Des sommes faramineuses perdues dans les affaires de Tahkout

Le Trésor réclame 309 milliards de dinars de dommages et intérêts

Karim Aimeur, Le Soir d’Algérie, 7 novembre 2020

Le procès en appel de Mahieddine Tahkout s’est poursuivi jeudi, avec l’audition du principal accusé et le plaidoyer du représentant du Trésor public qui a évalué le préjudice subi par l’Etat à 309 milliards de dinars.

Karim Aimeur – Alger (Le Soir) – Le représentant du Trésor public, Me Zakaria Dahlouk, qui intervenait à la fin des auditions des accusés dans le cadre du procès en appel de Tahkout à la cour d’Alger, a réclamé 309 milliards de dinars à Mahieddine Tahkout et sa famille, à titre de dommages et intérêts. Il a réclamé, en outre, une somme de 1 million de dinars pour les autres accusés dans l’affaire, dont les deux anciens Premiers ministre, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ainsi que les autres anciens ministres impliqués dans l’affaire : l’ancien ministre de l’Industrie Youcef Yousfi, l’ancien ministre des Travaux publics Amar Ghoul, l’ancien ministre des Travaux publics et des Transports Abdelghani Zaâlane. La confiscation des biens des accusés à l’intérieur et à l’extérieur du pays est également demandée par l’intervenant. Allant dans le détail, le représentant du Trésor public a affirmé que l’État a subi une perte de 32 millions de dinars dans le projet de réalisation de l’usine Suzuki et une autre perte de 9 milliards de dinars dans le cadre de la société Sarl TMC, spécialisée dans le montage automobile. Une perte de 100 millions de dinars a été subie par le Trésor dans le cadre des activités de transport urbain exercées par le principal accusé poursuivi pour des faits liés à la corruption. Le représentant du Trésor public a cité également des pertes occasionnées par le transfert de devises à l’étranger entre 2017 et 2019 évaluées à 129 millions de dinars.
Partant de cela, il a réclamé une somme de 309 milliards de dinars à titre de dommages et intérêts ainsi que la confiscation des biens des accusés. Avant le plaidoyer du représentant du Trésor public, le juge a auditionné le principal accusé, Mahieddine Tahkout, par visioconférence à partir de la prison de Babar (Khenchela). Ce dernier a nié toutes les accusations retenues contre lui, considérant que la transaction conclue entre sa société et l’Entreprise de transport urbain et suburbain d’Alger (Etusa) était «légale et faite suivant un appel d’offres», ajoutant que «c’est également le cas avec l’Entreprise des transports d’Oran (ETO) et qui n’a, jusqu’à présent, pas versé les sommes dues au titre de cette transaction».
Il a déclaré n’avoir pas bénéficié de privilèges ou d’un traitement de faveur, mais qu’il répondait aux conditions de ces transactions pour lesquelles concourraient plusieurs autres opérateurs du secteur des transports. Et de préciser que la Société de transport des étudiants travaille actuellement dans plus de 10 wilayas du pays.
Le patron du TMC Tahkout a nié également avoir exercé des pressions sur les cadres de l’Office des œuvres universitaires pour l’obtention de marchés ou de privilèges, indiquant que ses relations avec le ministère de l’Enseignement supérieur (transport des étudiants) remontaient à 1995. Aussi, a-t-il assuré que les cahiers des charges relatifs aux appels d’offres pour le transport universitaire, adoptés ces dernières années, sont identiques à ceux adoptés en 2020. Concernant l’affaire de montage des véhicules, l’accusé a souligné qu’il pratiquait cette activité de manière légale suivant un cahier des charges élaboré par le ministère de l’Industrie.
Selon lui, la commission interministérielle dépêchée par l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, à son usine, n’a relevé aucun dépassement. Il a indiqué avoir monté son usine de Tiaret de montage de véhicules par ses propres moyens. «Avez-vous des biens à l’étranger ?», interroge le juge. Et à Tahkout de répondre : «Je ne détiens pas de biens immobiliers ou d’usines à l’étranger. Tous mes investissements sont faits en Algérie.»
L’accusé s’est plaint de la saisie de tous ses biens, y compris la maison familiale et un terrain sur lequel est érigée une mosquée. «M. le président, je n’ai rien fait et je suis une victime dans cette affaire», a-t-il lancé à l’adresse du juge.
K. A.