Il est décédé des suite du Covid 19: Funérailles populaires pour Lakhdar Bouregaâ

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 7 novembre 2020

Une foule nombreuse a accompagné le héros à sa dernière demeure ce jeudi. Lakhdar Bouregaâ a été pleuré, sa gloire des temps passés et présents chantée, son portrait hissé haut, fondu dans les couleurs de l’emblème national…

Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Lakhdar Bouregaâ, 87 ans, est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi, emporté par le maudit virus du Covid qui a fait basculé la vie de l’humanité. La triste nouvelle s’est très vite répandue, notamment sur les réseaux sociaux où la famille a confirmé l’information. La formule utilisée par son fils Hani fait verser les premières larmes aux Algériens qui expriment leur tristesse : «Lakhdar Bouregaâ est sous la protection de Dieu», écrit-il. Le 21 octobre dernier, la famille avait annoncé sur le même réseau la contamination du défunt par le coronavirus. Des photos le montrant peu de temps avant son hospitalisation ont été également publiées par ses proches qui se voulaient rassurants. Le destin en a voulu autrement.
«Repose toi héros, nous allons poursuivre ton combat», scande la foule qui s’est agglutinée jeudi matin devant le domicile mortuaire. Ils sont déjà nombreux à s’être déplacés, à lire la Fatiha. Les anciens évoquent son passé glorieux à la tête de la Zone 2 de la wilaya IV, des histoires et anecdotes que le vieux maquisard leur avait lui-même contées, les jeunes brandissent avec fierté les photos prises avec lui durant le combat qu’il a mené auprès du Hirak.
Les commentaires évoquant sa détention pour son engagement au sein du mouvement populaire du 22 février ne manquent pas. Lakhdar Bouregaâ a été arrêté le 29 juin 2019 et placé sous mandat de dépôt le lendemain, après une journée passée dans les locaux des services de sécurité par le tribunal de Bir-Mourad-Raïs. La télévision nationale annoncait alors qu’il était poursuivi pour «démoralisation de l’armée ayant pour objet de nuire à la défense nationale et à un corps constitué». Un communiqué suivant met en doute le passé révolutionnaire du héros enflamme les Algériens. L’ONM (Organisation nationale des moudjahidine) demande sa libération. Après six mois de détention à la prison d’El-Harrach, le moudjahid comparaît en procès et refuse de répondre aux questions du juge. Il est libéré le 30 janvier 2020.
Tous ces événements sont inoubliables aux yeux de tous ceux qui l’ont pleuré et accompagné à sa dernière demeure ce jeudi. Dans la journée de jeudi, sa famille avait tenu à faire part de la dernière volonté du défunt, celle d’être inhumé au cimetière de Sidi-Yahia. L’annonce se veut aussi un démenti aux informations faisant état de son enterrement au cimetière El-Alia.
La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. L’ambulance qui transporte la dépouille du héros est suivie par une foule compacte. La composante est à majorité jeune. Elle se confond avec les dizaines de personnes qui attendaient depuis la matinée devant les portes du cimetière de Sidi-Yahia. Des slogans du Hirak sont scandés, à l’arrivée de l’ambulance toutes les voix s’éteignent dans un moment de recueillement intense suivi de Allah Akbar et de formules religieuses de règles dans ces circonstances. Des personnalités du monde politique sont aussi sur place, elles se fondent dans la foule : Mohcine Belabbès, président du RCD, Fathi Gherras, représentant du MDS (Mouvement populaire démocratique et social), Sofiane Djillali de Jil Djadid, et une forte délégation du FFS (Front des forces socialistes qui perd là l’un des plus célèbres de ses membres fondateurs rendent hommage au défunt dans une ambiance où émotion, colère, et revendications politiques s’entremêlent.
La dépouille du défunt est ensevelie durant l’après-midi. La famille ploie sous le poids de la tristesse. La foule peine à quitter les lieux. Un long cortège s’ébranle portrait de Lakhdar Bouregaâ en mains…
A. C.