Procès de l’affaire Khalifa Bank : L’ancien DG de la CNAC charge Tayeb Louh

Mohamed Benzerga, El Watan, 10 novembre 2020

Ouvert dimanche suite à la réponse favorable de la Cour suprême au pourvoi en cassation du dernier verdict prononcé en 2015, le procès de l’affaire Khalifa Bank a, rappelle-t-on, vu l’audition de l’accusé principal, Abdelmoumen Khalifa, ex-PDG du groupe Khalifa, et de trois autres accusés sur un total de 11, qui devaient être entendus hier.

Programmé hier en dernier, Mahrez Aït Belkacem, ancien directeur général de la Caisse nationale d’assurance chômage (Cnac), passe à la barre à 15h30. Il est accusé de «corruption» et d’«utilisation de sa fonction à des fins personnelles».

Une fois devant le juge, il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour expliquer qu’il est victime d’une «vengeance» émanant de Tayeb Louh, ancien ministre de la Sécurité sociale.

«C’était mon ennemi n°1. Il a juré de me traîner devant les tribunaux et a malheureusement réussi à le faire. Mon implication dans l’affaire Khalifa n’a rien à voir avec ma gestion, mais c’est parce que Louh l’a voulu, tout simplement», a-t-il insisté, même si la juge et le procureur l’ont rappelé à l’ordre pour qu’il réponde juste aux questions sans «dérailler».

Quand la juge a voulu savoir pourquoi il a décidé de déposer une partie de l’argent de la Cnac à Khalifa Bank, là il répondra que les opérations de dépôt se faisaient de manière transparente, obéissant à la réglementation en vigueur.

«Tout passait par le conseil d’administration composé, notamment, de représentants des ministères concernés. Moi, je ne faisais que le greffier en quelque sorte, soit établir le PV. Et avant chaque dépôt, on informait le ministère de tutelle de notre volonté de faire le dépôt.»

Il rappelle que 82% de l’argent de la caisse en question étaient placés dans les banques publiques, 12% au niveau du Trésor public et 4,2% dans les banques privées, dont 3,5% au niveau de Khalifa Bank. «Le dépôt dans les banques, notamment à Khalifa Bank, répondait à des exigences purement commerciales et n’était suivi d’aucune réserve.»

Concernant la carte de thalassothérapie offerte par le groupe Khalifa, Mahrez Aït Belkacem dira que son nom était mentionné à son insu dans la liste des bénéficiaires.
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«Pour vous dire que mon épouse travaillait au cabinet du ministère du Tourisme, et en tant que DG, j’avais des avantages liés à mon poste. Donc, pourquoi aller jusqu’à Khalifa pour avoir un service qui ne m’intéressait même pas», s’est-il défendu.

Evoquant le cas de son fils, qui a fait des études de pilotage en Angleterre, il dira que ce dernier a vu une annonce de recrutement de pilotes de Khalifa dans les journaux, comme tout le monde. «Il avait 19 ans et il était tenté par ce métier.

Croyez-moi, je n’ai rien fait pour lui. D’ailleurs, j’ai été contre ce choix, car nous sommes une famille de diabétiques, mon père, moi, mon frère… Je ne voulais pas qu’il soit forcé de quitter ce métier pour cause de maladie…Car, comme vous le savez, il est strictement interdit pour un diabétique de piloter un avion.»

Ouvert dimanche suite à la réponse favorable de la Cour suprême au pourvoi en cassation du dernier verdict prononcé en 2015, le procès de l’affaire Khalifa Bank a, rappelle-t-on, vu l’audition de l’accusé principal, Abdelmoumen Khalifa, ex-PDG du groupe Khalifa, et de trois autres accusés sur un total de 11, qui devaient être entendus hier.

La présidente du tribunal avait interrogé au premier jour du procès l’accusé Khalifa sur les détails de la création et de gestion de Khalifa Bank, notamment le mouvement et le transfert de fonds.

De même qu’il a été questionné sur la gestion de la compagnie aérienne relevant de son groupe et confronté aux accusations retenues contre lui. L’accusé Khalifa avait nié, dans ce cadre, toutes les charges affirmant avoir été victime d’«un complot avec la complicité de l’ancien système».

Plusieurs accusés auditionnés dimanche sont revenus sur leurs déclarations faites auparavant, lesquelles condamnent le principal accusé dans l’affaire Khalifa, au sujet notamment du retrait de fonds sans titres réguliers.

Le tribunal criminel près la cour de Blida avait condamné Abdelmoumen Khalifa, en 2015, à 18 ans de prison ferme, assortie d’une amende d’un million de dinars et de la confiscation de l’ensemble de ses biens, pour «constitution d’une association de malfaiteurs», «vol en réunion et escroquerie», «banqueroute frauduleuse», «abus de confiance» et «falsification de documents bancaires»