saturation des services de réanimation par les formes graves.

La prévention est la seule solution miracle contre la propagation massive du virus. Il suffit de se laver fréquemment les mains avec du savon normal, garder une distance de deux mètres et porter le masque. J’attire l’attention sur les solutions hydroalcooliques contrefaites, qui sont plutôt des fixateurs de virus.

Propos recueillis par : SOUHILA H.


Dispositifs de protection, tests sérologiques, PCR et scanners

Les prix trop élevés chez le privé

Liberté, 15 novembre 2020

Le nombre de cas suspects et sujets contacts augmente de façon exponentielle la demande relative aux tests de dépistage et aux moyens de protection. L’épidémie fait paradoxalement les bonnes affaires des opérateurs dans ce segment d’activité.

Si la pandémie du nouveau coronavirus a durement impacté plusieurs segments d’activité, elle a, paradoxalement, fait les bonnes affaires des opérateurs dans le domaine pharmaceutique et médical. Le filon est apparu d’abord dans la filière des masques de protection et des solutions hydroalcooliques.

La bavette chirurgicale, vendue à 15 DA avant l’éclosion des cas positifs au Covid-19, a été proposée pendant des semaines à 100, voire 150 DA. Son prix se stabilise actuellement à 50 DA.

Les masques en tissu sont cédés à 200 DA et les visières entre 250 et 500 DA. Les multiples déclinaisons des solutions hydroalcooliques (marques, formes liquides, gels ou spray) vendus en officines, mais aussi dans les supérettes et les bureaux-tabac font valser les prix entre 150 et 1 200 DA. Les frais liés à cet assortiment de produits basiques grèvent le budget des ménages à faibles revenus.

Ces derniers ne consentent pas vraiment ces dépenses. Les collectivités locales pinaillent pareillement sur les dotations des infrastructures publiques en moyens de protection. Des syndicats de personnels de l’éducation nationale, pour ne citer que cet exemple, imputent, en partie, la formation de clusters de contamination dans les écoles aux difficultés rencontrées dans l’application du protocole sanitaire.

Désormais, les cliniques, les laboratoires d’analyses, les centres d’imagerie médicale, les officines et les parapharmacies profitent également d’un créneau largement lucratif. Le nombre de cas suspects et sujets contacts augmente de façon exponentielle la demande relative aux tests de dépistage et aux moyens de protection.

Les tarifs des PCR varient de 12 000 à 16 000 DA, justifiés objectivement, selon les experts, par un investissement lourd dans les équipements, contrairement aux tests rapides, dont le coût de revient ne dépasserait pas les 900 DA.

À ce titre, les prix assignés aux examens sérologiques — entre 2 000 et 4 000 DA — autant qu’aux scanners thoraciques — de 7 000 à 9 000 DA — sont jugés excessifs par les professionnels de la santé.

Le Pr Kamel Djenouhet, président de l’Association des laboratoires centraux publics, a incité les pouvoirs publics, dès le mois d’août dernier, à “plafonner les prix afin de permettre à une plus large partie de la population d’y avoir accès”. Sa recommandation est restée lettre morte. Le marché a maintenu, en conséquence, ses prix fluctuants et libres étendus, ces dernières semaines, aux concentrateurs d’oxygène.

Ces appareils sont vendus entre 70 000 et 280 000 DA, ou loués jusqu’à 2 000 DA la journée. Différentes variantes de la vitamine C et du zinc, recommandées pour que le système immunitaire soit plus résistant aux affections virales, sont disponibles en pharmacie contre 600 à 1 000 DA la boîte. Les produits pharmaceutiques et les examens susmentionnés ne sont pas remboursés par la Caisse nationale de sécurité sociale.

 

S. H.