La crise pandémique s’aggrave dangereusement dans le pays

État d’urgence sanitaire

Liberté, 14 novembre 2020

La situation sanitaire a atteint un seuil critique, en témoigne le nombre de contaminations et de décès. Les spécialistes n’hésitent pas à évoquer des menaces sérieuses. Face à cette spirale, les citoyens s’inquiètent et attendent des mesures efficaces.

Les nouvelles contaminations à la Covid-19 continuent ces derniers jours à atteindre des pics que l’on n’a pas connus depuis l’avènement de la pandémie. Le pic enregistré la veille est battu, sans attendre, le lendemain. Cette nouvelle offensive du virus commence à s’installer dans la durée.

La croissance épidémique s’est accélérée ces huit derniers jours. Le dernier décompte du Dr Fourar, de jeudi dernier en l’occurrence, est plus intense que celui de la veille. La barre fatidique des 800 cas positifs est largement dépassée, 851 nouveaux cas confirmés de coronavirus à la PCR+ et 18 décès.

Le nombre de morts a également augmenté de manière effroyable. Il passe du simple au double. Alors que les autorités sanitaires ne cessaient de mesurer la “performance” de leur stratégie mise en place par la baisse du nombre de morts qui ne dépassait, au pire des cas, le nombre de 10 tout au long de ces huit mois de lutte. Ces bilans “officiels” dressés selon la PCR+, sans y ajouter ceux dépistés par l’imagerie médicale donnent froid dans le dos et font craindre le pire dans les prochains jours.

Les dégâts de la “deuxième vague” sont perceptibles dans les hospitalisations et les réanimations qui sont en hausse notamment dans les wilayas de Béjaïa, de Blida, de Tizi Ouzou, d’Alger et de Boumerdès. Le bilan officiel communiqué jeudi se distingue aussi par le record des admissions à l’hôpital : 640 en 24 heures à travers le territoire national. Ce nombre de nouvelles admissions confirme la mutation et la virulence du virus à l’approche de la saison hivernale.

Un médecin sur le front de lutte qui a fait une garde de 24 heures au CHU Issaad-Hassani de Beni Messous n’a pu faire admettre que 3 patients sur les 18 fortement infectés par ce satané virus. “Ce nombre de demandes d’hospitalisations concerne uniquement un seul service mobilisé pour covid à Beni Messous. Nous n’avons pu hospitaliser que 3 cas graves qu’après avoir récupéré trois places, à l’issue d’un décès, d’un transfert et d’une sortie.”

Ce témoignage poignant du soignant renseigne tragiquement sur le seuil insoutenable de gravité de la crise. Face à cette situation effrayante, des voix de spécialistes et d’autres experts se sont élevées pour demander la mise en place d’une véritable “stratégie nationale de guerre” contre le virus qui tue plus que lors de la première vague. Joignant sa voix à celles qui luttent au péril de leur vie, le Dr Bekkat Berkani Mohamed, membre du Comité scientifique, lance un nouvel appel de détresse avant l’affaissement du système national de santé.

“La menace est vraiment sérieuse. La situation est telle qu’il n’est plus permis d’attendre pour monter une véritable politique préventive et curative. Il était temps de lancer un plan Orsec pour contenir cette épidémie galopante. Il faut s’adapter à la riposte à la situation actuelle. Il faut jouer le tout pour le tout. Nous sommes dans une phase haussière exponentielle”, a précisé, hier, le président du Conseil de l’ordre des médecins.

Pour lui, la mercuriale de Covid-19 qui est en train de monter d’une manière exponentielle exige une annuelle approche de prise en charge de la maladie. Pour espérer atténuer la pression exercée sur les services de santé dédiés au coronavirus, notre interlocuteur suggérera l’ouverture dans chaque wilaya, d’un établissement hospitalier qui s’occupera uniquement des malades Covid.

“La situation risque de s’aggraver. Les hôpitaux sont complets. Il faut une chirurgie de guerre contre le Covid, en mettant en place aussi des hôpitaux de campagne. Il faut sortir l’artillerie lourde pour venir à bout de cette maladie”, fulminera le Dr Bekkat qui rappellera que le nouveau plan Orsec devra tenir compte des soignants. “Les soignants sont déjà épuisés et la bataille ne fait que recommencer. Il faut penser à faire appel à des volontaires, des retraités qui seront payés. Nous devrons faire comme l’armée qui fait appel aux réservistes.”

La dernière analyse de l’INSP conforte le constat désolant de la situation dressé par les professionnels de la santé. L’évolution quotidienne du nombre de nouveaux cas confirmés par la PCR+ et par l’imagerie médicale (TDM) est très inquiétante. Toutes les wilayas du Centre continuent d’enregistrer une augmentation des cas.

Le nombre de cas déclarés a doublé pour toutes les wilayas du centre du pays avec une augmentation d’environ 110% à l’exception de Médéa où cet accroissement est de 85,7%. C’est dire qu’un nouveau tour de vis s’impose dans ces régions qui “produisent” plus de Covid que d’autres. Un confinement nocturne à partir de 20 heures ne va pas servir à grand-chose, vu que les gens ne sortent quasiment pas la nuit en période hivernale.

 

Hanafi H.